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De probables baisses de taux

Nul doute. Nous avons affaire au sud de notre frontière à un fort ralentissement de l'activité économique. Au troisième trimestre, le PIB américain n'a crû que de 2,2 % ce qui est bien en deçà de la croissance potentielle à long terme du pays (elle se situe entre 3 % et 3,5 %). Le secteur de l'automobile se trouve en plein marasme. Les grands constructeurs américains procèdent à de nombreuses coupures sous la pression de la vive concurrence asiatique et européenne, et le ralentissement général des ventes. Les fabricants de pièces automobiles vivent quant à eux une situation qui s'apparente à celle vécue par les compagnies d'aviation. Plusieurs d'entre eux ont dû, au cours des derniers mois, se placer sous la protection de la loi des faillites.

Et il y a le secteur de la construction résidentielle qui s'essouffle depuis plusieurs trimestres. Un coup de semonce a même été donné il y a quelques semaines alors que les mises en chantier ont littéralement dégringolé en octobre pour tomber sous la barre de 1,5 million d'unités (elles ont totalisé 1,48 million d'unités sur une base annuelle en octobre). Il faut se rappeler qu'au premier trimestre, les mises en chantier s'élevaient autour de deux millions d'unités sur une base annuelle.

Les mises en chantier sont un indice précurseur clé de l'activité économique. Une chute trop radicale de celui-ci accroît sérieusement les probabilités d'une prochaine récession au sud de notre frontière. Or, en dessous de 1,5 million, la chute est radicale. De plus, rien ne laisse entrevoir une amélioration à court terme si l'on se réfère au nombre de permis délivrés pour les nouvelles constructions. Celui-ci est passé de près de 1,7 million en septembre à 1,5 million en octobre. Il s'agit ici d'un indice précurseur aux mises en chantier.

La nouvelle a semé l'inquiétude auprès des investisseurs ballottés entre le ralentissement évident de l'économie et les bons résultats déclarés par les compagnies américaines. Cette dégringolade des mises en chantier n'a fait que renforcer la position de Clément Gignac, l'économiste en chef de la Banque Nationale, qui estime à 40 % maintenant les probabilités d'une récession. Celui-ci a déclaré récemment qu'il ne fallait pas hésiter à retirer ses billes de la Bourse en faveur des titres à revenus fixes. Dans l'éventualité d'une récession, M. Gignac considère la situation du Canada comme assez précaire. L'indice S&P/TSX a été alimenté au cours des dernières années par une forte poussée des prix des denrées. Bien sûr, cette poussée provient de la croissance phénoménale des pays émergents dont, au premier plan, la Chine. Clément Gignac croit cependant que la hausse des prix des denrées a pu être exagérée par la spéculation émanant de joueurs non traditionnels tels que les hedge funds. Si tel est le cas, le ralentissement de l'activité économique au sud de notre frontière provoquera une onde de choc sur tout le secteur des denrées. Y compris le pétrole dont le prix, après avoir atteint un sommet de 78 $US le baril cet été, est tombé il y a quelques semaines à près de 55,50 $US, soit sous les planchers enregistrés au cours des deux dernières années. L'hiver étant à nos portes, le prix du baril de pétrole devrait se stabiliser. Mais, au printemps prochain, qu'adviendra-t-il alors que nous entrerons dans la saison creuse?

Bien qu'il n'ait rien dit sur le comportement à long terme de notre dollar, il est évident que Clément Gignac croit moins au scénario voulant qu'il soit à terme à parité avec le dollar américain. Une grosse partie de notre excédent commercial nous vient des prix élevés du pétrole et des autres denrées. Ce secteur est cependant de nature cyclique et donc très vulnérable à tout ralentissement de la plus importante économie au monde que sont les États-Unis.

Il est toujours délicat de tenter de prévoir une récession. En prédire la sévérité l'est encore plus. La raison: tout dépend de la volonté de la banque centrale qui, aux États-Unis, est la Réserve fédérale. C'est elle qui possède la clé de l'énigme. Toutes les récessions depuis 1980 ont été volontairement provoquées par la banque centrale.

En revanche, on peut dire que la table est mise pour une éventuelle baisse des taux d'intérêt, aux États-Unis à tout le moins. Surtout que dame Inflation se montre de plus en plus docile. Les prix à la production ont chuté de 1,6 % en octobre et de 0,9 % si l'on exclut les prix de l'énergie. L'indice des prix à la consommation (un autre indice-clé) a chuté pendant deux mois consécutifs (septembre et octobre) de 0,5 %. Les prix de l'énergie et des aliments exclus, l'indice n'a grimpé que de 0,1 % en octobre, soit le gain le plus faible enregistré au cours des 13 derniers mois.

Le comportement rassurant de l'inflation couplé au ralentissement évident de l'activité économique a déjà déclenché une nouvelle tendance à la baisse des taux d'intérêt à long terme. Le taux des hypothèques de trente ans s'est même replié à près de 6 %, lui qui était, il y a quelques trimestres, à 6,4 % et plus.

Reste maintenant à savoir si la Réserve fédérale renforcera cette tendance à la baisse en diminuant son taux directeur qui, pour le moment, se tient à 5,25 %. Plusieurs experts estiment que la banque centrale attendra encore plusieurs mois avant d'infléchir son taux directeur. Certains mêmes craignent d'autres hausses si dame Inflation se réveille.

Pour ma part, j'estime que la table est mise pour d'éventuelles baisses des taux à court terme quelque part en 2007 aux États-Unis.

***

cchiasson@proplacement.qc.ca

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