Industrie forestière - Il faut sauver la forêt québécoise
Photo : Jacques Nadeau
Selon les représentants syndicaux des travailleurs forestiers, le gouvernement du Québec a imposé une baisse de 20 % de la cueillette de bois sans penser aux moyens d’atténuer les impacts de cette décision.
L'industrie rencontre de multiples embûches; elle est atteinte dans sa structure même. En raison du fait qu'elle exporte ses produits dans une forte proportion, la remontée de la valeur de la devise canadienne lui a causé des dommages notables au cours des derniers mois. Il en est de même des coûts énergétiques, qui ont grugé les profits. Dans la foulée du rapport Coulombe, cette industrie subit aussi les contrecoups d'une diminution de 20 % de ses sources d'approvisionnement. Sans compter que, par intérêt, elle s'est par le passé «tiré dans le pied» en se montrant gourmande envers la ressource, comme le démontrent les faits rassemblés par les Desjardins, Coulombe et autres.
La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), le Regroupement des sociétés d'aménagement forestier du Québec (RESAM) et la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF) se penchent sur les enjeux qui se posent à l'industrie forestière et les défis à relever dans les plus brefs délais. Ils en appellent à une vision plus globale des solutions et à la mise en place d'un plan d'action plus cohérent, inspiré par l'ensemble des recommandations du rapport de la Commission d'étude sur la gestion de la forêt publique québécoise.
La FTQ réclame de l'aide pour les travailleurs
Au début de 2005, la FTQ comptait 30 000 membres répartis dans les divers points du réseau forestier québécois; elle y représente environ 80 % de la main-d'oeuvre syndiquée. Le président de la Centrale, Henri Massé, lançait il y a quelques jours un cri d'alarme en raison des milliers d'emplois perdus l'an dernier dans ce secteur.
À son avis, le gouvernement a imposé une baisse de 20 % de la cueillette de bois sans penser aux moyens d'atténuer les impacts de cette décision: «Alors que M. Coulombe avait prévu des mesures pour aider les travailleurs tant sur le plan de la formation que sur celui des comités de reclassement de la main-d'oeuvre, il n'y en a eu aucune qui a été prise. C'est clair que rien n'a été fait, même si on nous avait promis mer et monde à ce sujet.» Il aurait été préférable d'étaler cette réduction de 20 % sur une période plus longue, soit quelques années, pour en atténuer les effets néfastes.
M. Massé préconise deux solutions à court terme pour aider les travailleurs: «D'abord, on devrait mettre en place un véritable comité de reclassement, avec des programmes de formation appropriés. Deuxièmement, les travailleurs âgés de plus de 55 ans devraient profiter d'un plan de protection; dans ce but, les gouvernements doivent carrément investir de l'argent dans la retraite pour compenser le fait que ces gens sont mis à pied plus vite que prévu.»
Une vision globale
Pour sa part, Clément L'Heureux, vice-président exécutif pour le Québec du Syndicat FTQ des communications, de l'énergie et du papier (SCEP), désigne trois facteurs qui ont conduit à la dégradation de l'industrie forestière au Québec: «Par ordre d'importance, celui qui a eu le plus d'impact, et de loin, c'est la montée de la devise canadienne. Les profits étaient réalisés sur le taux de change. Tout le monde le disait: si le dollar monte, on va "en manger une". Il a fini par grimper et on en a mangé une maudite!» Il place en deuxième et troisième places la taxe sur le bois d'oeuvre et la coupure de 20 % sur la ressource décrétée par le Québec.
Il en résulte que, l'an dernier, le syndicat a enregistré 1500 pertes d'emploi causées par des coupures de poste aux fins de resserrement budgétaire, et 1500 autres entraînées par des fermetures d'usine. Du seul côté du SCEP, il est prévu que d'autres diminutions d'effectifs surviendront: «On va perdre 5000 "jobs". Reste à savoir si cela va se passer sur une période d'un, deux ou trois ans. On ne le sait pas, mais on reste branché sur notre chiffre de 5000.»
Le vice-président L'Heureux croit que les difficultés inhérentes au taux de change et au bois d'oeuvre pourraient être aplanies en concertation avec le gouvernement fédéral. Sur la question du rapport Coulombe et de ses applications, il se montre tranchant: «On a mal lu celui-ci, parce qu'on l'a mal mis en application. On en est convaincu. La journée où le ministre Yves Corbeil a annoncé "son affaire", nous étions dans le bureau du premier ministre pour lui dire de ne pas faire cela en raison des conséquences prévisibles. Ce n'était pas correct de procéder de cette façon. Le rapport Coulombe, c'est un ensemble qui doit être vu globalement et il doit être appliqué sur une base régionale. On ne fait pas face aux mêmes problèmes d'un endroit à l'autre.»
La crise pourrait compromettre en partie l'avenir des régions
La Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF) accueille dans ses rangs 40 des 50 coopératives de travailleurs existantes, qui réalisent 98 % du chiffre d'affaires de l'ensemble de celles-ci, tournant autour de 300 millions de dollars. Directeur général de la FQCF, Jocelyn Lessard décrit leur raison d'être: «Depuis 65 ans, elles sont présentes dans toute la filière forestière. Il y a cinq ans, on avait des parts plus importantes dans la transformation, mais depuis le début de la crise et des exigences de capital que ça nécessite, on a vécu de graves difficultés et on a recentré nos travaux en forêt dans la récolte, la voirie, le transport et les travaux sylvicoles.»
Il situe la position des coopératives dans le cadre actuel: «On est extrêmement interrelié; quand l'industrie ne va pas, les coopératives éprouvent de grandes difficultés. Il y en a encore quelques-unes qui sont industrielles, mais toutes les autres sont des sous-traitantes de l'industrie. Pour nous, l'enjeu majeur que l'on voit apparaître dans toute cette crise, c'est celui de la capacité de continuer à créer de la richesse à partir des ressources forestières.»
Jocelyn Lessard situe le problème concrètement: «Les communautés sont très dépendantes, comme le démontre une section du rapport Coulombe. Plusieurs municipalités des régions-ressources sont étroitement liées à la forêt et tout ce qui se produit à l'heure actuelle représente un grave appauvrissement des communautés. Si l'on n'arrive pas à trouver un substitut à l'activité forestière et si le déclin se poursuit, l'avenir des régions est en partie compromis.»
Des travailleurs épuisés
En ce qui concerne les facteurs qui plongent le monde forestier en situation difficile, Jocelyn Lessard abonde dans le sens du Conseil de l'industrie et reconnaît que le premier de ces facteurs est que l'industrie forestière québécoise n'est pas concurrentielle. Il situe le deuxième sur le plan de la main-d'oeuvre: «Je parle de la valorisation des travailleurs forestiers. Je viens de parcourir plusieurs régions et je constate que ces travailleurs sont au bout du rouleau. Leurs heures de travail ont de beaucoup augmenté, ils n'obtiennent aucune reconnaissance sociale, leurs conditions de rémunération se sont détériorées et ils font face à une insécurité vraiment préoccupante.»
Il se demande à ce sujet comment il sera possible d'assurer la relève au moment où les indicateurs montrent que les bancs d'école sont vides à tous les niveaux du système d'éducation en foresterie: «Notre richesse, ce sont nos travailleurs, et ils sont épuisés.»
En troisième lieu, il croit que la perte de crédibilité nuit beaucoup à l'ensemble de la foresterie québécoise: «Il faut réussir à mobiliser l'opinion publique pour lui faire admettre que c'est un secteur très important qui soutient nos régions et l'ensemble de nos sociétés. Pour arriver à obtenir la solidarité des gens des milieux urbains, il va falloir qu'on arrive à leur démontrer que notre foresterie est acceptable sur les plans social et environnemental.»
Au chapitre des solutions à retenir, Jocelyn Lessard prône à son tour, d'abord et avant tout, une vision et une application d'ensemble du rapport Coulombe. Il importe d'agir en concertation et en convergence: «Dans toute l'industrie, j'ai entendu le chiffre de 6000 emplois perdus au cours d'une année. Nous, on est convaincu que nous sommes dans une crise. Quelqu'un doit assumer un fort "leadership" qui donne une impulsion d'ensemble à tout cela, de façon à ce que l'on soit en mesure de converger.»
Le privé pourrait profiter de la situation actuelle
La forêt privée est de tout temps apparue comme un joueur de moindre importance dans l'industrie en raison de son faible poids par rapport au volet public — elle ne compte que pour 10 % de l'ensemble du territoire boisé, que se partagent 130 000 propriétaires.
Le Regroupement des sociétés d'aménagement forestier du Québec se présente comme l'organisme au sein duquel sont réunis des groupements de propriétaires de lots boisés. Son directeur général, Marc Beaudoin, croit que le privé peut tirer avantage des déboires actuels de l'industrie: «La forêt privée peut devenir un élément de solution significatif dans le système.» Il en fournit les raisons: «On est dans des secteurs plus productifs, qui sont situés au sud; on se trouve à proximité des usines et des voies de transport, etc. De ce fait, on possède des avantages comparatifs importants. Au cours des 30 dernières années, on a enregistré des résultats très intéressants alors que la possibilité forestière a augmenté de près de 33 % entre 1978 et 2000; les indices démontrent que la hausse pourrait atteindre jusqu'à 26 % d'ici à 2035. Il y a là un potentiel énorme d'approvisionnement pour l'industrie.»
Pour en arriver là, il faudra toutefois convaincre les propriétaires des possibilités que renferme la ressource et leur montrer que la forêt peut être exploitée dans une perspective de développement durable: seulement 40 000 d'entre eux sont enregistrés en tant que producteurs de bois. Le directeur général exprime une crainte: «Un des problèmes que l'on voit poindre, c'est que la diminution des approvisionnements du côté public risque de créer beaucoup de pression pour aller chercher du bois en forêt privée. C'est un danger pour la foresterie durable. Nos propriétaires qui font partie de groupements sont des gens sensibilisés à cette pratique, mais une portion importante d'autres propriétaires pourraient être tentée d'y aller davantage avec une approche de liquidation des lots.» Voilà un des défis majeurs qui se pose.
Des modèles du genre
Il vante l'apport des regroupements de propriétaires de forêts privées, qui représentent des forces dans les communautés forestières. Il fait ressortir le caractère de leur approche: «Malheureusement, on parle souvent ces temps-ci d'emplois, de chiffres d'affaires et de pertes économiques, mais il existe quand même une notion de cohésion sociale dans les régions qui va servir à certaines d'entre elles pour passer au travers de la crise. Les groupements sont souvent à la base de cette réflexion. Ce sont des gens qui ont développé et qui partagent une vision et un sentiment d'appartenance envers la forêt.»
Au chapitre des solutions, il lui apparaît donc nécessaire de maintenir, au cours des prochaines années, le financement gouvernemental de base suffisant pour que les groupements puissent poursuivre leur travail: «Les régions doivent se doter de groupes d'intérêt forestiers pour traverser la crise. C'est fondamental.»
Collaborateur du Devoir
La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), le Regroupement des sociétés d'aménagement forestier du Québec (RESAM) et la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF) se penchent sur les enjeux qui se posent à l'industrie forestière et les défis à relever dans les plus brefs délais. Ils en appellent à une vision plus globale des solutions et à la mise en place d'un plan d'action plus cohérent, inspiré par l'ensemble des recommandations du rapport de la Commission d'étude sur la gestion de la forêt publique québécoise.
La FTQ réclame de l'aide pour les travailleurs
Au début de 2005, la FTQ comptait 30 000 membres répartis dans les divers points du réseau forestier québécois; elle y représente environ 80 % de la main-d'oeuvre syndiquée. Le président de la Centrale, Henri Massé, lançait il y a quelques jours un cri d'alarme en raison des milliers d'emplois perdus l'an dernier dans ce secteur.
À son avis, le gouvernement a imposé une baisse de 20 % de la cueillette de bois sans penser aux moyens d'atténuer les impacts de cette décision: «Alors que M. Coulombe avait prévu des mesures pour aider les travailleurs tant sur le plan de la formation que sur celui des comités de reclassement de la main-d'oeuvre, il n'y en a eu aucune qui a été prise. C'est clair que rien n'a été fait, même si on nous avait promis mer et monde à ce sujet.» Il aurait été préférable d'étaler cette réduction de 20 % sur une période plus longue, soit quelques années, pour en atténuer les effets néfastes.
M. Massé préconise deux solutions à court terme pour aider les travailleurs: «D'abord, on devrait mettre en place un véritable comité de reclassement, avec des programmes de formation appropriés. Deuxièmement, les travailleurs âgés de plus de 55 ans devraient profiter d'un plan de protection; dans ce but, les gouvernements doivent carrément investir de l'argent dans la retraite pour compenser le fait que ces gens sont mis à pied plus vite que prévu.»
Une vision globale
Pour sa part, Clément L'Heureux, vice-président exécutif pour le Québec du Syndicat FTQ des communications, de l'énergie et du papier (SCEP), désigne trois facteurs qui ont conduit à la dégradation de l'industrie forestière au Québec: «Par ordre d'importance, celui qui a eu le plus d'impact, et de loin, c'est la montée de la devise canadienne. Les profits étaient réalisés sur le taux de change. Tout le monde le disait: si le dollar monte, on va "en manger une". Il a fini par grimper et on en a mangé une maudite!» Il place en deuxième et troisième places la taxe sur le bois d'oeuvre et la coupure de 20 % sur la ressource décrétée par le Québec.
Il en résulte que, l'an dernier, le syndicat a enregistré 1500 pertes d'emploi causées par des coupures de poste aux fins de resserrement budgétaire, et 1500 autres entraînées par des fermetures d'usine. Du seul côté du SCEP, il est prévu que d'autres diminutions d'effectifs surviendront: «On va perdre 5000 "jobs". Reste à savoir si cela va se passer sur une période d'un, deux ou trois ans. On ne le sait pas, mais on reste branché sur notre chiffre de 5000.»
Le vice-président L'Heureux croit que les difficultés inhérentes au taux de change et au bois d'oeuvre pourraient être aplanies en concertation avec le gouvernement fédéral. Sur la question du rapport Coulombe et de ses applications, il se montre tranchant: «On a mal lu celui-ci, parce qu'on l'a mal mis en application. On en est convaincu. La journée où le ministre Yves Corbeil a annoncé "son affaire", nous étions dans le bureau du premier ministre pour lui dire de ne pas faire cela en raison des conséquences prévisibles. Ce n'était pas correct de procéder de cette façon. Le rapport Coulombe, c'est un ensemble qui doit être vu globalement et il doit être appliqué sur une base régionale. On ne fait pas face aux mêmes problèmes d'un endroit à l'autre.»
La crise pourrait compromettre en partie l'avenir des régions
La Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF) accueille dans ses rangs 40 des 50 coopératives de travailleurs existantes, qui réalisent 98 % du chiffre d'affaires de l'ensemble de celles-ci, tournant autour de 300 millions de dollars. Directeur général de la FQCF, Jocelyn Lessard décrit leur raison d'être: «Depuis 65 ans, elles sont présentes dans toute la filière forestière. Il y a cinq ans, on avait des parts plus importantes dans la transformation, mais depuis le début de la crise et des exigences de capital que ça nécessite, on a vécu de graves difficultés et on a recentré nos travaux en forêt dans la récolte, la voirie, le transport et les travaux sylvicoles.»
Il situe la position des coopératives dans le cadre actuel: «On est extrêmement interrelié; quand l'industrie ne va pas, les coopératives éprouvent de grandes difficultés. Il y en a encore quelques-unes qui sont industrielles, mais toutes les autres sont des sous-traitantes de l'industrie. Pour nous, l'enjeu majeur que l'on voit apparaître dans toute cette crise, c'est celui de la capacité de continuer à créer de la richesse à partir des ressources forestières.»
Jocelyn Lessard situe le problème concrètement: «Les communautés sont très dépendantes, comme le démontre une section du rapport Coulombe. Plusieurs municipalités des régions-ressources sont étroitement liées à la forêt et tout ce qui se produit à l'heure actuelle représente un grave appauvrissement des communautés. Si l'on n'arrive pas à trouver un substitut à l'activité forestière et si le déclin se poursuit, l'avenir des régions est en partie compromis.»
Des travailleurs épuisés
En ce qui concerne les facteurs qui plongent le monde forestier en situation difficile, Jocelyn Lessard abonde dans le sens du Conseil de l'industrie et reconnaît que le premier de ces facteurs est que l'industrie forestière québécoise n'est pas concurrentielle. Il situe le deuxième sur le plan de la main-d'oeuvre: «Je parle de la valorisation des travailleurs forestiers. Je viens de parcourir plusieurs régions et je constate que ces travailleurs sont au bout du rouleau. Leurs heures de travail ont de beaucoup augmenté, ils n'obtiennent aucune reconnaissance sociale, leurs conditions de rémunération se sont détériorées et ils font face à une insécurité vraiment préoccupante.»
Il se demande à ce sujet comment il sera possible d'assurer la relève au moment où les indicateurs montrent que les bancs d'école sont vides à tous les niveaux du système d'éducation en foresterie: «Notre richesse, ce sont nos travailleurs, et ils sont épuisés.»
En troisième lieu, il croit que la perte de crédibilité nuit beaucoup à l'ensemble de la foresterie québécoise: «Il faut réussir à mobiliser l'opinion publique pour lui faire admettre que c'est un secteur très important qui soutient nos régions et l'ensemble de nos sociétés. Pour arriver à obtenir la solidarité des gens des milieux urbains, il va falloir qu'on arrive à leur démontrer que notre foresterie est acceptable sur les plans social et environnemental.»
Au chapitre des solutions à retenir, Jocelyn Lessard prône à son tour, d'abord et avant tout, une vision et une application d'ensemble du rapport Coulombe. Il importe d'agir en concertation et en convergence: «Dans toute l'industrie, j'ai entendu le chiffre de 6000 emplois perdus au cours d'une année. Nous, on est convaincu que nous sommes dans une crise. Quelqu'un doit assumer un fort "leadership" qui donne une impulsion d'ensemble à tout cela, de façon à ce que l'on soit en mesure de converger.»
Le privé pourrait profiter de la situation actuelle
La forêt privée est de tout temps apparue comme un joueur de moindre importance dans l'industrie en raison de son faible poids par rapport au volet public — elle ne compte que pour 10 % de l'ensemble du territoire boisé, que se partagent 130 000 propriétaires.
Le Regroupement des sociétés d'aménagement forestier du Québec se présente comme l'organisme au sein duquel sont réunis des groupements de propriétaires de lots boisés. Son directeur général, Marc Beaudoin, croit que le privé peut tirer avantage des déboires actuels de l'industrie: «La forêt privée peut devenir un élément de solution significatif dans le système.» Il en fournit les raisons: «On est dans des secteurs plus productifs, qui sont situés au sud; on se trouve à proximité des usines et des voies de transport, etc. De ce fait, on possède des avantages comparatifs importants. Au cours des 30 dernières années, on a enregistré des résultats très intéressants alors que la possibilité forestière a augmenté de près de 33 % entre 1978 et 2000; les indices démontrent que la hausse pourrait atteindre jusqu'à 26 % d'ici à 2035. Il y a là un potentiel énorme d'approvisionnement pour l'industrie.»
Pour en arriver là, il faudra toutefois convaincre les propriétaires des possibilités que renferme la ressource et leur montrer que la forêt peut être exploitée dans une perspective de développement durable: seulement 40 000 d'entre eux sont enregistrés en tant que producteurs de bois. Le directeur général exprime une crainte: «Un des problèmes que l'on voit poindre, c'est que la diminution des approvisionnements du côté public risque de créer beaucoup de pression pour aller chercher du bois en forêt privée. C'est un danger pour la foresterie durable. Nos propriétaires qui font partie de groupements sont des gens sensibilisés à cette pratique, mais une portion importante d'autres propriétaires pourraient être tentée d'y aller davantage avec une approche de liquidation des lots.» Voilà un des défis majeurs qui se pose.
Des modèles du genre
Il vante l'apport des regroupements de propriétaires de forêts privées, qui représentent des forces dans les communautés forestières. Il fait ressortir le caractère de leur approche: «Malheureusement, on parle souvent ces temps-ci d'emplois, de chiffres d'affaires et de pertes économiques, mais il existe quand même une notion de cohésion sociale dans les régions qui va servir à certaines d'entre elles pour passer au travers de la crise. Les groupements sont souvent à la base de cette réflexion. Ce sont des gens qui ont développé et qui partagent une vision et un sentiment d'appartenance envers la forêt.»
Au chapitre des solutions, il lui apparaît donc nécessaire de maintenir, au cours des prochaines années, le financement gouvernemental de base suffisant pour que les groupements puissent poursuivre leur travail: «Les régions doivent se doter de groupes d'intérêt forestiers pour traverser la crise. C'est fondamental.»
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