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L'usine de chocolat est mise en vente - Amertume à Hershey

17 septembre 2002  Économie
Hershey — Il règne comme un goût amer à Hershey, une petite ville de l’est des États-Unis baptisée en l’honneur du créateur d’un fameux bonbon au chocolat, dont l’usine est aujourd’hui mise en vente.

La fondation propriétaire de Hershey Foods, qui domine depuis 1903 le paysage et toute l'économie de cette bourgade de 20 000 habitants, a mis la société en vente, déchaînant l'opposition de tous les employés, résidants et politiciens. Un procureur qui briguera le poste de gouverneur de l'État de Pennsylvanie en novembre a réussi à bloquer la procédure et a fait du sauvetage du site son principal argument de campagne — mais les actionnaires font valoir que la justice n'a pas à se mêler d'une décision prise selon des critères économiques.

Opposition

Sur la plupart des pelouses soignées qui bordent les maisons de Hershey, des pancartes appellent à «faire échouer la vente».

«Même en cherchant bien, je ne sais pas si on trouverait en ville cinq personnes trouvant que [la vente] est une bonne idée», explique Kathleen Lewis, présidente de la société historique locale, qui vient de fêter le 145e anniversaire de la naissance de Milton Hershey, fondateur et bienfaiteur autocrate de la ville, dont la présence est encore visible partout.

Le long de Chocolate Avenue, les réverbères sont tous en forme de Hershey's Kisses (les «baisers de Hershey»), l'une des friandises les plus prisées des Américains.

Milton Hershey lui-même avait dressé les plans de la ville, donnant aux rues des noms de lieu de production de cacao: Bahia, Caracas, Para.

Il avait fait construire les maisons, qu'il avait vendues à ses employés à des conditions avantageuses. Il avait offert des églises aux différentes congrégations religieuses, construit les écoles publiques et lancé un réseau de tramways permettant d'aller à l'usine.

Il avait construit un théâtre, un terrain de golf et un parc d'attractions. Lui-même sans enfant, il avait fondé la Milton Hershey School, une école pour orphelins et enfants défavorisés, stipulant dans son testament qu'elle devait rester en ville à jamais et confiant sa gestion à la fondation qui veut aujourd'hui vendre ses actions dans la confiserie.

Ce système a notamment mis la ville à l'abri des ravages de la Grande Dépression, à en croire Mme Harris. «C'était un dictateur bienveillant, il s'intéressait à ce qu'il construisait, ajoute-t-elle. C'est pour ça que tout le monde est tellement en colère.»

La fondation créée par Milton Hershey pour gérer son école détient 31 % de Hershey Foods et 77 % des droits de vote au conseil d'administration. Elle a mis ses actions en vente en juillet, après avoir refusé une offre de rachat des directeurs de l'usine eux-mêmes. Les Européens Nestlé et Cadbury-Schweppes seraient intéressés.

Hershey est numéro un du chocolat aux États-Unis, avec environ 43 % des parts de marché. Il devance l'Américain Mars (27 %) et Nestlé (12 %). Employant 14 000 personnes, la société avait en 2001 un chiffre d'affaires mondial de 4,5 milliards de dollars.

La fondation reste muette

Les représentants de la fondation demeurent muets jusqu'à maintenant, mais devant le tribunal ils ont expliqué qu'ils voulaient vendre au bénéfice de l'école. À en croire des analystes, 58 % du capital de la fondation est investi en actions de Hershey Foods, ce qui serait économiquement discutable.

Les opposants à la vente expliquent de leur côté qu'une vente pourrait entraîner des pertes d'emploi, au détriment de la ville et de l'école.

Ils vendent des T-shirts à l'effigie de Milton Hershey, avec le slogan «Faites vivre le rêve» et une citation tirée d'une biographie publiée en 1971. «M. Hershey disait: "Si cela tombe sous le contrôle des mauvaises personnes ou des mauvaises organisations, elles peuvent rapidement dépenser ou gaspiller plus d'argent que je n'en ai gagné en toute une vie, pour leurs propres gains financiers, leur égo ou leur réputation"», selon une biographie de l'industriel.






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