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L'inquiétante chute du billet vert

«On est entré à nouveau dans une dangereuse zone de turbulence en matière de changes»

5 décembre 2006  Actualités économiques
Le dollar américain a décroché par rapport à la plupart des monnaies des autres pays développés.
Photo : Agence Reuters
Le dollar américain a décroché par rapport à la plupart des monnaies des autres pays développés.
Paris — Le brusque accès de faiblesse du dollar américain, confirmé encore hier, vient rappeler crûment que l'équilibre monétaire de la planète demeure précaire, une crise financière généralisée restant toujours possible selon les analystes si la situation venait à déraper.

Le billet vert a décroché par rapport à la plupart des monnaies des autres pays développés (euro, sterling, franc suisse...) et à l'or. Hier matin en Asie, l'euro a atteint un nouveau plus haut depuis mars 2005 face au billet vert, à 1,3367 $, en hausse de plus de 11 % depuis le début de l'année.

Antoine Brunet, économiste de la banque HSBC à Paris, perçoit dans ces récents remous une «synergie négative» à l'encontre du dollar, et le signe selon lui qu'«au total, on est entré à nouveau dans une dangereuse zone de turbulence en matière de changes».

La récente glissade a été en partie déclenchée par des déclarations d'un dirigeant chinois suggérant que la banque centrale pourrait bouder le dollar à l'avenir. Les banques centrales sont des acteurs majeurs sur les marchés de devises dont elles détiennent des quantités considérables en réserves.

La tendance se nourrit aussi du ralentissement économique aux États-Unis, qui laisse augurer une possible baisse des taux d'intérêt, alors que l'Europe et le Japon sont au contraire engagés dans un mouvement de hausse. Un contexte qui provoque un déplacement massif de capitaux, explique Olivier Bizimana, économiste du Crédit Agricole.

En arrière-plan, perdure aussi le sentiment «que les déséquilibres actuels peuvent pas être éternels», ajoute-t-il, en référence au gouffre qui sépare les pays dont la balance courante est en lourd déficit (États-Unis en premier lieu) et dont le train de vie est financé par ceux qui sont excédentaires (Japon, Chine). Les économistes redoutent une crise de confiance à l'égard du dollar, qui se traduirait par une vente massive d'obligations américaines.

Ce problème des «grands déséquilibres mondiaux» n'est pas nouveau et les grandes institutions ne se privent pas de le rappeler régulièrement au bon souvenir des politiques. L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) l'a une nouvelle fois fait figurer en tête de liste des risques pesant sur l'économie mondiale, dans son rapport d'automne publié mardi dernier.

Le dénouement, jugé inévitable à terme, «pourrait être désordonné et générer des accès de volatilité des taux de change et une hausse mondiale des taux d'intérêt», explique-t-elle. «Dès lors, le logement et la construction pourraient être durement touchés» et contaminer d'autres secteurs puis d'autres pays, prévient-elle.

En soi, pourtant, la baisse du dollar, n'est pas forcément synonyme de «désastre» si elle se passe bien, et ne doit pas être envisagée «de la même façon apocalyptique qu'un effondrement du marché boursier ou obligataire américain», car ses effets seront compensés ailleurs sur le globe, tempère Julian Jessop, économiste de Capital Economics.

Par exemple, elle pourrait alléger le fardeau de la zone euro si elle se traduit par une appréciation des devises asiatiques face au dollar, et notamment celle du yuan chinois, car elle améliorerait sa compétitivité face à la région actuellement la plus dynamique de la planète.

Elle n'est pas non plus perçue comme franchement négative aux États-Unis où l'administration réclame avec insistance une hausse du yuan face au dollar.

Quoiqu'il en soit, la mécanique de baisse du billet vert semble bel et bien enclenchée et Antoine Brunet table sur un euro prochainement à un record de 1,37 $US, Julian Jessop à 1,40 $US.
 
 
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