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Travail: le choc démographique - Les détenteurs du savoir tacite

Éric Desrosiers   11 mai 2005  Économie
Généralement plus scolarisés et en meilleure santé que les générations précédentes, de nombreux baby-boomers ne voient pas pourquoi ils se priveraient d’un emploi valorisant et d’un meilleur train de vie. Le golf ne peut pas occuper toute une
Photo : Agence Reuters
Généralement plus scolarisés et en meilleure santé que les générations précédentes, de nombreux baby-boomers ne voient pas pourquoi ils se priveraient d’un emploi valorisant et d’un meilleur train de vie. Le golf ne peut pas occuper toute une
C'est la connaissance la plus précieuse des organisations, mais elle ne s'enseigne dans aucune école. On la gagne chèrement au fil des ans et des expériences, parfois même sans s'en rendre compte. On la perd pourtant, souvent sans y prêter attention, au rythme des départs à la retraite.

Les spécialistes de l'école d'administration des affaires de Harvard parlent de deep smarts. En français, on pourrait appeler cela le savoir tacite. Il confère à des employés la capacité de poser instantanément le bon diagnostic sur une situation complexe sans même pouvoir en expliquer le raisonnement. Il amène des techniciens à trouver des solutions brillantes après avoir fait le rapprochement entre deux événements que tout séparait. Il permet à des chefs d'entreprise de conclure des affaires que tout le monde croyait perdues.

«Ces intuitions sont beaucoup plus basées sur un savoir-faire que sur des faits», peut-on lire dans un article sur le sujet publié dans le numéro de septembre du Harvard Business Review. «[Elles] sont logées dans les têtes et dans les bras de certains employés. [Elles] reposent sur une connaissance pratique, globale et approfondie des affaires, des clients et des produits de l'entreprise. Les organisations ne peuvent progresser sans elles et, pourtant, elles peuvent les perdre en une minute avec le départ à la retraite d'un employé.»

De ce point de vue, la perspective du départ à la retraite de la masse des baby-boomers constitue une menace de l'envergure d'un «tsunami», disent les experts.

Le problème avec ce type de connaissances, observent-ils, c'est que les organisations doivent souvent les perdre avant de se rendre compte qu'elles les avaient. On cite l'exemple de la NASA, qui vient de relancer un projet d'exploration lunaire et se rend compte que les derniers ingénieurs capables de lui transmettre l'expérience accumulée lors de la course à la Lune seront partis à la retraite l'an prochain.

L'autre problème est que cette connaissance ne peut pas être facilement documentée. «Même les personnes les plus brillantes ont du mal à la cerner, expliquent les chercheurs de Harvard, parce qu'elle est extrêmement tacite et liée au contexte.»

Protéger les acquis

Ce qui n'empêche pas des organisations d'essayer de le faire. Cette question du transfert de la connaissance tacite des futurs retraités à leurs successeurs occupe par exemple une place centrale dans le plan de renouvellement d'Hydro-Québec.

«Je dirais que 80 % du savoir essentiel à notre bon fonctionnement repose sur un savoir tacite acquis à l'intérieur de l'entreprise et avec nos équipements, qui ne peuvent se trouver nulle part ailleurs», explique Jean-Luc Chabot, directeur relance et développement à la société d'État.

On établit désormais «un plan de transfert» avant le départ de certains employés. Le premier défi consiste à déterminer les connaissances qu'on souhaite voir transmettre. «Plusieurs de nos experts ne sont pas conscients du volume et de la valeur de la connaissance dont ils disposent eux-mêmes», fait remarquer Jean-Luc Chabot. Ce savoir sera transmis par un système de compagnonnage, où l'apprenti est amené à côtoyer autant que possible la personne qu'il se destine à remplacer. Des réseaux virtuels de partage et de collaboration ont aussi été créés afin de mettre en contact des techniciens et des ingénieurs, souvent éparpillés sur tout le territoire. Ils s'en servent pour échanger sur leurs expériences mais aussi pour trouver ensemble des solutions à des problèmes réels.

«La plupart de ces pratiques existaient déjà dans l'entreprise, révèle Jean-Luc Chabot. On n'a fait que les systématiser. On n'arrêtera pas de s'en servir après qu'on aura passé au travers de la vague de remplacement des prochaines années. C'est trop utile.»






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  • Diane MERCIER
    Inscrite
    lundi 27 juin 2005 15h17
    Excellente vulgarisation de concepts complexes
    « Je suis agréablement surprise que les impacts du «choc démographique» dans nos organisations, combinés à certaines caractéristiques des connaissances tacites, attirent maintenant l'attention de nos quotidiens. Cela encouragera certainement nos dirigeants à prendre conscience de ces problématiques. Votre dossier, à cet effet, a été remarquablement bien élaboré.

    Je termine actuellement un doctorat en sciences de l'information sur le tranfert des connaissances dans les organisations municipales québécoises. Je m'intéresse plus particulièrement à la part informelle du transfert des connaissances tacites.

    Les connaissances tacites représentent plus de 80% de l'ensemble de la mémoire organisationnelle mais font l'objet de moins de
    20% des investissements (financiers, technologiques et humains). Ils sont à toutes fins utiles ignorées par les technologies et la recherche.

    De plus, les entreprises commencent à peine ou seulement à s'y intéresser. Pour la plupart des entreprises de pointe tout comme les organisations gourvernementales, les connaissances, particulièrement les
    connaissances tacites, constituent leur capital le plus plus critique, bien plus que leur capital financier et matériel. Pourtant on ne s'en préoccupe que très peu, on repousse souvent à plus tard le transfert des connaissances au point où il est très fréquent qu'elles se perdent.

    Le choc démographique et les connaissances tacites attirent mon attention depuis plus de cinq ans. Je vous réfère à mes carnets (Blog)
    particulièrement à celui que j'ai publié le 17 mai suite à ma communication au congrès annuel de l'ACFAS, le 9 mai à Chicoutimi. Cette
    communication s'intitulait : la visualisation pour traquer le tacite et l'informel.

    URL : http://consultus.qc.ca/carnets

    Je demeure disponible pour tout autre renseignement. »

  • Mike Casablanca
    Inscrit
    lundi 30 juillet 2007 08h44
    Ridicule... Bullshit pour justifier le "Old Boy Network"
    « Jusque où vont-ils aller pour justifier leurs excès et leur désir de rester jusqu'à leur mort. Il est temps que cette génération réalise qu'ils ont eu leur temps et qu'ils ne sont pas "Indispensables". C'est peut-être trop demander à cette génération narcissique... »

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