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La crédibilité de Romano Prodi est affaiblie dans l'UE

Le président de la Commission européenne a qualifié de «stupide» le pacte de stabilité de l'euro

Reuters   19 octobre 2002  Actualités économiques
Bruxelles - La crédibilité du président de la Commission européenne, Romano Prodi, et de son institution ont été gravement atteintes par ses propos sur le caractère «stupide» du pacte de stabilité de l'euro, ont estimé hier de nombreux responsables européens.

Le maintien à son poste de l'ancien président du Conseil italien est désormais remis en question au sein de l'Union européenne, qui était hier encore sous le choc de l'interview accordée la veille au quotidien Le Monde. «Je sais très bien que le pacte de stabilité est stupide, comme toutes les décisions qui sont rigides», avait-il dit.

Même si quelques — rares — voix ont salué ce jugement, des réactions virulentes ont suivi, venant notamment d'Allemagne et, de manière remarquable, de droite comme de gauche. «Ce que M. Prodi a dit hier le disqualifie clairement comme président de l'Union européenne», a déclaré à la télévision allemande ZDF Edmund Stoiber, candidat malheureux à la chancellerie et ministre-président de Bavière. «Il a gâché ce qui restait de confiance en la Commission européenne en Europe.»

Klaus Haensch, chef des sociaux-démocrates au Parlement européen, qu'il représente à la Convention sur l'avenir de l'UE, s'est montré tout aussi féroce envers Romano Prodi. «Je décrirais le commentaire du président de la Commission sur ce sujet avec les mêmes adjectifs: c'était stupide et rigide», a-t-il estimé à la radio allemande InfoRadio.

Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Pedro Solbes, a, quant à lui, contredit son «patron». Dans un discours prononcé hier à Barcelone, il a pris l'exact contre-pied de Prodi en estimant que le pacte de stabilité était suffisamment flexible et qu'il avait le devoir d'appliquer les règles décidées par les membres de l'UE.

Un «pacte de stupidité»?

Dans les capitales, les gouvernements ont fait part de leur incompréhension totale devant les propos de Prodi et craignent, comme le mot en court sur les marchés financiers, que le pacte de stabilité ne soit raillé comme le «pacte de stupidité».

À Estoril (Portugal), où il était réuni en sommet avec les autres dirigeants démocrates-chrétiens de l'UE, le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a appelé la Commission à «clarifier» sa position «illisible». Des membres influents du Parlement européen ont également demandé qu'il s'explique devant les députés lundi prochain, mais il a décliné l'invitation, laissant cette tâche au commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Pedro Solbes.

Non pas que Romano Prodi fasse amende honorable. «Le président ne regrette pas un mot de son intervention au Monde», a expliqué son porte-parole, Jonathan Faull.

La plupart des gouvernements jugent ces propos incompréhensibles sur le fond et inopportuns dans le contexte actuel d'explosion des déficits publics. «Soit Prodi n'a rien compris à ce qui s'est passé ces cinq dernières semaines, soit il ne veut pas le voir», souligne un responsable gouvernemental d'un petit pays de la zone euro. «Je me pose des questions sur sa santé mentale.»

Une grave erreur

Devant le ralentissement de la croissance, les ministres des Finances de l'Eurogroupe ont en effet décidé le 7 octobre, sur proposition de la Commission européenne, d'assouplir l'application du pacte de 1997 qui empêche les membres de dépasser la barre de 3 % du PIB pour le déficit public. Malgré les réticences des huit pays de la zone qui sont déjà parvenus à l'équilibre budgétaire, ils ont accepté que les quatre pays qui connaissent des déficits importants — la France, l'Allemagne, le Portugal et l'Italie — puissent retarder l'échéance pour l'assainissement de 2004 à 2006.

Il a également été décidé que les déficits ne seraient plus estimés de manière nominale, comme un couperet, mais que l'on utiliserait les déficits structurels, hors aléas de la conjoncture, afin de maintenir les dépenses d'investissements. «On est en train de moderniser le pacte», souligne un diplomate. «La seule règle inflexible qui subsiste est la règle des 3 % et personne ne veut la faire sauter, même pas Prodi.»

Tous les pays de la zone euro, y compris la France, pourtant la plus critique vis-à-vis des «rigidités» du pacte, ont d'ailleurs resserré les rangs hier, en réaction. «Les principes du pacte de stabilité et de croissance sont de bons principes», a souligné le premier ministre français Jean-Pierre Raffarin. «La France adhère à ces principes.»

La crédibilité de la Commission européenne, gardienne des traités, est désormais clairement remise en question. Pour l'Allemand Hans-Gert Pttering, le chef du groupe des droites au Parlement européen, le premier en importance, les remarques de Prodi sont une «grave erreur», le rôle de la Commission étant de «défendre et protéger l'acquis et non d'attaquer un pilier fondamental de la législation européenne».

Cette sortie, a-t-il ajouté, montre au grand public que la Commission est divisée et a «perdu son indépendance» en agissant sous la «pression de quelques grands États membres».

Si Pttering ne va pas jusqu'à demander la démission de Prodi, certains diplomates estiment que la question se pose pour un homme qui, depuis sa prise de fonctions en 1999, a multiplié les initiatives et les déclarations controversées. «Le problème dans les prochains jours sera plutôt la crédibilité de Prodi que celle du pacte», a estimé un expert monétaire de l'Eurogroupe. «Mais va-t-il démissionner?»
 
 
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