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L'immobilier revient sur Terre

François Desjardins   13 janvier 2006  Économie
Source: Newscom
Source: Newscom
La hausse graduelle des taux d'inoccupation dans le logement locatif au Québec est un des facteurs qui pourraient contribuer à freiner les ventes sur le marché immobilier en 2006, a estimé hier l'agence immobilière Royal LePage. Le marché est en bonne voie de se calmer. Lentement mais sûrement, la demande des acheteurs potentiels se résorbe et ceux-ci diront que les vendeurs ont, dans bien des cas, cessé de demander la lune.

Pendant des années, trouver l'appartement idéal dans les principaux centres urbains de la province relevait de l'exploit, voire du miracle. Or le paysage a changé et, selon les dernières données de la Société canadienne d'hypothèques et de logement, le taux d'inoccupation des immeubles locatifs dans le Grand Montréal est désormais de 2 %, comparativement à 1,5 % en 2004 et 1 % en 2003. À Québec, il s'établit à 1,7 %, contre 1,3 % en 2004 et 0,3 % l'année précédente. Ce renversement de tendance signifie que des locataires tentés de devenir propriétaires pourraient finalement décider de laisser tomber.

«La hausse du taux d'inoccupation dans le locatif contribue à donner du choix à l'acheteur potentiel, a indiqué en entrevue hier Gino Romanese, vice-président aux services immobiliers chez Royal LePage. Et si les loyers venaient à baisser, ça pourrait entrer en compétition avec le marché de la vente. Pour le moment, on ne voit pas d'effet, mais ça pourrait être un facteur contributif à la baisse d'activité en 2006.»

Après quelques années de frénésie qui ont vu les prix s'envoler comme rarement dans le passé, résultat d'une forte demande, Royal LePage prévoit en effet un léger recul du nombre de transactions immobilières en 2006. Mais c'est vraisemblablement la première fois qu'on présente le taux d'inoccupation comme une variable dans l'équation. Parmi les autres facteurs? «On peut penser à une hausse des taux d'intérêt et à l'augmentation du coût de la vie, notamment au chapitre du chauffage, dit M. Romanese. Ça sera un mélange de tout ça.»

Une baisse de la demande se répercute généralement sur les prix. Royal LePage a dévoilé hier une étude trimestrielle dans laquelle elle recense une quinzaine de villes canadiennes. Pour la région de Montréal, la seule à avoir fait l'objet d'une attention au Québec, elle s'attarde à dix secteurs, dont Notre-Dame-de-Grâce, LaSalle-Verdun, Lachine, Dorval, Boucherville et Saint-Lambert.

Le bilan montréalais traduit «sans aucun doute un ralentissement dans la croissance des prix», dit Gino Romanese. S'il n'était pas rare d'observer des bonds annuels de 10, 12 ou 18 % depuis 1999, les prix au cours du quatrième trimestre de 2005 n'étaient qu'en légère hausse par rapport à la même période de 2004. Un bungalow coûtait en moyenne 4 % de plus, soit

202 000 $. Des dix marchés recensés, Beaconsfield remporte la palme avec une hausse de 12 %. Au bas du classement, on retrouve Boucherville, où le prix d'une maison unifamiliale a reculé de 1 %, à 153 500 $.

La catégorie fort populaire des copropriétés, qui comprend les condominiums, montre elle aussi que Westmount et Boucherville paient pour les excès du passé. Le prix d'un appartement en copropriété dans la ville de la Rive-Sud a diminué de 1 %, à 123 700 $, une aubaine comparativement à celui d'un appartement à Westmount, soit 269 000 $. Lachine, LaSalle et Verdun semblent toutefois avoir la cote auprès des acheteurs, qui ont dû débourser entre 8,5 % et 11 % de plus qu'en 2004 pour acheter un logement.

Faudrait-il plutôt louer? La SCHL a estimé en décembre qu'un logement de deux chambres à coucher, dans la grande région de Montréal, coûtait environ 616 $, en hausse de 3,7 % par rapport à 2004. Un trois chambres à coucher coûtait 2 % de plus, soit en moyenne 724 $.

Faible augmentation des prix à Montréal

Le ralentissement des prix à l'achat au quatrième trimestre annonce en fait une année plutôt calme. L'agence immobilière a prédit en décembre dernier que la région montréalaise allait observer en 2006 l'augmentation des prix la plus faible au Canada, soit à peine 2 %. Cela s'explique par une baisse considérable de la demande, partiellement satisfaite par la construction immobilière des dernières années, qui visait à répondre aux besoins des nouveaux ménages. Ceux-ci étaient notamment constitués d'enfants de baby-boomers qui accédaient à la propriété pour la première fois.

Ces chiffres sont plus conservateurs que ceux avancés au début de l'hiver par la SCHL. S'appuyant notamment sur les données de l'ensemble des agences immobilières du pays, l'organisme fédéral prévoit, toutes catégories confondues, une hausse des prix de 4,9 % au Québec et de 3,5 % à Montréal. Le nombre de transactions, estimait-elle, reculera de 5 % à 67 000 au Québec, dont plus de la moitié est attribuable à Montréal. «La croissance moins rapide de l'emploi depuis quelques années, la hausse — bien que marginale — des taux hypothécaires et la stabilité du solde migratoire feront en sorte que les marchés québécois de l'habitation continueront de se refroidir l'an prochain», avait alors indiqué l'économiste provincial de cette société d'État, Kevin Hughes.

Dans l'Ouest canadien, sur lequel rejaillissent les retombées financières du pétrole, c'est tout le contraire. Ainsi, la ville de Calgary doit composer avec des hausses de prix qui voguent entre 12 % et

24 % selon la catégorie d'habitation. Un bungalow individuel y coûtait au quatrième trimestre 273 000 $, soit 17 % de plus qu'à la fin de 2004. À Edmonton, c'était 203 000 $, en hausse de 14 %.

Le sommet du classement appartient, sans surprise, à la Colombie-Britannique. À Vancouver, un bungalow coûtait en moyenne 611 000 $, alors qu'un condo se vendait à 322 000 $. La plus grosse augmentation annuelle revient cependant à Victoria, où le prix moyen d'un condo a défrisé les acheteurs potentiels avec une hausse de 30 % à 221 000 $.

Au chapitre des logements neufs, Statistique Canada a indiqué mardi que le prix à Montréal avait augmenté, en novembre, d'environ 3,7 % par rapport à l'année précédente. À Québec, la hausse s'est établie à 5,5 % alors qu'à Gatineau elle s'est chiffrée à 3,9 %.






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