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10e anniversaire du Chantier de l'économie sociale - La solidarité, un outil pour combattre les inégalités

En 1996, on mettait en action une stratégie nationale de relance de l'emploi

Martine Letarte   16 septembre 2006  Actualités économiques
Nancy Neamtan est présidente-directrice générale du Chantier de l’économie sociale.
Nancy Neamtan est présidente-directrice générale du Chantier de l’économie sociale.
Au départ, le Chantier de l'économie sociale n'était qu'un groupe de travail temporaire chargé de donner des recommandations au gouvernement de Lucien Bouchard pour relancer l'emploi. Finalement, grâce au grand dynamisme de ses membres, le Chantier est resté et est devenu un grand organisme à but non lucratif qui rassemble les promoteurs et les partenaires de l'économie sociale du Québec. À l'occasion de son dixième anniversaire, le temps est venu pour ses membres de faire le bilan et de se lancer de nouveaux défis.

Replongeons-nous en 1996, en pleine lutte pour le déficit zéro de Lucien Bouchard. Le premier ministre convoque le Sommet sur l'économie et l'emploi. Dans le cadre des travaux préparatifs, le Groupe de travail sur l'économie sociale est constitué pour préparer et soumettre un ensemble de projets s'intégrant dans une stratégie nationale de relance de l'emploi. À l'époque, déjà très impliquée dans le domaine de l'économie sociale, Nancy Neamtan était la présidente du groupe de travail.

«Lorsqu'on m'a demandé de présider le groupe, je me suis dit que c'était une belle occasion de montrer ce que font les entreprises d'économie sociale et ce dont elles sont capables», se rappelle Mme Neamtan, aujourd'hui présidente-directrice générale du Chantier de l'économie sociale.

Après six mois de consultations, le groupe de travail a déposé son rapport Osons la solidarité! «Avec ce document, nous voulions montrer qu'il n'y avait pas seulement deux options pour les entreprises: le privé ou le public. L'entreprise collective est aussi un choix viable. Nous voulions aussi montrer que l'économie sociale faisait partie de la structure économique du Québec et nous proposions que le Québec se dote d'outils financiers pour les entrepreneurs en économie sociale. Notre dernière recommandation était que le gouvernement nous donne le mandat de mettre en oeuvre le plan d'action, ce qu'il a accepté. C'est comme ça que le chantier est né», explique Mme Neamtan.

De grandes réalisations

Dans son rapport Osons la solidarité!, le Groupe de travail sur l'économie sociale a suggéré plusieurs projets importants et le Chantier a par la suite négocié les conditions de réalisation avec le gouvernement et a bien sûr accompagné les entreprises dans leur démarche.

«Nous avons essayé de cibler des enjeux sociaux auxquels nous faisions face et nous nous servions de l'économie sociale pour trouver des solutions. En environnement, la récupération, le recyclage et la réutilisation sont importants pour réduire la somme d'objets destinés aux sites d'enfouissement, alors nous avons imaginé un réseau de "ressourceries", dont font partie les friperies Renaissance», explique Mme Neamtan.

Aide domestique et Journées de la culture

Le Chantier de l'économie sociale a aussi eu l'idée du Regroupement des entreprises d'économie sociale en aide domestique du Québec. «Nous avons regardé le problème du vieillissement de la population et nous nous sommes rendu compte que plusieurs personnes âgées désiraient rester à la maison, mais qu'elles étaient incapables sans un peu d'aide. Confrontées au manque de ressources abordables, plusieurs se résignaient à aller vivre dans un centre d'hébergement, ce qui augmentait énormément la pression sur l'État. C'est en étudiant cette problématique que nous avons eu l'idée des entreprises d'aide domestique en fonction du revenu. Dix ans plus tard, il existe maintenant plus de 100 entreprises dispersées sur tout le territoire du Québec qui embauchent environ 8000 personnes, parmi lesquelles 50 % recevaient des prestations d'aide sociale», affirme fièrement Mme Neamtan.

C'est également au Chantier que les Québécois doivent les populaires Journées de la culture. «Avec ce projet, nous affirmions que l'avenir du Québec et son développement ne dépendaient pas seulement de l'aspect financier, mais de l'intégration d'un ensemble des aspects de la vie dont la culture, qui n'était pas suffisamment reconnue. Aujourd'hui, c'est rendu un événement important et la majorité des gens ne savent même pas que c'est parti de nous, mais ce n'est pas grave! L'important, c'est que le projet ait été un succès», poursuit-elle.

Encore du chemin à faire

En plus de permettre de se remémorer les bons coups, le 10e anniversaire du Chantier de l'économie sociale donne l'occasion à l'équipe de regarder vers l'avant. Même si tout peut toujours changer, les gens du Chantier ont déjà ciblé quelques grands enjeux sur lesquels ils devront travailler.

Le développement de l'économie sociale dans les régions en est un. «Dans certaines régions, l'économie sociale est devenue un acteur important de l'économie. Dans la MRC du Rocher-Percé par exemple, l'un des plus gros employeurs est une entreprise d'aide domestique. Toutefois, il y a encore beaucoup de travail à faire. Dans plusieurs endroits, lorsqu'il y a de grandes rencontres pour discuter du développement régional, il arrive encore que les gens du milieu de l'économie sociale ne soient pas invités. Beaucoup de progrès ont été faits, mais ce n'est pas encore automatique», soutient le directeur du développement, secteurs habitation communautaire, environnement, financement et capitalisation au Chantier, Charles Guindon.

Nécessaire commercialisation

La commercialisation des produits et services d'entreprises d'économie sociale est aussi un enjeu d'avenir pour le Chantier. «Beaucoup d'efforts de réseautage ont été faits ces dernières années, mais il reste beaucoup à faire. Entre autres, l'idée de faire des affaires ensemble se développe entre les différentes entreprises d'économie sociale. Pour faciliter la chose, le Chantier lancera cet hiver un site Internet qui répertoriera toutes les entreprises d'économie sociale avec une fiche descriptive de leurs produits et services offerts. Nous travaillons aussi avec le gouvernement, qui est un gros acheteur, pour qu'il se dote de politiques d'achat qui favorisent l'économie sociale», poursuit M. Guindon.

Enfin, le Chantier s'efforce toujours de conserver à l'économie sociale ses deux missions économique et sociale. «L'économie sociale doit réduire les inégalités et cette mission sociale est parfois oubliée. C'est très important que les services offerts par les entreprises soient accessibles à l'ensemble de la population du Québec et pour ça, il faut toujours demeurer extrêmement vigilants», conclut M. Guindon.

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