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Québec 2005, professions et PME - Ingénieurs: la révolution du génie

Claude Lafleur   15 octobre 2005  Économie
Ingénieur depuis 25 ans, Gaétan Samson, nouveau président de l'Ordre des ingénieurs du Québec, a vu sa profession évoluer de façon fabuleuse. «À l'époque où j'ai été diplômé de l'université Laval, dit-il, on parlait du génie civil, du génie mécanique, du génie électrique, du génie géologique, minier et métallurgique... et on commençait à parler du génie électronique. Mais voilà qu'à présent, on parle du génie biomédical, du génie génétique, du génie du logiciel, etc.»

La profession évoluant rapidement, les priorités du président de l'OIQ portent davantage sur la modernisation de la profession. «Il s'agit autant de moderniser le fonctionnement de l'Ordre, dit-il, que la profession elle-même.» Il relate du coup que les ingénieurs font face à plusieurs défis, notamment ceux imposés par les changements climatiques, la mondialisation et le vieillissement de la population.

«À l'Ordre des ingénieurs, nous procédons depuis trois ans à une modernisation de notre organisation, rapporte-t-il. Nous avons entre autres actualisé le contrôle de nos finances et de nos communications avec la mise en oeuvre d'un site Web beaucoup plus fonctionnel. Nous nous penchons maintenant sur le contrôle de la compétence des ingénieurs et sur la formation continue, ce qui constitue notre raison d'être.»

L'objectif de l'Ordre est de moderniser la profession de façon à ce qu'elle soit mieux adaptée aux réalités d'aujourd'hui, surtout au regard des nouvelles technologies avec lesquelles les ingénieurs oeuvrent de plus en plus.

Un « art rigoureux »

Pour expliquer l'essor du génie, Gaétan Samson souligne qu'une nouvelle discipline du génie est constituée pratiquement chaque fois que vient le temps d'appliquer un nouveau domaine de la science. «Ces dernières années, commente le président de l'OIQ, nous avons vu apparaître dans notre quotidien les applications des biotechnologies, de la génomique, de la nanotechnologie, etc., autant de branches qui se sont greffées à l'arbre du génie.»

«Un ingénieur, c'est un professionnel qui met la science au service du public, explique-t-il. Nous vivons dans un monde où la technologie et la science sont de plus en plus présentes. L'ingénieur développe donc aussi bien les nouvelles technologies que de nouvelles applications scientifiques. Il peut aussi les utiliser pour solutionner les problèmes qui se posent... tout en assurant la protection du public.»

Pour lui, le génie est un art rigoureux. «À première vue, voilà qui peut paraître surprenant, amorce M. Samson. Mais à bien y penser, notre profession en est une de création.» Par exemple, pratiquement tous les ouvrages sur lesquels travaille un ingénieur sont uniques. «En ce sens, c'est une création au même titre, me semble-t-il, que la toile d'un artiste peintre. Chaque toile est unique, comme chaque bâtiment ou chaque pont est unique pour nous. Voilà pourquoi je considère la profession d'ingénieur comme un art. Mais, s'empresse-t-il d'ajouter, c'est un art rigoureux puisque nous devons en tout temps appliquer des règles aussi strictes qu'incontournables — les règles de la science — ainsi que de très nombreuses lois et réglementations.»

Génie et changements de société

Si la profession d'ingénieur touche à tous les aspects de notre existence, elle doit de ce fait s'adapter à l'évolution rapide de notre société. «C'est ainsi, rapporte M. Samson, qu'on nous demande de plus en plus de concevoir des bâtiments "verts", c'est-à-dire des ouvrages qui tiennent compte du développement durable et des impacts sur l'environnement. Il nous faut aussi considérer le réchauffement de la planète et les phénomènes climatiques...»

Déjà, le réchauffement de la planète a un impact certain sur la conception des bâtiments alors que les ingénieurs doivent chercher à réduire les émissions de gaz à effet de serre. «Nous sommes au coeur des solutions de tous les problèmes, dit-il. Nous nous devons donc d'appliquer des solutions pour favoriser un développement durable.»

D'autre part, la profession fera bientôt face à une sévère pénurie de main-d'oeuvre et ce, rapporte le président de l'OIQ, à cause de deux facteurs.

Le premier repose sur le vieillissement de la population. Comme partout ailleurs, les ingénieurs sont vieillissants, particulièrement ceux qui sont spécialisés dans le génie civil. L'Ordre constate en effet qu'il y a de moins en moins de relève... alors que, paradoxalement, les besoins en ingénieurs civils sont de plus en plus grands.

«En second lieu, poursuit M. Samson, comme il y a une multitude de spécialités du génie, ceux et celles qui sont intéressés à devenir ingénieurs ont l'embarras du choix. Évidemment, ceci fait qu'il y a de moins en moins de candidats pour une discipline en particulier.»

Or, une telle pénurie risque d'aggraver un problème qui s'impose de plus en plus: la rénovation de nos infrastructures publiques. «C'est un problème majeur, insiste M. Samson, car bon nombre de nos constructions arrivent au terme de leur vie utile, tous en même temps! Elles ont donc toutes besoin d'être rénovées. De surcroît, non seulement risquons-nous de manquer de la main-d'oeuvre spécialisée nécessaire, mais compte tenu des nouvelles contraintes environnementales, les ingénieurs devront trouver des solutions inédites pour remettre en état ces constructions.»

Enfin, les ingénieurs sont en même temps confrontés à la mondialisation des services. «De plus en plus, il est question de délocaliser les services d'ingénierie», relate M. Samson. C'est dire que les mandats de génie pour des travaux à réaliser ici sont contractés hors de nos frontières.

Ironiquement, depuis les années 1960, nos ingénieurs ont grandement profité de la mondialisation pour réaliser quantité de travaux un peu partout sur la planète. «Nos firmes sont d'ailleurs reconnues sur la scène internationale pour leur compétence, leur expérience et leur créativité, rapporte M. Samson. Elles sont particulièrement appréciées pour leur esprit d'innovation, pour leur capacité à trouver de nouvelles façons de faire...»

La mondialisation est-elle finalement un problème ou une solution?, se demande M. Samson. «Pour de nombreux pays, dit-il, c'est-à-dire ceux pour qui nous réalisons des travaux d'ingénierie, la mondialisation est une solution. Mais en sera-t-il de même pour nous?»

Tout en évitant de se prononcer, le président de l'OIQ suggère que ce pourrait être à la fois une solution et un problème. «Mais quoi qu'il en soit, conclut-il, c'est une réalité avec laquelle nous devrons composer!»

Collaborateur du Devoir






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