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Sommet sur le microcrédit - Yunus demande à la Banque mondiale de changer ses méthodes

14 novembre 2006  Actualités économiques
Le Bangladais Muhammad Yunus, connu dans son pays comme le «banquier des pauvres», veut que la Banque mondiale aide plus directement les pauvres.
Photo : Agence France-Presse
Le Bangladais Muhammad Yunus, connu dans son pays comme le «banquier des pauvres», veut que la Banque mondiale aide plus directement les pauvres.
Halifax — Le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus a appelé hier la Banque mondiale à modifier son approche dans la lutte contre la pauvreté et à aider plus directement les millions de personnes qui survivent avec moins d'un dollar par jour.

Les grands projets d'infrastructure de la Banque mondiale devraient être gérés par des pauvres dans des communautés locales et leur appartenir plutôt qu'aux gouvernements ou aux grandes compagnies, a fait valoir M. Yunus connu dans son pays, le Bangladesh, comme le «banquier des pauvres».

«C'est une bataille que nous ne cessons de mener», a déclaré M. Yunus lors d'une conférence de presse au sommet du microcrédit, en cours à Halifax, sur la côte est canadienne. Il a souligné «avoir consacré beaucoup d'efforts à essayer de persuader la Banque mondiale de modifier son approche et à s'intéresser plus directement aux pauvres».

Le précédent président de la Banque, Jim Wolfensohn, avait manifesté des signes d'intérêt pour la communauté du microcrédit, mais «l'institution ne l'a pas soutenu», a indiqué M. Yunus.

Patron de la Grameen Bank, qui prête de petites sommes à des pauvres pour leur permettre de lancer un commerce ou une entreprise, M. Yunus est considéré comme le père de cette méthode de développement.

Il a déploré que la grande institution financière internationale ne consacre même pas 1 % de son budget au microcrédit et a jugé ses méthodes «dépassées».

«Si l'on construit un pont, c'est le gouvernement qui obtiendra le prêt et qui en sera propriétaire», explique-t-il, en demandant: «pourquoi ce ne serait pas les pauvres qui en seraient propriétaires»?

Si une communauté locale était la propriétaire du pont, elle pourrait en tirer des revenus, en imposant un péage par exemple, et commencer ainsi à se construire une assise financière.

Selon M. Yunus, la banque Grameen qu'il a fondée a montré que des gens pauvres sont tout à fait capables de gérer avec succès une entreprise rentable.

La banque Grameen a accordé plus de 6 millions de microprêts depuis 1976 et offre désormais des prêts à des gens très pauvres pour qu'ils puissent se construire ou améliorer leur logement.

Son approche innovante de la lutte contre la pauvreté a connu un regain d'intérêt depuis qu'elle lui a valu de recevoir le prix Nobel de la paix le mois dernier.

Les participants au sommet du microcrédit, qui se tient du 12 au 15 novembre se sont fixé pour objectif de parvenir d'ici 2015 à ce que 175 millions de personnes parmi les plus pauvres du monde aient pu bénéficier de microcrédits.

Ils estiment avoir pu aider quelque 82 millions de personnes de cette façon depuis le premier sommet du microcrédit qui s'était tenu à Washington en 1997.

Outre M. Yunus, la reine Sophie d'Espagne, des ministres du Canada, du Pakistan et du Honduras, des banquiers et des hommes d'affaires assistent au sommet auquel participent quelque 2000 militants et spécialistes du microcrédit.
 
 
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