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Le rêve avorté d'un «géant minier canadien»

Après Falconbridge qui devient suisse, Inco deviendra soit américaine, soit brésilienne

21 août 2006  Actualités économiques
La prise de contrôle de Falconbridge par le suisse Xstrata, conjuguée à l'échec de l'OPA du canadien Teck Cominco sur sa compatriote Inco ont sonné le glas la semaine dernière du rêve d'un goliath canadien, dominant le secteur minier mondial.

«Le Canada a une très longue histoire dans l'industrie minière... Lorsque l'on voit deux sociétés canadiennes avec des actifs importants au Canada tomber entre les mains de compagnies étrangères, c'est franchement décevant», lance Larry Smith, analyste chez Blackmont capital.

Le suisse Xstrata a pris le contrôle cette semaine de Falconbridge, quatrième producteur mondial de nickel, valorisé à 20,5 milliards $US, tandis que la tentative de rachat d'Inco, deuxième dans le pool nickel, par sa rivale nationale Teck Cominco a fait chou blanc.

Inco et Falconbridge pèsent à eux seuls pour près du quart de la production mondiale du métal argenté qui sert surtout à fabriquer de l'acier inoxydable et des alliages.

«Je ne suis pas convaincu qu'à long terme il est bon pour le Canada d'avoir des compagnies importantes comme celles-là entre les mains d'intérêts étrangers», ajoute M. Smith.

Le secteur minier canadien se trouve aujourd'hui dans une position qui était inimaginable à l'automne, alors qu'Inco et Falconbridge avaient annoncé leur fusion afin de créer un leader mondial du nickel. L'anglo-suisse Xstrata a saboté le rêve des siamois canadiens, allongeant en mai des milliards de dollars pour finalement s'emparer cette semaine de Falconbridge, tandis que le canadien Teck Cominco a fourbi ses armes et tenté en mai une fusion hostile avec Inco.

Suite à ces offres, les p.-d.g. des trois groupes miniers canadiens se sont rencontrés pour discuter d'un «projet secret» visant à la formation d'un véritable géant minier canadien, à la tête des marchés mondiaux du nickel et du zinc, ont rapporté les médias canadiens.

«C'est clair qu'au départ la fusion entre Inco et Falconbridge était la transaction la plus sensée. Que cette combinaison se réalise ou non la prochaine opération était avec Teck Cominco, puis avec l'autre grand joueur canadien, Alcan», explique à l'AFP Benoît Brillon, analyste chez Natcan, une société d'investissement détenant

2 % d'Inco.

«Lorsqu'on regarde la compétition mondiale avec les BHP Billiton, Rio Tinto, Xstrata, on se rend compte qu'aucune de ces compagnies n'auraient eu des actifs d'une aussi grande qualité, avec des positions aussi importantes dans les matières premières, excluant l'énergie. Clairement, on aurait fait quelque chose d'extrêmement puissant», poursuit-il.

Mais la destinée en aura voulu autrement. «Inco a tout fait sauter», confie à l'AFP un analyste réputé sous couvert de l'anonymat, alors que plusieurs ont remarqué un conflit de personnalité entre les p.-d.g. d'Inco et de Teck Cominco.

La direction d'Inco a tourné le dos au projet purement canadien et entamé dès la fin du printemps des discussions avec le brésilien Vale do Rio Doce (CVRD), selon une note déposée aux autorités américaines de réglementation des marchés.

Inco a ensuite claqué la porte à CVRD pour se réfugier dans les bras de l'américain Phelps Dodge, numéro trois mondial du cuivre. Inco, Falconbridge et Phelps Dodge ont annoncé en grande pompe fin juin leur mariage à trois qui n'a jamais été consommé.

À cours de ressources financières, Inco a capitulé en juillet devant Xstrata et s'est aussitôt retrouvé dans la position de l'acheteur-acheté.

CVRD est sorti de l'ombre la semaine dernière, offrant 15,2 milliards comptant pour Inco. Teck Cominco a aussitôt rallié des grandes banques canadiennes dans une tentative de financer une contre-attaque pour s'emparer de sa compatriote. En vain.

Après Falconbridge qui devient suisse, Inco deviendra soit américaine, soit brésilienne. À moins qu'un nouveau joueur n'entre dans la danse...
 
 
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