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Ratés de la Xbox: Microsoft prend le virage Internet

La Commission européenne relativise l'importance de ses «secrets commerciaux»

29 avril 2006  Actualités économiques
Microsoft a écoulé 1,75 million de console Xbox 360 au dernier trimestre, soit 3,25 millions depuis son lancement fin 2005 sur les principaux marchés. Sa division «Maison et Divertissement», chapeautant la console, a perdu 388 millions en raison de
Photo : Agence Reuters
Microsoft a écoulé 1,75 million de console Xbox 360 au dernier trimestre, soit 3,25 millions depuis son lancement fin 2005 sur les principaux marchés. Sa division «Maison et Divertissement», chapeautant la console, a perdu 388 millions en raison de
New York — Microsoft continue de perdre de l'argent avec sa console de jeux vidéo Xbox 360 au moment où il doit aussi doper ses investissements dans l'Internet face une concurrence redoutable, ce dont Wall Street s'inquiétait fortement hier.

En mi-séance, l'action du numéro un mondial des logiciels chutait de 11,1 % à 24,27 $US, tandis que l'indice Nasdaq regroupant les principales valeurs technologiques reculait de 0,8 %.

Jeudi après la clôture, Microsoft a publié un bénéfice net en hausse de 16 % pour son trimestre achevé en mars, mais a aussi dit tabler sur un bénéfice par action inférieur d'environ 10 % à ce que le marché attendait jusqu'alors pour l'exercice fiscal 2006-07 qui débutera en juillet.

Le groupe a justifié cet avertissement par la nécessité d'investir dans les services Internet, afin d'attirer davantage d'annonceurs publicitaires et mieux résister au duo de tête dans la recherche en ligne, Google et Yahoo!. Ainsi il a relevé de 2 à 2,5 milliards de dollars son objectif de dépenses d'exploitation pour 2006-07.

À l'automne déjà, Microsoft avait annoncé qu'il voulait désormais utiliser le web pour promouvoir ses logiciels vedettes, l'idée étant de lier la future plateforme Windows «Live» (accessible en ligne) au portail MSN. Il était resté flou sur le calendrier.

«Microsoft réalise que pour être concurrentiel dans les activités qui ne sont pas son coeur de métier il doit réaliser des investissements de taille», a commenté Brent Hill, de Citigroup. «Il est clair pour nous que le groupe est confronté à son virage le plus stratégique en près de 10 ans, alors que les services Internet semblent prêts à bousculer la place centrale du PC dans l'informatique», a-t-on renchéri chez Credit Suisse First Boston (CSFB).

Dans l'Internet, Microsoft affiche encore de pâles résultats: MSN a subi une perte d'exploitation trimestrielle de 26 millions, sur fond de ventes en recul de 3 %. Le portail est à la traîne dans la recherche, et a connu des pertes de parts de marché «significatives» au dernier trimestre, a souligné Safa Rashtchy, de Piper Jaffray.

Au palmarès des contre-performances, MSN n'est battu que par la division «Maison et Divertissement» chapeautant la console Xbox, dont la perte d'exploitation s'est creusée à 388 millions en raison de coûts de lancement très élevés.

De l'avis de la plupart des courtiers, certes il faut faire en sorte que ces divisions cessent d'être des boulets, et les dépenses que Microsoft y consacre devraient assurer leur croissance à long terme. «Nous n'avons pas de raison de croire que cela ne sera pas couronné de succès», a-t-on relevé chez SG Cowen.

Mais à court terme il y a lieu de s'inquiéter. Les analystes de CSFB estiment ainsi «ridiculement élevées» les dépenses envisagées par le groupe. Ils ont abaissé de 29 à 27 $US leur objectif de progression de l'action en Bourse d'ici à douze mois, alors que celle-ci est coincée depuis quatre ans dans la marge 25 à 30 $US.

Concernant la Xbox 360, le produit phare de 2006 après le report à 2007 du lancement du système d'exploitation Vista pour les PC grand public, Microsoft a en écoulé 1,75 million d'exemplaires au dernier trimestre, soit 3,25 millions depuis son lancement fin 2005 sur les principaux marchés (Japon, Amérique du Nord, Europe).

Confronté à des problèmes de pénurie, le groupe a promis de efforts redoublés pour approvisionner les distributeurs. «Le groupe a effectué des changements logistiques comparé à la première version de la Xbox et il pense que ceux-ci vont payer», a simplement commenté Joe Wilcox, du cabinet d'études Jupiter Research.

Fin du procès

Par ailleurs, la Commission européenne a relativisé hier devant la justice européenne l'importance des «secrets commerciaux» invoqués par Microsoft dans le procès qui les oppose depuis lundi à Luxembourg.

Durant cinq jours, Microsoft a tenté de convaincre le Tribunal de première instance de la Cour européenne d'annuler la condamnation prononcée en mars 2004 par Bruxelles pour abus de position dominante, qui lui a valu une amende d'un demi-milliard d'euros. Le numéro un mondial des logiciels avait également été contraint à divulguer des protocoles informatiques nécessaires au dialogue — ou «interopérabilité» — des produits concurrents avec son système Windows d'exploitation pour serveurs.

Mais depuis le début du procès, le groupe américain affirme que la publication de ces informations violerait certains de ses brevets. «Les produits développés par Microsoft sont le fruit de ses efforts intellectuels», a ainsi répété hier l'un des avocats du groupe, Ian Forrester, rappelant que «les secrets commerciaux ne sont pas des droits de seconde catégorie».

Alors que le directeur des affaires juridiques de Microsoft, Brad Smith, s'est réjoui hier soir que la question de la propriété intellectuelle soit «au coeur du procès», la Commission est loin d'être de cet avis. «Nous ne pensons pas qu'il s'agisse d'une affaire mettant en cause les droits de propriété intellectuelle», a répondu devant les juges Me Anthony Whelan, avocat de la Commission.

Selon Me Whelan, les brevets invoqués «sont seulement un prétexte» inventé a posteriori par Microsoft pour tenter d'échapper à sa condamnation. «L'argument du clonage n'est qu'un épouvantail» brandi par l'entreprise, a ajouté Me Whelan. C'est «effrayant mais bancal», car jusqu'à présent, «il n'a pas été établi qu'ils puissent être dupliqués» grâce à cette seule information, a-t-il déclaré.

L'information demandée par la Commission a de la valeur non parce qu'elle est innovante, mais «parce qu'elle renforce la dominance de Microsoft», a estimé pour sa part Me James Flynn, avocat de plusieurs grandes entreprises qui soutiennent la Commission.
 
 
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