Un trou de 70 millions
Photo : Jacques Nadeau
L’Équipe intégrée de la Police des marchés financiers, qui regroupe 13 personnes dont des enquêteurs de la Gendarmerie royale du Canada et de la Sûreté du Québec, a effectué six perquisitions hier, dont cinq à Montréal et une à Toronto.
Le parcours étoilé de la firme de placements Norbourg et de son jeune président, Vincent Lacroix, a pris un virage inattendu hier après que l'Autorité des marchés financiers (AMF) eut demandé l'arrêt complet de ses activités pendant qu'elle enquête sur une brochette d'allégations aussi graves que surprenantes. Au coeur du mystère: un trou inexpliqué d'environ 70 millions dans les sommes appartenant aux investisseurs. Alors que les autorités policières menaient elles aussi une enquête, criminelle cette fois, on estimait déjà hier à au moins 5000 le nombre d'investisseurs affectés, dont la majorité seraient des Québécois.
L'AMF, l'organisme gouvernemental chargé de surveiller les opérations sur valeurs mobilières dans la province, a précisé que son enquête vise à «déterminer s'il y a lieu d'intenter des poursuites pénales». Quant à l'Équipe intégrée de la Police des marchés financiers, qui regroupe 13 personnes dont des enquêteurs de la Gendarmerie royale du Canada et de la Sûreté du Québec, elle a effectué hier six perquisitions, dont cinq à Montréal et une à Toronto.
Une arrestation a eu lieu à Montréal, a indiqué hier en fin de journée l'officier responsable de l'Équipe intégrée, Yves Roussel, qui ne pouvait pas dévoiler le nom de la personne détenue ni le motif de l'arrestation. «Nous allons déterminer s'il y a lieu de déposer des chefs d'accusation. Je ne peux infirmer ou confirmer quoi que ce soit [au sujet de son identité] tant que des accusations ne sont pas déposées.»
Les allégations soulevées par l'AMF sont de taille: un écart de 70,7 millions «sans aucune justification valable» entre les derniers états financiers et les actifs sous gestion; des états financiers «faux ou trompeurs» depuis trois ans; «un détournement de fonds de près de 69,8 millions appartenant aux investisseurs de la famille des fonds Évolution et Norbourg par l'utilisation de divers stratagèmes»; enfin, «la fabrication ou la falsification de documents dans le cadre des opérations de Norbourg ainsi qu'en réponse aux demandes de l'AMF au cours de son enquête».
C'est l'an dernier que l'AMF s'est penchée une première fois sur Norbourg, dans le cadre d'un examen pancanadien portant sur l'industrie des fonds communs en général. Il s'agissait d'une simple inspection. À l'automne 2004, celle-ci s'est toutefois transformée en enquête. «Si on avait pu intervenir au premier dollar détourné, au premier dollar perdu, on l'aurait fait. Ce n'est qu'au cours des derniers jours que nous avons obtenu les éléments qui nous permettent d'obtenir les décisions que je vous présente aujourd'hui», a dit le président-directeur général de l'AMF, Jean St-Gelais, incapable d'indiquer la valeur exacte des sommes perdues.
Au 31 décembre 2004, a déclaré l'AMF, Norbourg avait des actifs sous gestion de 155 millions. Sur papier, cela représente les montants confiés à Norbourg par des investisseurs. Mais dans les faits, l'AMF constate un trou d'un peu plus de 70 millions de dollars entre les états financiers et ce que les coffres contiennent. Où sont passées les sommes? L'organisme refuse d'avancer quoi que ce soit pour l'instant, se limitant à dire que l'argent semblait avoir bougé par grosses tranches. «Mais on avait suffisamment d'informations pour qu'il y ait urgence d'agir», a dit M. St-Gelais.
À la lumière de ces informations, l'organisme a donc demandé l'arrêt des activités de Norbourg, qui a 450 employés, de même que le gel de ses comptes bancaires et de ceux des sociétés liées à M. Lacroix. De plus, le Bureau de décision et de révision en valeurs mobilières (BDRVM) a ordonné aux fonds Évolution et Norbourg de ne pas se départir de leurs biens et ordonné que Norbourg et M. Lacroix n'aient pas le droit de négocier des valeurs mobilières pendant l'enquête.
Entre-temps, c'est la firme Ernst & Young qui agira à titre d'administrateur provisoire de Norbourg et de certaines sociétés liées à M. Lacroix, a dit l'AMF. La firme administrera notamment le cabinet Tandem, qui appartient à Norbourg et compte 350 employés, jusqu'au 31 janvier prochain. «Le mandat de l'administrateur provisoire sera de faire la lumière sur la situation en évaluant les sommes d'argent actuellement dans les fonds et en déterminant s'il y a lieu de poursuivre les activités de Norbourg», a ajouté l'AMF.
L'affaire a eu des répercussions à Toronto. Car le président du conseil du fonds Évolution, Michel Fragasso, est aussi président du conseil de l'Institut des fonds d'investissements du Canada (IFIC), un rôle qu'il a laissé de côté hier. Outre cette annonce «regrettable», l'IFIC n'a émis aucun commentaire.
Le fondateur de Norbourg, Vincent Lacroix, a jusqu'à maintenant bénéficié d'une opinion plutôt favorable dans la presse financière. Dans la fin de la trentaine, il est titulaire d'une maîtrise en finances de l'Université de Sherbrooke. Déjà, dans la vingtaine, il agissait comme analyste à la Caisse de dépôt et placement. Selon un portrait qu'en a brossé le journal Les Affaires pas plus tard qu'au printemps dernier, la création de Norbourg en 1998 a été précédée d'un passage à la vice-présidence de Kogeva Investissements internationaux.
Seule ombre au tableau: les noms de M. Lacroix et de Norbourg ont été cités en mars 2004 dans le cadre d'une conférence de presse donnée en Suisse. On y présentait une enquête sur la gestion apparemment peu reluisante de la «Caisse de retraite et de prévoyance du personnel enseignant du canton du Valais». La présentation, disponible sur Internet, fait mention de diverses parties ayant transigé de près ou de loin avec la Caisse, dont M. Lacroix et Norbourg.
L'officier responsable de l'Équipe intégrée de la Police des marchés financiers, Yves Roussel, n'a pas voulu commenter les allées et venues de M. Lacroix. À la question d'une journaliste souhaitant savoir si le principal intéressé se trouvait au Québec, M. Roussel a dit: «Cela fait partie du contenu de l'enquête. Malheureusement, il m'est impossible de divulguer cette information.»
Comme quoi le milieu financier devient très chatouilleux à la moindre mention d'enquête, la Bourse de Montréal a émis un communiqué hier pour signaler qu'elle n'est «aucunement impliquée» dans l'opération policière. «En fait, a-t-elle précisé, le seul lien qui pourrait exister vient du fait que la conférence de presse convoquée par l'AMF se tenait au même étage que celui des bureaux de la Bourse de Montréal.» Le Mouvement Desjardins a pour sa part indiqué qu'il n'y a aucun lien entre le fonds Évolution de Norbourg et le programme Évolution de Valeurs mobilières Desjardins.
L'AMF, l'organisme gouvernemental chargé de surveiller les opérations sur valeurs mobilières dans la province, a précisé que son enquête vise à «déterminer s'il y a lieu d'intenter des poursuites pénales». Quant à l'Équipe intégrée de la Police des marchés financiers, qui regroupe 13 personnes dont des enquêteurs de la Gendarmerie royale du Canada et de la Sûreté du Québec, elle a effectué hier six perquisitions, dont cinq à Montréal et une à Toronto.
Une arrestation a eu lieu à Montréal, a indiqué hier en fin de journée l'officier responsable de l'Équipe intégrée, Yves Roussel, qui ne pouvait pas dévoiler le nom de la personne détenue ni le motif de l'arrestation. «Nous allons déterminer s'il y a lieu de déposer des chefs d'accusation. Je ne peux infirmer ou confirmer quoi que ce soit [au sujet de son identité] tant que des accusations ne sont pas déposées.»
Les allégations soulevées par l'AMF sont de taille: un écart de 70,7 millions «sans aucune justification valable» entre les derniers états financiers et les actifs sous gestion; des états financiers «faux ou trompeurs» depuis trois ans; «un détournement de fonds de près de 69,8 millions appartenant aux investisseurs de la famille des fonds Évolution et Norbourg par l'utilisation de divers stratagèmes»; enfin, «la fabrication ou la falsification de documents dans le cadre des opérations de Norbourg ainsi qu'en réponse aux demandes de l'AMF au cours de son enquête».
C'est l'an dernier que l'AMF s'est penchée une première fois sur Norbourg, dans le cadre d'un examen pancanadien portant sur l'industrie des fonds communs en général. Il s'agissait d'une simple inspection. À l'automne 2004, celle-ci s'est toutefois transformée en enquête. «Si on avait pu intervenir au premier dollar détourné, au premier dollar perdu, on l'aurait fait. Ce n'est qu'au cours des derniers jours que nous avons obtenu les éléments qui nous permettent d'obtenir les décisions que je vous présente aujourd'hui», a dit le président-directeur général de l'AMF, Jean St-Gelais, incapable d'indiquer la valeur exacte des sommes perdues.
Au 31 décembre 2004, a déclaré l'AMF, Norbourg avait des actifs sous gestion de 155 millions. Sur papier, cela représente les montants confiés à Norbourg par des investisseurs. Mais dans les faits, l'AMF constate un trou d'un peu plus de 70 millions de dollars entre les états financiers et ce que les coffres contiennent. Où sont passées les sommes? L'organisme refuse d'avancer quoi que ce soit pour l'instant, se limitant à dire que l'argent semblait avoir bougé par grosses tranches. «Mais on avait suffisamment d'informations pour qu'il y ait urgence d'agir», a dit M. St-Gelais.
À la lumière de ces informations, l'organisme a donc demandé l'arrêt des activités de Norbourg, qui a 450 employés, de même que le gel de ses comptes bancaires et de ceux des sociétés liées à M. Lacroix. De plus, le Bureau de décision et de révision en valeurs mobilières (BDRVM) a ordonné aux fonds Évolution et Norbourg de ne pas se départir de leurs biens et ordonné que Norbourg et M. Lacroix n'aient pas le droit de négocier des valeurs mobilières pendant l'enquête.
Entre-temps, c'est la firme Ernst & Young qui agira à titre d'administrateur provisoire de Norbourg et de certaines sociétés liées à M. Lacroix, a dit l'AMF. La firme administrera notamment le cabinet Tandem, qui appartient à Norbourg et compte 350 employés, jusqu'au 31 janvier prochain. «Le mandat de l'administrateur provisoire sera de faire la lumière sur la situation en évaluant les sommes d'argent actuellement dans les fonds et en déterminant s'il y a lieu de poursuivre les activités de Norbourg», a ajouté l'AMF.
L'affaire a eu des répercussions à Toronto. Car le président du conseil du fonds Évolution, Michel Fragasso, est aussi président du conseil de l'Institut des fonds d'investissements du Canada (IFIC), un rôle qu'il a laissé de côté hier. Outre cette annonce «regrettable», l'IFIC n'a émis aucun commentaire.
Le fondateur de Norbourg, Vincent Lacroix, a jusqu'à maintenant bénéficié d'une opinion plutôt favorable dans la presse financière. Dans la fin de la trentaine, il est titulaire d'une maîtrise en finances de l'Université de Sherbrooke. Déjà, dans la vingtaine, il agissait comme analyste à la Caisse de dépôt et placement. Selon un portrait qu'en a brossé le journal Les Affaires pas plus tard qu'au printemps dernier, la création de Norbourg en 1998 a été précédée d'un passage à la vice-présidence de Kogeva Investissements internationaux.
Seule ombre au tableau: les noms de M. Lacroix et de Norbourg ont été cités en mars 2004 dans le cadre d'une conférence de presse donnée en Suisse. On y présentait une enquête sur la gestion apparemment peu reluisante de la «Caisse de retraite et de prévoyance du personnel enseignant du canton du Valais». La présentation, disponible sur Internet, fait mention de diverses parties ayant transigé de près ou de loin avec la Caisse, dont M. Lacroix et Norbourg.
L'officier responsable de l'Équipe intégrée de la Police des marchés financiers, Yves Roussel, n'a pas voulu commenter les allées et venues de M. Lacroix. À la question d'une journaliste souhaitant savoir si le principal intéressé se trouvait au Québec, M. Roussel a dit: «Cela fait partie du contenu de l'enquête. Malheureusement, il m'est impossible de divulguer cette information.»
Comme quoi le milieu financier devient très chatouilleux à la moindre mention d'enquête, la Bourse de Montréal a émis un communiqué hier pour signaler qu'elle n'est «aucunement impliquée» dans l'opération policière. «En fait, a-t-elle précisé, le seul lien qui pourrait exister vient du fait que la conférence de presse convoquée par l'AMF se tenait au même étage que celui des bureaux de la Bourse de Montréal.» Le Mouvement Desjardins a pour sa part indiqué qu'il n'y a aucun lien entre le fonds Évolution de Norbourg et le programme Évolution de Valeurs mobilières Desjardins.
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