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Un coup de maître?

Il y a quelques mois, le Groupe Jean Coutu, a fait un geste stratégique en troquant toute sa division américaine (y compris les pharmacies Brooks) contre une participation de 32 % dans la chaîne de pharmacies américaines Rite Aid. Certains ont qualifié ce geste de retrait honorable du marché américain par le groupe. D'autres y ont vu la confirmation par le groupe de l'échec de sa tentative de croître aux États-Unis. Coup de maître ou erreur stratégique? Qu'en est-il réellement?

Aux yeux de Jean Coutu père, son entreprise a saisi là une belle occasion. Facile à comprendre pour un bonhomme qui a foulé le sol américain en 1988 en y implantant une première pharmacie. Au terme de la présente transaction, son entreprise deviendra l'actionnaire minoritaire le plus important d'une chaîne de 5 500 pharmacies, soit la troisième en importance après CVS et Walgreen (la plus importante chaîne américaine au regard des ventes annuelles).

La transaction entre Groupe Jean Coutu et Rite Aid se détaille comme suit:

- Rite Aid achète toute la division américaine (Eckerd et Brooks) du Groupe Jean Coutu pour 3,47 milliards $US;

- l'achat comprend un versement comptant de 1,45 milliards $US;

- Rite Aid émettra en faveur du Groupe Jean Coutu 250 millions d'actions, dont la valeur était de 1,17 milliards $US au moment de l'annonce de l'entente; Groupe Jean Coutu deviendra ainsi le plus important actionnaire minoritaire de Rite Aid avec une participation de 32 % et 30 % environ des droits de vote;

- Rite Aid prendra en charge la dette transférable du Groupe Jean Coutu dont le montant est de 850 millions $US.

Premier volet à considérer: les répercussions de la transaction sur la situation financière du Groupe Jean Coutu. En raison de la prise en charge par Rite Aid de 850 millions $US de sa dette et du versement comptant de 1,45 milliards $US, le Groupe Jean Coutu se trouve pour l'essentiel libre de toute dette. Au 27 mai, sa dette totalisait 2,4 milliards $US. En tenant compte de la prise en charge d'une partie de la dette et du comptant à verser par Rite Aid, Groupe Jean Coutu pourra rembourser 2,3 milliards de sa dette totale. Restera donc une dette de près de 90 millions $US, contre un avoir de 1,5 milliards $US. Sur ce plan, le Groupe Jean Coutu renforce considérablement son bilan, dont le taux d'endettement a bondi à plus de 60 % à la suite de l'achat de la chaîne de pharmacies américaine Eckerd.

Cette chaîne, Groupe Jean Coutu l'a payée 2,38 milliards $US en avril 2004. En vendant maintenant toute sa division américaine 3,47 milliards $US, Groupe Jean Coutu est parvenu à monnayer son atout qu'était la chaîne de pharmacies Brooks, dont les ventes annuelles avoisinent 1,9 milliards $US. Somme toute, pour ce qui est du premier volet, le Groupe Jean Coutu marque des points importants surtout au chapitre du renforcement de son bilan.

Second volet à considérer: son placement dans Rite Aid, un placement d'une valeur de 1,170 milliards $US au moment où a été dévoilée la présente entente. Qu'en est-il de la qualité et de la plus-value potentielle de ce placement? La firme américaine a connu sa part de déboires financiers au cours des dernières années. Elle en sort affaiblie, avec un bilan grevé par un haut taux d'endettement (65 % de sa capitalisation financière). En revanche, en intégrant la division américaine du Groupe Jean Coutu, Rite Aid verra ses ventes annuelles passer de 17 à 27 milliards $US.

Encore mieux, Rite Aid peut dégager de son exploitation des flux de liquidité non négligeables. Un coup d'oeil à l'exercice 2005 de Rite Aid révèle que la chaîne a réalisé des fonds autogénérés de 460 millions $US. En intégrant la division américaine du Groupe Jean Coutu, Rite Aid verra ses fonds autogénérés grossir de ceux de 86 millions $US provenant de Brooks et de 159 millions $US provenant d'Eckerd. À cela s'ajoute les économies d'échelle que Mary Sammons, la présidente de Rite Aid, estime à 150 millions $US (soit 105 millions $US après impôt) par année. Au total, si tout va bien, Rite Aid pourrait être en mesure de dégager de son exploitation des fonds autogénérés de l'ordre de 800 millions $US ou 1,03 $US par action (au terme de la présente transaction, Rite Aid aura près de 779 millions d'actions en circulation).

À son cours actuel de 6,00 $US, l'action de Rite Aid s'échange sur la base d'un multiple de 5,9 fois les fonds autogénérés potentiels ce qui est faible pour le secteur. Conséquence: la plus-value potentielle du titre est très élevée lorsqu'on sait que les actions des autres grandes chaînes de pharmacies s'échangent à plus de 10 fois les fonds autogénérés.

Le placement du Groupe Jean Coutu est certes risqué, mais il comporte certainement une plus-value potentielle également élevée. Les actionnaires de Rite Aid sont appelés cette semaine à voter sur l'acquisition par leur compagnie de la division américaine du Groupe Jean Coutu. Si hic ne survient et que ceux-ci votent en faveur de l'entente, la transaction pourra être ficelée en mars. Une transaction qui, pour le Groupe Jean Coutu, constituera somme toute un très bon coup.

***

Courriel: cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
 
 
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