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Pays en développement - La CNUCED vante l'interventionnisme à la chinoise

1 septembre 2006  Actualités économiques
Le directeur général de la CNUCED, Supachai Panitchpakdi,  s’est défendu de prôner un retour au protectionnisme et au dirigisme.
Photo : Agence Reuters
Le directeur général de la CNUCED, Supachai Panitchpakdi, s’est défendu de prôner un retour au protectionnisme et au dirigisme.
Genève — La CNUCED a plaidé hier pour une dose d'interventionnisme dans les politiques économiques des pays en développement, donnant en exemple le modèle chinois face au libéralisme prôné par d'autres institutions internationales.

Dans son rapport annuel, la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement a estimé que les réformes défendues par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) n'avaient pas permis de stimuler suffisamment la croissance ni de faire reculer la pauvreté dans les pays du Sud.

«Les réformes libérales suivies dans la majorité des pays en développement depuis le début des années 1980 n'ont pas tenu les promesses de leurs partisans», a déploré la CNUCED.

L'organe onusien suggère en revanche aux pays pauvres de s'inspirer de l'interventionnisme suivi par la Chine depuis la fin du système collectiviste dans les années 1980. Pékin a suivi depuis une politique de subventions à l'industrie nationale, de protection aux frontières et sous-évaluation du taux de change afin de soutenir ses exportations.

La démarche chinoise, qui s'est traduite par une croissance moyenne de 9,6 % depuis 15 ans, s'est avérée «saine mais différente» de celle prônée par les institutions de Washington, a estimé Heiner Flassbeck, un expert de la CNUCED.

Selon le rapport, «les gouvernements devraient protéger, s'il y a lieu, les entreprises naissantes, notamment en recourant avec circonspection aux subventions et aux droits de douane jusqu'à ce que les producteurs locaux puissent affronter la concurrence internationale en vendant des produits de plus en plus élaborés».

La prise de position de la CNUCED survient alors que près de cinq années de négociations sur un nouvel ordre commercial mondial sont bloquées à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) depuis fin juillet.

Outre un différend général sur l'agriculture, certains grands pays émergents comme l'Inde ou l'Argentine refusent d'ouvrir leur marché aux produits industriels importés justement au nom de la protection des industries naissantes.

Le directeur général de la CNUCED, Supachai Panitchpakdi, qui était lui-même encore à la tête de l'OMC il y a un an, s'est toutefois défendu de prôner un retour au protectionnisme et au dirigisme. «Nous recommandons de soutenir [l'économie] mais nous disons aussi que ce soutien ne doit pas durer indéfiniment. Ce n'est pas une exemption [aux règles du commerce international], c'est une démarche stratégique», a-t-il expliqué à la presse.

La politique chinoise a été encore dénoncée cette semaine à Pékin par la représentante américaine au Commerce, Susan Schwab, qui a mis en garde contre «le nationalisme économique» de la Chine, pays en grande partie à l'origine de l'abyssal déficit commercial des États-Unis.

Washington réclame une réévaluation de la monnaie chinoise, le yuan, que Pékin a commencé à laisser flotter prudemment face au dollar en juillet 2005. La CNUCED approuve cette politique, estimant que la réévaluation du yuan doit «se poursuivre petit à petit et non par à-coups».

Sur le plan conjoncturel, la CNUCED table sur la poursuite d'une croissance économique mondiale soutenue cette année à 3,6 % (dont 6 % pour les pays en développement et entre 2,5 % et 3 % pour les pays développés).

Mais le rapport met en garde contre les risques de crise financière provoquée par le déficit américain et appelle les pays excédentaires comme l'Allemagne et le Japon à stimuler leur demande intérieure afin d'éviter une forte dépréciation du dollar qui serait préjudiciable à l'économie mondiale.
 
 
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