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Québec étudie toujours la vente d'actifs

Plongé dans ses consultations prébudgétaires, le ministre des Finances, Michel Audet, songe de nouveau à vendre des actifs gouvernementaux pour améliorer la marge de manoeuvre budgétaire. Une privatisation de la Société des alcools du Québec (SAQ) ne figure pas parmi les priorités, a-t-il indiqué hier en se gardant toutefois de l'écarter définitivement.

Sans vouloir préciser quels actifs seraient le plus susceptibles d'être touchés par une transaction, le ministre Audet a dit que Québec poursuivait sans relâche l'examen de ses 200 sociétés d'État. Prié de dire si la SAQ pourrait être éventuellement offerte au secteur privé, du moins en partie, il a dit que Québec avait «étudié la question» mais que l'opinion publique n'allait pas dans ce sens.

«Ce que je dis, c'est que ce n'est pas une priorité des Québécois. Il semble y avoir des gens qui se posent des questions. Il n'y a pas de dogme à ce sujet-là, mais avant de plonger, il faut voir comment ça se fait et au bénéfice de qui ça se fait», a dit le ministre Audet en marge d'un colloque du Conseil du patronat sur la fiscalité. «On ne place pas ça en tête de nos priorités.»

Au moment de répondre à une question du même ordre posée par une journaliste anglophone, le ministre Audet s'est exprimé en ces termes: «Ça dépend de la manière de le faire et des raisons. Or il n'est pas clair, à l'heure actuelle, que ça pourrait se faire sans créer de problèmes. Nous étudions la situation, mais il n'y a aucune décision. Le Parti québécois avait essayé [en 1985], mais le projet avait échoué car il y avait trop de problèmes.»

En entrevue à la Presse canadienne au mois d'octobre, le ministre Audet avait indiqué que Québec n'avait pas l'intention de privatiser la SAQ et que ce n'était «pas un chantier [qu'il voulait] ouvrir pour le moment». Depuis ce temps, l'image de la SAQ a été passablement écorchée par un scandale entourant la négociations de certains employés avec les fournisseurs de vins européens.

Le critique du Parti québécois en matière de finances, François Legault, a estimé hier que le ministre tentait de «noyer le poisson en transférant le débat» vers la privatisation de la SAQ. «Le vrai débat, c'est sur la gouvernance de la SAQ actuellement», a-t-il dit lors d'une entrevue au Devoir.

M. Audet a dit que Québec en était présentement à la deuxième année d'un exercice de trois ans visant à revoir toutes les sociétés d'État pour évaluer leur mission et leur performance. Une dizaine d'entre elles ont disparu ou ont été fusionnées l'an dernier et «un certain nombre» subiront le même sort cette année, a ajouté le ministre Audet. Depuis l'arrivée des libéraux en 2003, Québec a notamment vendu Innovatech du Grand Montréal et a forcé la Société générale de financement (SGF) à s'autofinancer.

La vente d'actifs est toujours à l'ordre du jour. «Au cours des consultations budgétaires, des suggestions ont été faites et on regarde ça, a dit le ministre. Il est évident, quand on regarde les sociétés d'État, qu'il y a des interrogations à savoir si certains actifs peuvent être vendus. La question, c'est qu'est-ce que ça rapporte? Est-ce que ça permet de générer une masse critique pour mettre en place un fonds comme celui proposé par les signataires du manifeste Pour un Québec lucide?» Le ministre Audet faisait ainsi référence à l'idée d'un fonds destiné spécifiquement au remboursement de la dette. «Dans les consultations prébudgétaires, j'ai voulu mettre le problème de la dette au centre des préoccupations», a-t-il dit.

M. Audet a de nouveau fait référence hier aux règles de gouvernance qui seront bientôt dévoilées à l'intention des sociétés d'État. Il veut notamment forcer ces dernières à dissocier les fonctions de président du conseil d'administration et de p.-d.g. et à greffer à chaque conseil trois comités qui se chargeront de la vérification, de l'éthique et des ressources humaines. S'il voulait pousser la vertu un peu plus loin, estiment des sources, le gouvernement pourrait aussi faire en sorte que la nomination d'un p.-d.g. émane du conseil d'administration et non pas de Québec. «Pourquoi faut-il des règles? On l'a vu récemment dans le cas de la SAQ, le moindre doute quant à la transparence crée des problèmes. La perception des gens, c'est que ce sont des fonds publics, et il devraient être gérés avec rigueur et transparence», a dit le ministre hier.

François Legault aurait voulu que le scandale de la SAQ soit étudié par la commission des Finances de l'Assemblée nationale et qu'on y convoque les dirigeants. Mais jeudi, les députés libéraux membres de la Commission ont refusé, arguant qu'une «firme indépendante, KPMG», avait déposé son rapport final sur la question et que, de toute façon, les députés pourront poser toutes les questions qu'ils désirent lors de l'étude des crédits. Pour M. Legault, l'étude des crédits surviendra trop tardivement car «c'est dans trois mois», a-t-il dit.

«De faire le procès de personnes en public, qu'est-ce qui va en résulter de positif? a toutefois demandé le ministre Audet. La question, c'est comment éviter que ça se reproduise.» M. Audet estime que les nouvelles règles n'auraient pas nécessairement permis d'éviter la situation à la SAQ car le problème en était davantage un de gestion.

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille
 
 
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