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Perspectives - La Caisse sous influence

Gérard Bérubé   22 août 2002  Économie
L'influence politique demeure encore trop souvent associée aux décisions stratégiques de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Cette question d'ingérence politique, qu'elle soit dans les faits factice, apparente ou réelle, devra tôt ou tard être abordée dans un contexte où la portée véritable de l'institution passe désormais par l'international.

Dans deux semaines, Henri-Paul Rousseau sera installé à la présidence de la Caisse de dépôt. Si on ne lui prête pas l'intention de provoquer une véritable révolution culturelle au sein du plus grand gestionnaire de caisse de retraite au Canada, on le croit muni de l'autonomie nécessaire et animé de la motivation de pousser plus loin l'institution dans sa réflexion sur son devenir. Cette réflexion passe inévitablement par une nouvelle compréhension quant au rôle véritable que peut désormais jouer ce que la ministre des Finances, Pauline Marois, a présenté comme «ce formidable outil de développement collectif». Avec, pour piste de solution, le «testament» ayant accompagné l'annonce de la démission de Jean-Claude Scraire.

Dans sa énième dénonciation publique des rendements et de la transparence affichés par la Caisse, la critique de l'opposition officielle en matière de finances, Monique Jérôme-Forget, a repris un point intéressant en demandant une révision du mode de nomination des membres du conseil d'administration de la Caisse. «Il faudrait garnir le conseil d'une expertise en y ajoutant des gens qui connaissent le secteur financier. Et pour avoir des dents, le conseil doit pouvoir choisir son président», a-t-elle soutenu lors d'une conférence de presse mardi.

Peu avant, soit au lendemain de l'annonce surprise de la démission de Jean-Claude Scraire, Pauline Marois avait répondu aux propositions soumises touchant les règles de régie d'entreprise en reconnaissant que «cette grande institution doit bénéficier d'une gouvernance adaptée à son importance, à son statut de fiduciaire des épargnes des Québécois et aux défis des prochaines années».

Visiblement, les propositions accompagnant la démission de Jean-Claude Scraire avaient provoqué un certain malaise au sein du gouvernement parce qu'elles venaient alimenter ces doutes, récurrents, quant à l'autonomie véritable de l'institution face au pouvoir politique. Il appert également que ce «testament» visait aussi à contrer une intention, alors prêtée au gouvernement Landry, de nommer une personne malléable en remplacement de M. Scraire. La confrontation entre les deux hommes est apparue au grand jour alors qu'auparavant, on ne pouvait que soupçonner Bernard Landry de déplorer la décision de M. Scraire d'avoir cédé Provigo à Loblaw et d'avoir tenté l'aventure milliardaire de Vidéotron aux côtés de Quebecor.

Afin de dissiper tout doute et de désactiver le débat autour de l'indépendance véritable de la Caisse, M. Landry s'en est plutôt remis à Henri-Paul Rousseau, dont le choix fait l'unanimité.

Il reste toutefois que la sauvegarde de l'indépendance de la Caisse devra, tôt ou tard, déborder de la simple capacité de son dirigeant à garder ses distances face à l'influence politique pour s'imprégner dans ses structures. C'est, en définitive, l'essentiel du message lancé par Jean-Claude Scraire.

En clair, il s'inscrit dans la continuité des choses que les postes de président du conseil et de p.-d.g. de la Caisse soient scindés en deux. Que le conseil d'administration de l'institution soit renforcé au chapitre de la compétence et qu'il soit constitué d'une majorité d'administrateurs indépendants du gouvernement. Que le président du conseil, non exécutif et à temps partiel, soit nommé par eux. En revanche, contrairement à une autre proposition du président démissionnaire, la nomination du p.-d.g. devrait demeurer une prérogative du gouvernement dans la mesure où, à l'instar du choix du gouverneur de la Banque du Canada par le ministre fédéral des Finances, cette nomination ne vient pas compromettre l'indépendance de l'institution.

La reforme, souhaitée ou souhaitable, répond au nouveau gabarit de la Caisse, qui exige une définition du vocable «levier économique» autre que celle ayant prévalu depuis sa création et ayant dominé durant les années 1980. Sans compter qu'à ce jour, les interventions dites stratégiques de la Caisse auprès des piliers de l'économie québécoise ont plutôt tendance à être douloureuses, à se monnayer chèrement. Sans compter, enfin, que le gouvernement québécois s'est doté, depuis, d'autres mécanismes d'intervention.

On rappelle, enfin, que la Caisse, avec ses 133 milliards de dollars d'actif, est plus que jamais condamnée à étendre son rayonnement international et à mettre en application son expertise à l'échelle planétaire, avec toutes les retombées québécoises susceptibles d'en découler. Cette quête de mandats de gestion à l'international, reposant sur des partenariats et sur l'obtention d'une masse critique, peut difficilement se réaliser dans un environnement d'influence politique. Qu'elle soit réelle, apparente ou factice.






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