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Première hausse depuis octobre 2004 - La Banque du Canada hausse son taux directeur malgré Katrina

Éric Desrosiers   8 septembre 2005  Économie
La Banque du Canada fait le pari que les dégâts causés par Katrina auront peu d’incidence sur l’économie canadienne.
Photo : Agence Reuters
La Banque du Canada fait le pari que les dégâts causés par Katrina auront peu d’incidence sur l’économie canadienne.
Pas intimidée pour un sou par les contrecoups de l'ouragan Katrina, la Banque du Canada a annoncé hier une première remontée en presque un an de son taux directeur, soit de 2,5 à 2,75 %.

«L'ouragan Katrina a eu des conséquences humaines tragiques», a pris soin de rappeler la banque centrale dans son communiqué. «On peut vraisemblablement s'attendre à un léger ralentissement de l'expansion de la production aux États-Unis en 2005 et à une croissance un peu plus prononcée en 2006. Au Canada, il est probable que ces événements n'auront dans l'ensemble qu'une incidence modeste sur l'activité économique», a noté la banque dans ce qu'elle a qualifié d'évaluation préliminaire avant de préciser, tout de même, que «les prix à la consommation connaîtront une hausse temporaire attribuable au renchérissement de l'essence et des combustibles de chauffage».

Annoncée à mots couverts par la Banque du Canada depuis des mois, cette augmentation d'un quart de point de pourcentage de son taux cible du financement à un jour avait été largement anticipée par les marchés. Elle s'est immédiatement traduite par une hausse équivalente des taux d'intérêt des institutions bancaires, leur taux préférentiel passant de 4,25 à 4,5 %.

«L'évolution des économies mondiale et canadienne est généralement conforme aux attentes de la banque», a-t-elle expliqué, et ce, bien que les cours de l'énergie aient «dépassé les niveaux anticipés alors», que l'inflation soit restée «légèrement en deçà des projections» et que l'économie canadienne ait affiché «un rythme de croissance ainsi qu'un niveau d'activité un peu plus élevés qu'on l'avait prévu» au deuxième trimestre. Par conséquent, dit-elle, «compte tenu du fait que l'économie tourne près des limites de sa capacité [...], la hausse du taux directeur annoncée [hier] contribuera à favoriser l'équilibre de l'offre et de la demande globale au sein de l'économie et à maintenir l'inflation au taux cible à moyen terme».

D'autres hausses en vue

La banque centrale n'avait pas touché à son taux directeur depuis le 19 octobre 2004, alors qu'elle avait procédé à une deuxième hausse d'un quart de point en autant de mois. Ces augmentations étaient alors les premières en plus d'un an et demi, mais l'envolée du huard et ses répercussions sur les exportations canadiennes l'avaient tout de suite arrêtée dans son élan.

Sa décision de hausser son taux directeur hier devrait être suivie d'autres augmentations. «On ne commence pas à remonter les taux d'intérêt pour marquer une pause tout de suite après», note Benoît P. Durocher, économiste au Mouvement Desjardins. Aussi s'attend-il à ce qu'on procède à une autre augmentation d'un quart de point à la prochaine annonce, prévue le 18 octobre, et probablement à une autre à la suivante, le 6 décembre.

Il n'est toutefois pas impossible qu'on rapplique tout de suite les freins. «La banque a introduit un peu plus d'incertitude dans son communiqué qu'on s'y attendait», explique Paul-André Pinsonnault, économiste principal, Revenu fixe, à la Financière Banque nationale. «Si les retombées de Katrina se révèlent pires que prévu et que la Fed décide de marquer une pause, il ne serait pas surprenant que la Banque du Canada en fasse autant.»

On pourrait être fixé rapidement, la prochaine annonce du taux directeur de la Réserve fédérale américaine (Fed) étant prévue le 20 septembre.

La banque centrale canadienne n'a pas manqué de relever également que l'ascension récente des cours de l'énergie risquait de peser sur l'évolution de l'économie canadienne. Elle a surtout avoué qu'elle craignait de plus en plus que la situation créée par le double déficit américain du budget et du compte courant, sans parler de ses corollaires, c'est-à-dire l'augmentation continue des importations étrangères et le financement de la dette américaine par les pays asiatiques, ne mène fatalement à une «correction des déséquilibres des balances courantes à l'échelle internationale» et entraîne «une période d'atonie de la demande globale».

N'aurait-il pas été préférable, alors, que la Banque du Canada attende encore un peu avant de reprendre sa remontée des taux vers un niveau jugé plus neutre pour l'économie, qu'on situe habituellement entre 4 et 5 %? «Elle avait la marge de manoeuvre pour le faire», estime Paul-André Pinsonnault. Surtout que l'inflation reste toujours bien en deçà de la cible de 2 % qu'on s'est fixée, l'indice de référence de la Banque du Canada, qui exclut les prix les plus volatils comme l'énergie et l'alimentation, affichant 1,6 % en juillet.

«J'ai l'impression que la Banque du Canada s'est retrouvée coincée, suggère Benoît P. Durocher. Elle avait trop signalé aux marchés, ces derniers mois, qu'elle allait monter les taux d'intérêt pour reporter sa décision à la dernière minute. Il en allait de sa crédibilité.»

Plus dur au Québec

Elle a longtemps dit aussi que l'appréciation du dollar canadien resserrait déjà bien assez les conditions monétaires au pays sans qu'il soit nécessaire, en plus, d'augmenter les taux d'intérêt. Un dollar canadien à un peu plus de 82 ¢US l'avait convaincue, l'an dernier, d'interrompre la remontée de son taux directeur. Un dollar canadien à 84,12 ¢US, hier matin, ne l'a pas empêchée de reprendre cette remontée.

«La Banque du Canada semble en être venue à la conclusion que les entreprises canadiennes ont commencé à s'adapter à l'appréciation du dollar canadien», fait remarquer Benoît P. Durocher.

Mauvais moment

Le rehaussement du loyer de l'argent risque toutefois d'arriver à un bien mauvais moment dans certaines parties du pays, notamment au Québec. S'il est vrai qu'on s'attend à ce que la croissance économique soit en moyenne de 3,2 % au Canada, elle ne sera probablement que de 2,2 % au Québec et de 2,8 % en Ontario. «Cela montre l'écart qui existe entre des provinces comme l'Alberta, qui profite de l'augmentation des prix de l'énergie, et le Québec ou l'Ontario, où se concentrent les industries manufacturières qui sont les plus affectées par cette augmentation et l'appréciation du dollar», note l'économiste du Mouvement Desjardins.

«L'observation est tout à fait juste, dit Paul-André Pinsonnault. Mais ce n'est pas le rôle de la Banque du Canada de voir à la répartition de la richesse entre les provinces. C'est celui du gouvernement fédéral, par sa fiscalité et la péréquation.»






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