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Le taux de chômage le plus bas en 30 ans

6,1 % au Canada, 7,5 % au Québec

La création d'emplois a terminé 2006 en force avec des taux de chômage revenant à leur plancher des 30 dernières années, et ce, tant au Canada qu'au Québec. Les données de décembre viennent clôturer une année bigarrée sur le marché canadien du travail, dominée par le contraste albertain. Ce dynamisme a été alimenté par les retombées du deuxième boom pétrolier depuis 1980. Pendant ce temps, dans les provinces centrales, l'Ontario et le Québec ont dû manoeuvrer avec une atonie du secteur manufacturier, à laquelle se sont ajoutées une décélération dans la construction résidentielle et une industrie forestière en crise.

Selon Statistique Canada, il s'est créé 62 000 emplois au pays en décembre. Cette poussée a ramené le taux de chômage à 6,1 % le mois dernier, contre 6,3 % en novembre, à son niveau le plus bas en 30 ans. Sur 12 mois, soit de décembre à décembre, l'emploi a progressé de 344 800 en 2006, ou de 2,1 %, affichant son taux de croissance le plus élevé depuis 2002. «C'est la 14e année consécutive de hausses de l'emploi au Canada», a annoncé l'agence nationale de statistiques.

Autre observation témoignant de la vigueur du marché du travail l'an dernier, le gain en 2006 était attribuable aux emplois à temps plein dans une proportion de 80 %.

L'Alberta domine dans ces données, avec un taux de croissance de l'emploi de 6 %, du jamais vu en 26 ans pour cette province pétrolière. «Bien que l'Alberta compte seulement 10 % des Canadiens en âge de travailler, elle était à l'origine de près du tiers de la totalité de la croissance de l'emploi en 2006», a souligné Statistique Canada.

Cette domination de la province de l'Ouest s'est également répercutée sur la rémunération. Les salaires horaires moyens étaient estimés à 20 $ en décembre dernier, en hausse de 2,6 % par rapport à décembre 2005. «La pénurie de main-d'oeuvre en Alberta a continué d'exercer une pression sur les salaires de la province, qui ont augmenté de 5,9 % comparativement à un an plus tôt», a ajouté Statistique Canada.

Ailleurs, l'emploi a augmenté de 41 600 en Ontario le mois dernier, portant le total de l'année à 112 800 (+1,8 %) sur 12 mois et faisant passer le taux de chômage de 6,4 % à 6,1 % entre novembre et décembre. Pour sa part, l'économie québécoise a enregistré un gain net de 7100 emplois le mois dernier. Ce bilan, combiné à un recul de la population active, a permis au taux de chômage québécois de revenir à 7,5 % en décembre, contre 8 % le mois précédent, et d'atteindre un creux inégalé en 30 ans. Toutefois, de décembre à décembre, la création s'est établie à 34 200 emplois, contre 63 600 au cours des 12 mois précédents, soit un taux de croissance de 0,9 % seulement, correspondant à moins de la moitié de la performance canadienne.

Ces deux provinces ont subi de nouveau les affres d'un secteur manufacturier paralysé par la vigueur du dollar canadien, des prix énergétiques élevés et la concurrence provenant de pays à faibles coûts. «Dans le secteur de la fabrication, l'emploi a fléchi de 2,7 % (-59 000) en 2006, ce qui fait tomber à 9 % (-216 000) les baisses totales depuis le début du fléchissement en novembre 2002. En 2006, les diminutions se sont concentrées en Ontario et au Québec», a noté l'agence fédérale, qui a observé que des gains dans le secteur manufacturier (+32 000 emplois) avaient été par ailleurs comptabilisés dans les provinces de l'Ouest.

Moyennes annuelles

Ces données, mensuelles et volatiles, pourraient être révisées à la fin du mois, a averti Joëlle Noreau, économiste principale au Mouvement Desjardins. Plus représentatives de la tendance à long terme, les moyennes annuelles font ressortir une création nette de 314 600 emplois au Canada en 2006, comparativement à 222 700 en 2005. Le taux de chômage moyen pour l'année se chiffre à 6,3 %, contre 6,8 % en 2005, selon les données de l'économiste de Desjardins.

En Ontario, la moyenne annuelle dégage un gain net de 95 000 emplois en 2006, contre 81 000 en 2005 et 103 000 en 2004. Le taux de chômage moyen a été de 6,3 % l'an dernier contre 6,6 % en 2005. La baisse de cadence est réelle dans cette province, qui était habituée à une création annuelle moyenne de plus de 100 000 emplois de 1997 à 2004.

Au Québec, la création d'emplois s'est chiffrée à 48 200 en moyenne annuelle l'an dernier, en hausse par rapport à celle de 36 800 emplois de 2005, ramenant le taux de chômage moyen à 8 %, contre 8,3 % un an plus tôt, soit à son niveau le plus bas depuis 1976. Le Québec avait inscrit une création annuelle moyenne de 59 000 emplois en 2003, une poussée exceptionnelle de 129 000 en 2002, et de 37 000 seulement en 2001, ce gain net ayant oscillé entre 70 000 et 84 000 au cours des trois années précédentes.

Il y a de toute évidence décélération, a noté Joëlle Noreau. L'économiste rappelle qu'en 2006, la baisse de cadence dans la construction résidentielle et les secousses dans l'industrie forestière ont combiné leurs effets au malaise persistant dans le segment manufacturier.

«Tant au Québec qu'en Ontario, la progression des prix de l'énergie et l'ascension du huard sont au nombre des embûches avec lesquelles il faut et faudra composer. Par ailleurs, l'avènement de la concurrence amène des changements dans la structure industrielle. Il faut ajouter à cela l'attrait que présente l'Ouest canadien, avec toutes les possibilités d'emplois qui sont offertes, ce qui peut drainer une partie de la force de travail vers ce coin de pays.»

L'économiste du Mouvement Desjardins table sur une création d'emplois demeurant modeste en 2007 au Québec, malgré un secteur des services appelé à demeurer dynamique. Elle parle de ces annonces de mises à pied toujours bien réelles dans le segment manufacturier, d'une industrie forestière en convalescence et de la poursuite de la correction dans la construction résidentielle.

L'économiste principal au Groupe financier TD ajoute à cette liste le ralentissement de l'activité économique aux États-Unis pour prédire également une faible création d'emplois en 2007 devant s'étendre à l'échelle nationale. Derek Burleton chiffre à 1,2 % (en moyenne annuelle) le taux de croissance de l'emploi au Canada attendu cette année, à 0,8 % au Québec et à 1 % en Ontario, contre 1,9 %, 1,3 % et 1,5 % respectivement en 2006.
 
 
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  • Christine Baril
    Inscrite
    samedi 6 janvier 2007 12h19
    Le taux de chaumage ne reflête pas la réalité.
    Il faut avoir accès aux prestations d'assurance-emplois et accumuler le nombre demandé d'heures pour y accéder. Donc, ceux qui sont dans les arts, ou ceux qui étudient et qui travaillent à temps partiel, n'arrivent pas à amasser ces heures. Même si le taux de chomage baisse, il ne tient pas compte de ces gens qui se retrouvent avec de longues périodes sans emplois et sans aucune aide.

  • Marc-André Morency
    Abonné
    samedi 6 janvier 2007 14h28
    Chômage et inoccupation
    Le taux de chômage ne tient pas compte des inactifs dont certains sont en fait des chômeurs exclus des calculs. Bien des retraités sont toujours "actifs" mais non salariés. Le taux d'inoccupation permet de voir dans quelle mesure une population donnée se situe par rapport au monde salarié. Il y a aussi des bandits, de même que des détenteurs de patrimoine dans le lot d'inoccupés. Des étudiants, des personnes agées. Bref c'est une catégorie résiduelle pleine de personnes de statuts divers. Cependant le taux d'inoccupation a le mérite de montrer le degré de mobilisation de la force de travail d'une collectivité, la source principale de sa richesse.

    Professeur d'université (très actif, mais soit-disant retraité et officiellement inactif...)

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