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Danger: pénurie de main-d'oeuvre

Gérard Bérubé   19 février 2005  Économie
Parmi les premiers secteurs à être touchés par le phénomène, Deloitte cible les entreprises oeuvrant dans l’industrie des sciences de la vie puis de l’énergie, suivies du secteur public. S’ajoutent les entreprises des industries manufacturiè
Photo : Agence Reuters
Parmi les premiers secteurs à être touchés par le phénomène, Deloitte cible les entreprises oeuvrant dans l’industrie des sciences de la vie puis de l’énergie, suivies du secteur public. S’ajoutent les entreprises des industries manufacturiè
Hier une menace, la pénurie d'employés et de main-d'oeuvre qualifiée devient la réalité des entreprises. Du moins, le gros des pressions démographiques commencera à se faire sentir dans aussi peu que trois ans. Afin d'atténuer la crise appréhendée, les entreprises misent sur l'offre de meilleures conditions aux nouvelles recrues alors qu'un âge d'or se dessine pour les employés d'expérience.

Le compte à rebours est enclenché. «Dans trois ans à peine, la première vague des baby-boomers aura 62 ans, l'âge moyen pour les départs à la retraite en Amérique du Nord, en Europe et en Asie», a rappelé Deloitte. Aux États-Unis, ces départs à la retraite vont retrancher 11 % des effectifs d'ici 2008.

Le cabinet de services professionnels a déposé cette semaine une étude-sondage visant à circonscrire davantage le phénomène du point de vue de l'entreprise et à le placer dans un environnement plus large faisant ressortir une pénurie de talents. Selon le volet américain de l'étude menée auprès des directeurs de ressources humaines, «70 % des 123 répondants ont déclaré que les plus grandes menaces pour le rendement de l'entreprise au cours des trois prochaines années sont les nouveaux travailleurs aux compétences inadéquates, suivis par les départs à la retraite des baby-boomers et l'incapacité de retenir les principaux talents».

Plus d'efforts

Dans la version canadienne, les répondants indiquaient devoir consacrer toujours plus d'efforts à la recherche et à l'embauche d'employés spécialisés. Et encore faut-il les conserver, 60 % disant «éprouver de la difficulté à retenir les talents cruciaux». Par «talents cruciaux», le cabinet entend les personnes stimulant «une part disproportionnée de la croissance et du rendement» de l'entreprise et générant «une valeur plus haute que la moyenne pour les clients et les actionnaires». Cette définition peut englober tant le messager des firmes de livraison de courrier, «qui a des contacts quotidiens avec le client et une connaissance directe de la chaîne d'approvisionnement», que le clinicien dans les sociétés pharmaceutiques.

On n'est pas sans rappeler qu'en 2000, les grandes entreprises indiquaient très majoritairement dans un sondage du Conference Board du Canada qu'elles se retrouvaient déjà en pénurie de main-d'oeuvre qualifiée, un problème appelé à devenir plus criant à l'avenir. Une étude menée en 2003 par la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante illustrait également la situation des PME, près de la moitié des membres soutenant que cette pénurie de main-d'oeuvre qualifiée était le problème le plus important auquel ils devaient faire face.

Que dire de l'industrie sidérurgique canadienne, qui «prévoit perdre environ le tiers de son effectif et 45 % de tous les professionnels des métiers reliés à l'industrie sidérurgique au cours des cinq prochaines années»?, a ajouté Deloitte, qui se sert de cet exemple pour y opposer une autre réalité: «Seulement 26 % des jeunes âgés de 13 à 24 ans ont déclaré qu'ils étaient susceptibles de penser à une carrière dans les métiers spécialisés.»

Parmi les premiers secteurs à être touchés par le phénomène, Deloitte cible les entreprises oeuvrant dans l'industrie des sciences de la vie puis de l'énergie, suivies du secteur public. S'ajoutent les entreprises des industries manufacturières et des services financiers. «Par exemple, le Canada, l'Australie et les États-Unis pourraient perdre plus d'un tiers de leurs fonctionnaires d'ici 2010», a illustré le cabinet.

Expérience demandée

Une tendance lourde se dégage, mettant l'accent sur les employés d'expérience. Afin de répondre à cette pénurie appréhendée et à la concurrence qui se dessine afin d'attirer et de retenir les gens talentueux, «environ 60 % des sociétés interrogées prévoient augmenter le recrutement des employés d'expérience alors que 42 % prévoient augmenter le recrutement dans les universités». Parallèlement, «des investissements supplémentaires seront également faits pour assurer de meilleures conditions aux employés d'expérience et aux nouvelles recrues», a souligné Deloitte.

Sans compter une importance plus grande accordée à la formation et à l'offre d'incitatifs permettant une plus forte rétention.






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  • Mélanie Savard
    Inscrite
    jeudi 20 décembre 2007 12h53
    Relativiser la «crise»
    « Je ne crois pas que cette «crise» va inquiéter la Ministre du Conseil du Trésor. Dans le plan de modernisation de Mme Jérôme Forget, la préoccupation majeure est de réduire le nombre de fonctionnaires. Sur deux départs, un seul employé est engagé. Le but est de réduire de 20 % les effectifs dans le secteur public. Cette attrition va augmenter la charge de travail et épuiser les travailleurs. Cette stratégie n'est pas attirante pour la relève de l'État. En plus de bénéficier de salaire moindre que le privé, les employés ont une tâche élargie.
    Dans le secteur privé, le manque de main-d'oeuvre va se faire sentir également. Il existe des moyens pour réduire les effets de la pénurie. En évaluant les besoins internes et l'environnement externe, les entrepreneurs peuvent planifier leur effectif et compenser le manque à gagner. En offrant des formations qualifiantes aux employés, la possibilité de prendre des retraites progressives et de travailler à temps partiel, les baby-boomers continueront d'être actifs dans la population. Toutefois, cette gestion demande de la vision de la part des dirigeants.
    Il faut se méfier des évaluations à long terme : nul ne peut prétendre savoir ce qui se passera en 2030. La population évolue, les gens vivent plus longtemps, en meilleur santé, et sont mieux formés. Votre article doit plutôt être perçu comme un avertissement. C'est un signal d'alarme qui indique aux dirigeants qu'il faut prévoir. »

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