À qui profite la croissance économique?
Pendant que les entreprises engrangent des profits records, le poids relatif des salaires dans le PIB canadien tend à fléchir
Photo : Agence Reuters
Après avoir graduellement augmenté, en passant d’environ 50 % au début des années 60, à plus de 56 % au milieu des années 70, le poids relatif des salaires et autres avantages sociaux de l’ensemble des travailleurs dans le produit intérieur br
Les profits des entreprises atteignent des sommets historiques, alors que les salaires des travailleurs sont à leur plus bas niveau par rapport à la taille de l'économie. À qui profite la croissance économique?
La théorie économique dit que les deux phénomènes devraient aller de pair. Lorsqu'il y a croissance économique, les profits des entreprises augmentent, tout comme les salaires des employés. Lorsque l'économie ralentit ou entre en récession, les entreprises doivent procéder à des mises à pied, et les employés qui restent n'osent pas demander d'augmentations salariales.
Or, après avoir graduellement augmenté, en passant d'environ 50 % au début des années 60, à plus de 56 % au milieu des années 70, le poids relatif des salaires et autres avantages sociaux de l'ensemble des travailleurs dans le produit intérieur brut (PIB) canadien s'est graduellement mis à fléchir au fil des cycles économiques, au point de passer, en 2005, sous la barre des 50 %. «On peut parler d'une tendance baissière depuis au moins une quinzaine d'années», observe Hélène Bégin, économiste au Mouvement Desjardins, qui a compilé ces données statistiques à la demande du Devoir. «Pour 2005, on a clairement affaire à un creux historique.»
Les profits des entreprises, durant la même période, ne semblent, quant à eux, pas avoir de tendance lourde à la hausse ou à la baisse, et ne font que suivre les cycles économiques. Ils ont ainsi totalisé l'équivalent de 14 % du PIB canadien en 2005, soit autant sinon un peu plus que le précédent record enregistré en 1973.
Ces tendances ressemblent assez à ce qui se produit présentement aux États-Unis, où de plus en plus d'observateurs se demandent si les travailleurs ne sont pas devenus les grands oubliés de la croissance économique. «Avec l'économie qui commence à ralentir, la présente période de croissance pourrait bien être la première depuis la Deuxième Guerre mondiale à ne pas avoir apporté à la majorité des travailleurs une augmentation soutenue de leur revenu réel», rapportait hier le New York Times.
On y rapportait, notamment, que les salaires des travailleurs, après avoir atteint un sommet au début des années 70, n'avaient jamais compté pour aussi peu dans le PIB américain depuis que la mesure a été établie, en 1947. Les profits des entreprises, quant à eux, ne se sont jamais aussi bien portés depuis le milieu des années 60.
La situation en est même arrivée, poursuivait le quotidien new-yorkais, à ce que l'amélioration des avantages sociaux offerts par les entreprises à leurs employés, comme les très coûteuses assurances médicales, ne suffisent plus à contrebalancer leur pingrerie en matière salariale. Ainsi, depuis un an, l'augmentation de la rémunération globale des travailleurs n'arrive même pas à compenser l'augmentation du coût de la vie.
Le Canada, comme le Québec, n'en est pas là, rassure Hélène Bégin. La rémunération globale des travailleurs n'a pas cessé, par exemple, d'y augmenter depuis 1994, même lorsque l'on tient compte de l'inflation.
De façon générale, poursuit-elle, ces données agrégées ne rendent cependant pas toujours bien les différences qui existent entre les secteurs économiques en pleine explosion au Canada, comme l'énergie, et ceux qui en arrachent, comme le secteur industriel. «Il est probablement plus difficile d'obtenir des augmentations salariales dans des secteurs où la concurrence mondiale et la pression à la baisse sur les prix sont aussi fortes que celles dans le secteur manufacturier.»
La faute de la mondialisation
La difficulté grandissante des travailleurs à aller chercher leur part de la croissance économique est probablement attribuable à cette mondialisation de l'économie, ont expliqué les nombreux experts interrogés par le New York Times. Ce n'est pas pour rien que cette tendance s'observe un peu partout, en Europe et au Japon.
Mais ce n'est sans doute pas le seul facteur explicatif, a poursuivi le quotidien. Il faudrait aussi mentionner la faiblesse des syndicats, l'immigration, les congédiements et la technologie, ainsi que le sentiment d'insécurité que ces deux derniers phénomènes instillent chez les travailleurs, comme causes de l'érosion de leur pouvoir de négociation.
Il y a des exceptions. Les dirigeants d'entreprises et quelques travailleurs de haut vol dans les secteurs de pointe sont de ceux-là. «On se retrouve en présence de deux économies, a déclaré le politologue américain Charles Cook au New York Times. Une qui est chauffée à blanc et qui roule des mécaniques. Ce sont les gens qui ont bénéficié de la mondialisation, de la technologie, des gains de productivité et des gros revenus corporatifs. Et puis, il y a tous les autres, qui n'ont pas l'impression d'améliorer leur sort même s'ils travaillent dur. Et il y a beaucoup plus de monde dans ce groupe que dans l'autre.»
La théorie économique dit que les deux phénomènes devraient aller de pair. Lorsqu'il y a croissance économique, les profits des entreprises augmentent, tout comme les salaires des employés. Lorsque l'économie ralentit ou entre en récession, les entreprises doivent procéder à des mises à pied, et les employés qui restent n'osent pas demander d'augmentations salariales.
Or, après avoir graduellement augmenté, en passant d'environ 50 % au début des années 60, à plus de 56 % au milieu des années 70, le poids relatif des salaires et autres avantages sociaux de l'ensemble des travailleurs dans le produit intérieur brut (PIB) canadien s'est graduellement mis à fléchir au fil des cycles économiques, au point de passer, en 2005, sous la barre des 50 %. «On peut parler d'une tendance baissière depuis au moins une quinzaine d'années», observe Hélène Bégin, économiste au Mouvement Desjardins, qui a compilé ces données statistiques à la demande du Devoir. «Pour 2005, on a clairement affaire à un creux historique.»
Les profits des entreprises, durant la même période, ne semblent, quant à eux, pas avoir de tendance lourde à la hausse ou à la baisse, et ne font que suivre les cycles économiques. Ils ont ainsi totalisé l'équivalent de 14 % du PIB canadien en 2005, soit autant sinon un peu plus que le précédent record enregistré en 1973.
Ces tendances ressemblent assez à ce qui se produit présentement aux États-Unis, où de plus en plus d'observateurs se demandent si les travailleurs ne sont pas devenus les grands oubliés de la croissance économique. «Avec l'économie qui commence à ralentir, la présente période de croissance pourrait bien être la première depuis la Deuxième Guerre mondiale à ne pas avoir apporté à la majorité des travailleurs une augmentation soutenue de leur revenu réel», rapportait hier le New York Times.
On y rapportait, notamment, que les salaires des travailleurs, après avoir atteint un sommet au début des années 70, n'avaient jamais compté pour aussi peu dans le PIB américain depuis que la mesure a été établie, en 1947. Les profits des entreprises, quant à eux, ne se sont jamais aussi bien portés depuis le milieu des années 60.
La situation en est même arrivée, poursuivait le quotidien new-yorkais, à ce que l'amélioration des avantages sociaux offerts par les entreprises à leurs employés, comme les très coûteuses assurances médicales, ne suffisent plus à contrebalancer leur pingrerie en matière salariale. Ainsi, depuis un an, l'augmentation de la rémunération globale des travailleurs n'arrive même pas à compenser l'augmentation du coût de la vie.
Le Canada, comme le Québec, n'en est pas là, rassure Hélène Bégin. La rémunération globale des travailleurs n'a pas cessé, par exemple, d'y augmenter depuis 1994, même lorsque l'on tient compte de l'inflation.
De façon générale, poursuit-elle, ces données agrégées ne rendent cependant pas toujours bien les différences qui existent entre les secteurs économiques en pleine explosion au Canada, comme l'énergie, et ceux qui en arrachent, comme le secteur industriel. «Il est probablement plus difficile d'obtenir des augmentations salariales dans des secteurs où la concurrence mondiale et la pression à la baisse sur les prix sont aussi fortes que celles dans le secteur manufacturier.»
La faute de la mondialisation
La difficulté grandissante des travailleurs à aller chercher leur part de la croissance économique est probablement attribuable à cette mondialisation de l'économie, ont expliqué les nombreux experts interrogés par le New York Times. Ce n'est pas pour rien que cette tendance s'observe un peu partout, en Europe et au Japon.
Mais ce n'est sans doute pas le seul facteur explicatif, a poursuivi le quotidien. Il faudrait aussi mentionner la faiblesse des syndicats, l'immigration, les congédiements et la technologie, ainsi que le sentiment d'insécurité que ces deux derniers phénomènes instillent chez les travailleurs, comme causes de l'érosion de leur pouvoir de négociation.
Il y a des exceptions. Les dirigeants d'entreprises et quelques travailleurs de haut vol dans les secteurs de pointe sont de ceux-là. «On se retrouve en présence de deux économies, a déclaré le politologue américain Charles Cook au New York Times. Une qui est chauffée à blanc et qui roule des mécaniques. Ce sont les gens qui ont bénéficié de la mondialisation, de la technologie, des gains de productivité et des gros revenus corporatifs. Et puis, il y a tous les autres, qui n'ont pas l'impression d'améliorer leur sort même s'ils travaillent dur. Et il y a beaucoup plus de monde dans ce groupe que dans l'autre.»
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