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Quand le penny fait l'envie des spéculateurs

Un économiste propose de décréter que les pièces de 1 ¢ valent 5 ¢ pour empêcher qu'on les fonde pour tirer profit des métaux qu'elles contiennent

Les pièces de 1 ¢ fabriquées depuis 1982, faites de zinc à 97,5 % et recouvertes de cuivre à 2,5 % valent un peu plus de 1 ¢.
Photo : Agence France-Presse
Les pièces de 1 ¢ fabriquées depuis 1982, faites de zinc à 97,5 % et recouvertes de cuivre à 2,5 % valent un peu plus de 1 ¢.
Un mois après l'aveu de Washington selon lequel les prix du cuivre, du zinc et du nickel pourraient inciter des spéculateurs à fondre les pièces de monnaie pour tirer profit des métaux qu'elles contiennent, un économiste propose l'idée suivante: décréter que la pièce de 1 ¢ vaut dorénavant 5 ¢.

Le signal d'alarme lancé le 14 décembre par l'autorité américaine en matière de monnaie, la U.S. Mint, était sans équivoque. Les cours des métaux font en sorte que le coût de production dépasse de beaucoup la valeur nominale des pièces de monnaie, avait-elle commencé par dire. Ce n'était pas tout.

«Nous avons aussi reçu, depuis quelques mois, un flot constant de questions du public concernant la valeur de ces pièces et demandant s'il est légal de les fondre», ajoutait la U.S. Mint. Sur le coup, elle interdisait la fonte des pièces de même que leur exportation en prévoyant une amende de 10 000 $ et cinq ans de prison. «Le pays a besoin de ces pièces pour le commerce», affirmait son directeur, Ed Moy.

Si l'on tient compte du poids et de la valeur des métaux qui la composent, la pièce américaine de 5 ¢, constituée à 75 % de cuivre et à 25 % de nickel, vaut environ 7 ¢. Quant aux pièces de 1 ¢ fabriquées depuis 1982, faites de zinc à 97,5 % et recouvertes de cuivre à 2,5 %, elles valent un peu plus de 1 ¢. Celles produites avant cette date, toutefois, sont composées de cuivre à 95 %. Et puis? Elles valent donc beaucoup plus cher: 1,8 ¢.

Au Canada, la cenne est essentiellement faite d'acier (94 %), puis de nickel (1,5 %) et de placage de cuivre (4,5 %). La pièce de 5 ¢, quant à elle, était jusqu'en 1999 faite surtout de cuivre, mais depuis elle est composée d'acier (94,5 %), de cuivre (3,5 %) et de nickel (2 %). L'acier, aussi utilisé par la Grande-Bretagne, est un substitut extrêmement abordable qui élimine la possibilité de fonte.

Or, que les États-Unis aient besoin des pièces de 1 ¢, François Velde n'en est pas si sûr. Cet économiste de la Réserve fédérale de Chicago a publié cette semaine une note de recherche dans laquelle il signale l'évidence: puisque le métal qu'elle contient vaut plus que sa valeur nominale, il faudrait logiquement la fabriquer avec un métal moins cher.

«L'histoire montre que, lorsque les pièces de monnaie valent la peine d'être fondues, elles disparaissent», a-t-il écrit. Or le vrai problème, selon lui, concerne la pertinence même du penny. «Comme monnaie d'échange, ça ne vaut pas grand-chose [...] Le revenu médian des salariés américains est de 675 $US. Sur une semaine de travail de 40 heures, la pièce de 1 ¢ vaut quatre secondes. Elle n'achète plus rien et fonctionne uniquement comme compteur symbolique pour simuler le reste d'une division par cinq lors des transactions à la caisse.»

Depuis 1982, relate M. Velde, la U.S. Mint a produit 910 pièces de 1 ¢ pour chaque Américain. Il y en aurait présentement 100 milliards en circulation, soit l'équivalent de un milliard de dollars américains. Elles dorment dans des tiroirs, au fond du divan, etc. En décrétant qu'elles valent 5 ¢, le gouvernement réglerait un gros problème, selon lui.

La solution avancée ne résout pas nécessairement le problème de la pièce de 5 ¢, dit François Velde sans complexe. D'autant plus que toutes les distributrices de boissons gazeuses et guichets de stationnement devraient être modifiés pour accepter cette nouvelle réalité. Or la solution de rechange, soit revoir la composition de la pièce de 5 ¢, n'est pas meilleure, selon lui, car cela entraînerait des coûts significatifs pour Washington.

Pas au Canada

Qu'en est-il au Canada? Chose certaine, la réaction américaine du 14 décembre constitue le colmatage d'une brèche qui n'existe pas dans la Loi fédérale sur la monnaie. «Il est interdit, indique son article 11, de faire fondre, briser ou utiliser autrement qu'à titre de monnaie une pièce ayant cours légal et pouvoir libératoire au Canada».

L'exportation de pièces n'est dont pas spécifiquement interdite mais, selon un porte-parole de la Monnaie royale canadienne, le geste n'est pas recommandé. «L'exportation, en gros, pourrait entraîner des problèmes», dit Alexandre Reeves, en évoquant le passage interdisant l'usage «autrement» qu'à titre de monnaie.

La frénésie qui s'est emparée du marché des matières premières et des métaux depuis trois ou quatre ans n'a cependant eu aucune répercussion jusqu'à maintenant du côté canadien. «Il n'y a pas eu de réaction législative à la poussée des prix des métaux comme le cuivre et le nickel, dont on dépend pour frapper les pièces de monnaie», a ajouté M. Reeves.

La flambée des cours des métaux s'explique en partie par l'activité chinoise. Hier, le prix du cuivre était de 2,64 $US la livre, contre 75 ¢ au début de 2003. Le nickel se négocie à 18,04 $US, lui aussi en forte hausse lorsqu'on le compare au niveau de 3 $US d'il y a quatre ans.

À terme, estime François Velde, le pouvoir d'achat sans cesse plus mince du penny l'amènera à disparaître. «Tôt ou tard, la pièce de 1 ¢ se retrouvera dans les musées aux côtés du farthing [le quart de 1 ¢] et du hapenny [la moitié de 1 ¢].»
 
 
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  • Jean-Pierre Aubry - Abonné
    27 janvier 2007 10 h 01
    . Le cent est inutile et coûteux.
    C'est un fait que la valeur du cent, au Canada et aux Etats-Unis, est si petite que les gens les empilent à la maison ou s'en débarrassent. Les autorités gouvernementales ( U.S. Mint et la Monnaie royale canadienne (MRC) qui produisent et émettent le cent en produisent à chaque année de montants faramineux (au Canada : en moyenne, plus de 800 millions de pièces par année ces 5 dernières années.

    Il est vrai que le coût unitaire direct de production du cent dépasse la valeur nominale du cent aux États-Unis. Ici, au Canada, même si la MRC nous dit que le coût unitaire de production du cent est 0,8 ¢, sur une basse des coûts totaux de production (inclusion des coûts indirects et d'une partie des frais généraux, la pièce de un cent nous coûte plus qu'un cent. Cependant, il faut aller plus loin, que le coût de production et de distribution du cent pour le gouvernement ; le cent implique des coûts encore plus importants pour les institutions financières, les commerces et les consommateurs. Le cent est inutile et coûteux.

    Des pays ont éliminé avec succès leur pièce de un cent, de deux cents et même de cinq cents. L'expérience de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande est fort intéressante. Avec l'élimination de la pièce de 1 ¢ dans ces deux pays, le prix des achats dans ces pays sont arrondis : un achat de 98¢, 99¢, 1,01 $ et 1,02 $ est payée 1,00 $ et un achat de 1,03 $ 1,04 $, 1,06 $ et 1,07 $ est payée 1,05 $.

    Il est totalement faux de prétendre que l'élimination de la pièce d'un cent va causer de l'inflation. Les détaillants ont tout avantage de faire un arrondissement symétrique et c'est ce qui s'est produit en Australie et en Nouvelle-Zélande.

    Jean-Pierre Aubry
    Président du Comité des politiques publiques
    Association des économistes québécois
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  • nilo - Inscrit
    27 janvier 2007 11 h 10
    bon ou bad la cop?
    Si la collecte sélective a permis de mettre le bon doigt sur le gaspillage de l'aluminium, en obligeant la récupération des contenants d'aluminium de l'industrie alimentaire pour ses propriétés anti-oxydantes, il pourrait en être de même pour le cuivre et le zinc afin d'éviter de déjanter une économie qui voudrait s'emballer en raison d'une folle spéculation sur des métaux devenus précieux dans ce siècle du contre la montre écologique qui marque déjà minuit moins cinq à l'horloge planétaire. Fixer la consigne de la cannette d'aluminium à dix cents s'impose.

    La Société des Alcools du Québec a fait la preuve par quatre au carré qu'il était possible, depuis l'avènement des caisses électroniques et des programmes de gestion assistés par ordinateurs, de retirer du tiroir caisse toutes les pièces de un cent, en calculant le prix de base des vins et spiritueux à rebours, depuis un prix final arrondi au cinq cent voisin. L'expérience est on ne peut plus concluante. Le gain pour le commerçant comme pour le consommateur sont manifestes. Les gains de productivité pour la société sont aussi évidents puisque des millions de cennes noires ne transitent plus dans le réseau de la SAQ, donc moins aussi dans les poches des particuliers. Il y a davantage de cuivre et de zinc disponible pour les oeuvres sociétales essentielles, tels les fils de cuivre pour la construction résidentielle et les placages de zinc dans l'industrie en général.

    Comment ne pas voir, par ailleurs, le casse-tête socio sanitaire que représentent ces centaines de millions de petits porteurs anonymes de bactéries et de virus, à valeur ajoutée négative de surcroît, dans la mesure ou le coût de fabrication et de mise en circulation du penny dépasse de loin son utilité marginale. Possiblement qu'à la fin d'une année, l'ensemble des sous noirs auront coûté en plus deux autres fois plus cher en soins de santé, parce qu'ils sont des propagateurs d'infections. Les transporteurs de fonds, ces gros camions blindés devant la pharmacie, pestent j'imagine contre le poids de ces milliers de kilos hebdomadaires de cuivre et d'acier de tokens sans utilité commerciale et sans vraiment d'efficacité économique autre que celle de soutenir artificiellement le prix des métaux.

    Lorsque le Canada a tenté de porter assistance à Mexico pour l'installation de lignes téléphoniques, des Mexicains futés sortaient de nuit, décrochaient les fils de cuivres que les entrepreneurs avaient installés le jour durant, les faisaient brûler et les revendaient sur le marché jaune. Mexico a du se résigner et opter pour le téléphone cellulaire... Bon coup Bad coup ? On ne sait pas encore. Ce qui est certain, de cette expérience, nul ne peut empêcher la fraude massive lorsque la tentation est évidente et le gain promis exorbitant.

    Plutôt que d'agir par la force et la loi, souvent brutales, consistant à édicter des pénalités sévères à l'encontre de gens ordinaires qui de surcroît pensent bien faire pour s'aider en aidant leur pays, pourquoi ne pas attaquer le mal à la racine, puisqu'il est de toute évidence question du meilleur usage des biens de la Planète en cette nouvelle saison de conscience planétaire. Pourquoi ne pas abandonner le sou noir en pays le moindrement progressiste et lucide. Les consommateurs fétichistes auront leur récompense. Ils pourront fondre ce qu'ils ont en sous noirs et s'acheter un mini-hummer en tôle pour jouer dans le sable derrière la maison si ça leur chante ou garder une petite marmite en fonte remplie de sous noirs bien aseptisés comme trousseau pour leurs petits enfants. Les autres auront la paix. Les commerçants disposeront d'une case disponible dans leur tiroir caisse. L'industrie disposera de bon cuivre à satiété. La société en général éliminera des milliards de causes potentielles de maladies d'origine bactérienne ou virale. Sans parler du précieux temps que la caissière et le commerçant perdent à remettre à chacun la monnaie de sa pièce en y laissant couler leur profit. L'expérience ne peut que s'avérer bénéfique pour l'industrie. Valeur symbolique, symbole historique ? Allez, il n'y a pas de gloire à marquer de l'effigie d'un président, d'un castor ou d'une reine, une pièce de monnaie plus que sale et sombre que les enfants préfèrent jeter dans les fontaines que de garder dans leur petit coffre au trésor genre Amélie Poulain.

    Quand j'étais jeune, un billet de deux dollars m'impressionnait autant que le billet de cinquante dollars actuel. La pièce actuelle de dix cents représente pour moi le sous noir d'il y a quarante ans. Autant se le dire. Quand j'étais jeune, une personne riche avait un patrimoine entre cent mille et deux millions de dollars. Plus que cela eut paru honteux et inapproprié. Aujourd'hui, un million, certains bourgeois de renom le gagnent en une journée. De grâce, faites nous la bonté de rayer de la carte numismate les sous noirs et bientôt les cinq cents. Le meilleur musée serait encore la fonderie. Bon ou bad la cop? Tout dépend de la maturité des leaders de l'industrie du cuivre et du nickel et de la discipline élémentaire imposée aux spéculateurs, grands comme petits.

    Oneil Bouchard
    St-Joachim
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