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Le Canada doit mieux se défendre aux États-Unis

Éric Desrosiers   7 avril 2005  Économie
Le dôme du Capitole de Washington dans la fumée d’un matin d’hiver. Une campagne de lobbying devrait être vue comme l’une des composantes d’une stratégie dont l’objectif serait l’éveil du peuple américain et de ses élus à l’importan
Photo : Agence France-Presse
Le dôme du Capitole de Washington dans la fumée d’un matin d’hiver. Une campagne de lobbying devrait être vue comme l’une des composantes d’une stratégie dont l’objectif serait l’éveil du peuple américain et de ses élus à l’importan
Il est grand temps que le Canada se dote d'une stratégie de lobbying aux États-Unis qui soit à la hauteur des intérêts en cause, estime l'Association des industries forestières du Canada.

Une campagne qui ne se limiterait pas au seul conflit du bois d'oeuvre, plaide-t-elle, mais qui serait permanente comme tout lobbying digne de ce nom. Elle devrait utiliser toutes les armes à sa disposition, que ce soit les enquêtes d'opinion, les campagnes publicitaires, les relations de presse ou encore l'établissement d'alliances dans les États stratégiques et au Congrès américain. Elle devrait aussi pouvoir compter sur un budget annuel conséquent, c'est-à-dire environ neuf millions.

«Ce montant est bien petit lorsque l'on tient compte des intérêts en jeu», explique Avrim Lazar, président et chef de la direction de l'organisme qui représente toutes les grandes compagnies forestières du Canada. Formulée au gouvernement fédéral cet automne, la proposition n'en est pas moins restée, jusqu'à présent, lettre morte, déplore-t-il.

Responsable d'une première expérience du genre qui s'est déroulée de novembre 2002 à mars 2004 et a coûté près de 15 millions en fonds publics, l'Association dit y avoir d'abord et avant tout mesuré le degré d'ignorance des Américains en ce qui concerne l'ampleur de l'intégration économique entre leur pays et le Canada. «La première réponse que l'on a, lorsqu'on leur demande ce qu'ils pensent du conflit du bois d'oeuvre, est: quoi?», rapporte Avrim Lazar. Le climat politique qui prévaut aux États-Unis, et la domination des petits États traditionnellement plus protectionnistes au Sénat américain, ne font rien pour arranger les choses, poursuit-il.

Après avoir dépensé 660 000 $ en recherche, l'initiative, baptisée US-Canada Partnership for Growth, a consacré la plus grande partie de son budget (huit millions) à une série de campagnes publicitaires menées dans les médias de la capitale fédérale, Washington, et d'une douzaine d'États influents ou influençables. «On n'a pas voulu mettre trop l'accent sur le conflit du bois d'oeuvre, explique Avrim Lazar. On a préféré jouer sur la question plus générale de l'intérêt, pour les États-Unis, de maintenir de bonnes relations avec son voisin.»

Près de deux millions sont allés au travail de coulisses au Capitole. On a cherché à y repérer les élus et les fonctionnaires critiques des positions défendues par les producteurs de bois d'oeuvre américains et à leur apporter des arguments susceptibles de renforcer leurs actions. Un peu plus de un million de dollars ont également été alloués aux efforts visant à susciter des appuis au niveau local. Quant aux deux porte-parole de la campagne, l'ancien gouverneur démocrate du Michigan et ex-ambassadeur des États-Unis au Canada, James Blanchard, et l'ancien sénateur républicain du Tennessee et ex-négociateur du traité de libre-échange canado-américain, William Brock, il n'a pas été possible d'en connaître les gages.

On aura dépensé, en tout, 14,7 des 17 millions que le gouvernement fédéral avait accordés au projet. La différence a été retournée à Ottawa. «On a joué de malchance, explique Avrim Lazar. On s'était organisés pour faire notre campagne entre les élections de 2002 et celles de 2004. Mais la crise irakienne a éclaté et des gens ont commencé à se traiter de tous les noms de chaque côté de la frontière. On a estimé qu'il ne servait à rien de continuer dans ce climat.»

Trop court

Dans les faits, la campagne se sera donc concentrée sur une période d'à peine plus d'un an, soit de novembre 2002 à la fin de 2003. «C'est trop court», constate Avrim Lazar.

L'initiative aura quand même eu une certaine influence sur l'évolution des mentalités américaines, pense-t-il. «Tout cela est un jeu d'équilibre. Je crois que notre campagne a contribué à faire pencher la balance un peu plus de notre côté. Est-ce que cela a été suffisant pour mettre fin au conflit du bois d'oeuvre? On voit bien que non.»

Cette demi-victoire n'en disqualifie pas pour autant la démarche. «Ce ne sera jamais suffisant, mais c'est quand même nécessaire», dit-il. Une campagne de lobbying devrait être vue comme l'une des composantes d'une stratégie d'ensemble dont l'objectif serait l'éveil du peuple américain et de ses élus à l'importance de leur relation avec leur voisin du Nord.

Est-ce que cela ne fait pas un peu cher? Avrim Lazar ne le croit pas.

«Si cela peut raccourcir un seul conflit commercial, ne serait-ce que de quelques mois, on en couvrirait les frais pour plusieurs années. Lorsque l'on pense seulement à ce que nous a coûté le conflit du bois d'oeuvre, celui du boeuf ou encore celui de la commission du blé, on se rend bien compte que les dépenses engagées seraient toutes petites en comparaison des milliards que ça nous coûte quand ça se met à aller mal.»






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