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Les prix du pétrole marquent une pause

«Si la situation iranienne trouvait une forme de résolution, les prix pourraient rechuter en dessous de 60 $US assez facilement»

25 avril 2006  Actualités économiques
New York — Les prix du pétrole ont nettement reculé hier, après leur flambée de la semaine dernière, mais les courtiers restaient prudents face à une possible escalade de la crise iranienne et aux risques de pénurie d'essence aux États-Unis.

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de light sweet crude pour livraison en juin a cédé 1,84 $US, clôturant à 73,33 $US. Il avait atteint un record historique vendredi, à 75,35 $US. À New York, les cours avaient pris près de 6 $US la semaine dernière et près de 15 $US en un mois.

À Londres, le baril de Brent de la mer du Nord a baissé de 1,57 $US hier terminant à 73 $US, après avoir battu un nouveau record historique vendredi à 74,79 $US.

Selon John Kilduff, analyste à la maison de courtage Fimat, le recul des cours hier était essentiellement dû à des prises de bénéfices. «Il y a eu une très importante et rapide hausse des cours avant le week-end, rendant nécessaire une correction» à la baisse hier, a-t-il indiqué. «Toutefois, les mêmes inquiétudes concernant la production» devraient refaire surface dans le courant de la semaine, a-t-il estimé. «La situation iranienne va revenir au-devant de la scène vendredi et le rapport sur les stocks américains pourrait aussi se révéler haussier pour les cours demain.»

Le Conseil de sécurité des Nations unies a donné jusqu'à vendredi à l'Iran pour suspendre son enrichissement d'uranium. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a rejeté hier cette demande de l'ONU, menaçant de quitter le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) si des pays «veulent le priver de ses droits». Le marché redoute une intervention militaire des États-Unis contre ce pays, qui exporte plus de 2,5 millions de barils par jour (mbj) de brut.

Selon Jason Schenker, analyste à la banque Wachovia, «seul un changement majeur comme la paix dans le monde, une récession économique planétaire ou une augmentation massive des stocks de pétrole pourraient affaiblir les prix, mais cela semble très peu probable à court et moyen terme.»

Malgré une multitude de facteurs soutenant les cours, un seul «a permis de les faire monter au-dessus des 70 dollars: l'Iran», a estimé M. Schenker. «Si la situation iranienne trouvait une forme de résolution, les prix pourraient rechuter en dessous de 60 $US assez facilement», a-t-il ajouté.

Par ailleurs, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), réunie hier à Doha en marge du Forum International de l'Énergie, a renoncé à pomper plus de brut en dépit des cours records, tandis que pays consommateurs et producteurs d'énergie poursuivaient un dialogue qu'ils espèrent efficace à terme dans la prévention des crises.

L'OPEP ne va pas, comme l'avait proposé la veille le Koweït, mettre à disposition du marché toutes ses capacités de production inutilisées, car elle estime que le marché est déjà surapprovisionné, a-t-elle indiqué à l'issue de la réunion informelle qu'elle a tenue à Doha. Elle a toutefois saisi l'occasion pour «réaffirmer [son] engagement ferme et prouvé à fournir un approvisionnement de brut adéquat aux pays consommateurs».

Les cours continuaient hier d'évoluer à des niveaux proches des nouveaux records atteints vendredi, assurant des recettes en conséquence aux pays producteurs et menaçant de plus en plus la croissance mondiale, selon les grandes institutions internationales.

«C'est le marché qui détermine le prix», a déclaré le ministre saoudien du Pétrole, et chef de file de l'OPEP, Ali al-Nouaïmi. «Que voulez-vous que nous fassions? Vous savez comme moi que si le cours est là où il est, ce n'est pas à cause de pénuries d'approvisionnement», a-t-il ajouté. Son homologue algérien, Chakib Khelil, a été encore plus direct: selon lui, «l'OPEP ne peut rien faire».

Cette impasse sur la situation à court terme n'a pas échappé aux ministres et responsables de la soixantaine de pays et d'organisations internationales qui assistent au forum. Ils sont tombés d'accord pour juger que bien qu'aucune pénurie n'ait été ressentie, les cours du brut sont trop élevés et trop volatiles, et que cette constante incertitude est nuisible aux producteurs comme aux consommateurs.

Ils sont également tous d'avis que des investissements massifs seront nécessaires dans les années à venir pour tenir le rythme face à la gigantesque augmentation de la demande d'énergie attendue chez les pays émergents.

Mais le consensus s'arrête là, reconnaissaient-ils peu avant la clôture hier soir de leurs débats, qui ont tous évolué autour de la question de la sécurité énergétique. Et la route paraît encore très longue pour parvenir à ce que le marché fonctionne de manière satisfaisante, au moins à moyen ou long terme.
 
 
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