Télécoms - Verizon s'offre MCI pour 5,3 milliards $US
15 février 2005
Économie
Photo : Agence France-Presse
Des passants se croisent devant les bureaux new-yorkais de Verizon. Le numéro un américain des télécommunications a annoncé hier le rachat de l’opérateur MCI (ex-WorldCom) pour 5,3 milliards $US, réalisant ainsi la deuxième grosse acquisition d
New York — Le numéro un américain des télécommunications, Verizon, a annoncé hier le rachat de l'opérateur longues distances MCI (ex-WorldCom) pour 5,3 milliards $US, réalisant ainsi la deuxième grosse acquisition du secteur depuis le début de l'année.
L'ancien et sulfureux WorldCom, sorti au printemps 2004 de la plus importante faillite des États-Unis, était l'objet de nombreuses convoitises depuis l'été dernier. Les appétits se sont davantage aiguisés en ce début d'année, après que SBC a annoncé le rachat d'AT&T pour 16 milliards $US fin janvier.
Verizon, qui est désormais talonné par le nouvel ensemble SBC-AT&T, remporte donc la mise, alors qu'un autre opérateur, Qwest, était également très intéressé par MCI. Ce dernier a déployé le réseau Internet «le plus vaste du monde», fait valoir dans un communiqué l'opérateur Verizon, qui met également la main sur l'ensemble de la clientèle Entreprises de MCI, dont les ministères américains de la Défense et de la Sécurité intérieure.
L'accord, qui était très attendu, a reçu dimanche soir le feu vert des conseils d'administration des deux groupes. Il doit encore être approuvé par les autorités de la concurrence, ce que Verizon et MCI espèrent obtenir «dans environ un an», est-il indiqué dans le communiqué.
«C'est le bon accord au bon moment», a déclaré le p.-d.g. de Verizon, Ivan Seidenberg, cité dans le communiqué. «Nous évaluons la transaction avec MCI depuis un certain temps, et nous avons maintenant l'occasion de parvenir à un accord à un prix juste, qui bénéficie aux deux compagnies à un moment où MCI est en progrès», a-t-il précisé.
«Cette acquisition donne un coup d'accélérateur à la croissance de Verizon sur le marché Entreprises, et facilite notre ambition de devenir un fournisseur de services Internet majeur plus tôt et pour moins d'investissements que si nous avions dû procéder par croissance organique», a encore expliqué la direction de Verizon.
Verizon a mis sur la table environ 4,8 milliards $US en actions et 488 millions $US en liquide. Verizon, qui a assuré vouloir maintenir et améliorer le réseau Internet de MCI, va d'autre part reprendre la dette de MCI, réduite aujourd'hui à quatre milliards $US.
L'ancien WorldCom, qui traînait une dette d'environ 40 milliards lorsqu'il était au plus mal, avait créé la surprise en juillet dernier, en indiquant être l'objet de convoitise par le fonds d'investissement Leucadia National Corporation. En septembre, les dirigeants de MCI avaient laissé ébruiter leur ambition de se faire racheter pour quelque six milliards, en un seul bloc ou par appartements.
Lourd passé
MCI, l'ex-WorldCom, va définitivement disparaître, mettant fin à une histoire marquée en 2002 par la plus grande faillite des États-Unis, dont les responsabilités font actuellement l'objet d'un procès à New York.
La transaction annoncée hier, faisant tomber un MCI affaibli entre les mains du plus grand groupe américain de télécoms, est aussi la répétition, cette fois réussie, d'un scénario qui s'était ébauché dès 2001. Le groupe qui s'appelait alors WorldCom — et talonnait le géant AT&T dans les télécoms longue distance — avait entamé des discussions avec la direction de Verizon, que celle-ci voulait conclure par un accord avant la fin de l'été.
Mais écoutant son directeur financier Scott Sullivan, Bernard Ebbers, alors p.-d.g. de WorldCom, décide finalement de reculer. Officiellement le prix de l'action est trop faible pour une telle transaction. En réalité, Ebbers et Sullivan craignent aussi qu'en se penchant de près sur leurs bilans financiers Verizon découvre de comptes pour le moins suspects.
L'existence de ces négociations il y a quatre ans a été révélée en fin de semaine dernière par les débats du procès de Bernie Ebbers qui, même s'il nie, est considéré par la justice fédérale comme le grand instigateur du retentissant scandale WorldCom.
En juillet 2002, après sept trimestres de bilans falsifiés et avec une action en chute libre depuis que les autorités boursières ont révélé leurs soupçons, le groupe WorldCom doit se placer sous la protection de la loi sur les faillites (où il restera vingt mois). Les malversations comptables atteindront au final 11 milliards selon certaines sources, tandis que l'opérateur rebaptisé MCI en 2003 n'en reconnaîtra que neuf milliards.
Le procès Ebbers a éclairé de manière nouvelle l'histoire de WorldCom, qui culmine avec la fusion conclue en 1998 avec un certain MCI, solide opérateur trentenaire qui a développé dans le monde entier son réseau de clients Entreprises. Le rachat coûte quelque 30 milliards $US, et la société LLDS dirigée par Ebbers (au départ spécialisée dans la revente à bas prix de minutes de communications longue distance) n'en a alors jamais conclu de tels.
«Cela nous a donné une possibilité que nous n'avions pas avant de fournir à de très, très grandes entreprises des services locaux et longue distance», a raconté Sullivan, témoin-vedette du procès.
L'entité fusionnée, qui ne garde que le nom WorldCom pour insister sur son envergure mondiale, est alors «presque aussi importante» que British Telecom, le candidat malheureux au rachat de MCI. En quelques années, et une douzaine de rachats au total du temps de Sullivan (arrivé en 1994), WorldCom a multiplié par sept environ son chiffre d'affaires.
L'échec de la fusion avec Sprint en 2000 et l'éclatement de la bulle Iinternet faisant disparaître bon nombre de sociétés clientes plongeront WorldCom dans une crise qu'il ne voudra jamais avouer à ses actionnaires avant d'y être contraint.
L'ancien et sulfureux WorldCom, sorti au printemps 2004 de la plus importante faillite des États-Unis, était l'objet de nombreuses convoitises depuis l'été dernier. Les appétits se sont davantage aiguisés en ce début d'année, après que SBC a annoncé le rachat d'AT&T pour 16 milliards $US fin janvier.
Verizon, qui est désormais talonné par le nouvel ensemble SBC-AT&T, remporte donc la mise, alors qu'un autre opérateur, Qwest, était également très intéressé par MCI. Ce dernier a déployé le réseau Internet «le plus vaste du monde», fait valoir dans un communiqué l'opérateur Verizon, qui met également la main sur l'ensemble de la clientèle Entreprises de MCI, dont les ministères américains de la Défense et de la Sécurité intérieure.
L'accord, qui était très attendu, a reçu dimanche soir le feu vert des conseils d'administration des deux groupes. Il doit encore être approuvé par les autorités de la concurrence, ce que Verizon et MCI espèrent obtenir «dans environ un an», est-il indiqué dans le communiqué.
«C'est le bon accord au bon moment», a déclaré le p.-d.g. de Verizon, Ivan Seidenberg, cité dans le communiqué. «Nous évaluons la transaction avec MCI depuis un certain temps, et nous avons maintenant l'occasion de parvenir à un accord à un prix juste, qui bénéficie aux deux compagnies à un moment où MCI est en progrès», a-t-il précisé.
«Cette acquisition donne un coup d'accélérateur à la croissance de Verizon sur le marché Entreprises, et facilite notre ambition de devenir un fournisseur de services Internet majeur plus tôt et pour moins d'investissements que si nous avions dû procéder par croissance organique», a encore expliqué la direction de Verizon.
Verizon a mis sur la table environ 4,8 milliards $US en actions et 488 millions $US en liquide. Verizon, qui a assuré vouloir maintenir et améliorer le réseau Internet de MCI, va d'autre part reprendre la dette de MCI, réduite aujourd'hui à quatre milliards $US.
L'ancien WorldCom, qui traînait une dette d'environ 40 milliards lorsqu'il était au plus mal, avait créé la surprise en juillet dernier, en indiquant être l'objet de convoitise par le fonds d'investissement Leucadia National Corporation. En septembre, les dirigeants de MCI avaient laissé ébruiter leur ambition de se faire racheter pour quelque six milliards, en un seul bloc ou par appartements.
Lourd passé
MCI, l'ex-WorldCom, va définitivement disparaître, mettant fin à une histoire marquée en 2002 par la plus grande faillite des États-Unis, dont les responsabilités font actuellement l'objet d'un procès à New York.
La transaction annoncée hier, faisant tomber un MCI affaibli entre les mains du plus grand groupe américain de télécoms, est aussi la répétition, cette fois réussie, d'un scénario qui s'était ébauché dès 2001. Le groupe qui s'appelait alors WorldCom — et talonnait le géant AT&T dans les télécoms longue distance — avait entamé des discussions avec la direction de Verizon, que celle-ci voulait conclure par un accord avant la fin de l'été.
Mais écoutant son directeur financier Scott Sullivan, Bernard Ebbers, alors p.-d.g. de WorldCom, décide finalement de reculer. Officiellement le prix de l'action est trop faible pour une telle transaction. En réalité, Ebbers et Sullivan craignent aussi qu'en se penchant de près sur leurs bilans financiers Verizon découvre de comptes pour le moins suspects.
L'existence de ces négociations il y a quatre ans a été révélée en fin de semaine dernière par les débats du procès de Bernie Ebbers qui, même s'il nie, est considéré par la justice fédérale comme le grand instigateur du retentissant scandale WorldCom.
En juillet 2002, après sept trimestres de bilans falsifiés et avec une action en chute libre depuis que les autorités boursières ont révélé leurs soupçons, le groupe WorldCom doit se placer sous la protection de la loi sur les faillites (où il restera vingt mois). Les malversations comptables atteindront au final 11 milliards selon certaines sources, tandis que l'opérateur rebaptisé MCI en 2003 n'en reconnaîtra que neuf milliards.
Le procès Ebbers a éclairé de manière nouvelle l'histoire de WorldCom, qui culmine avec la fusion conclue en 1998 avec un certain MCI, solide opérateur trentenaire qui a développé dans le monde entier son réseau de clients Entreprises. Le rachat coûte quelque 30 milliards $US, et la société LLDS dirigée par Ebbers (au départ spécialisée dans la revente à bas prix de minutes de communications longue distance) n'en a alors jamais conclu de tels.
«Cela nous a donné une possibilité que nous n'avions pas avant de fournir à de très, très grandes entreprises des services locaux et longue distance», a raconté Sullivan, témoin-vedette du procès.
L'entité fusionnée, qui ne garde que le nom WorldCom pour insister sur son envergure mondiale, est alors «presque aussi importante» que British Telecom, le candidat malheureux au rachat de MCI. En quelques années, et une douzaine de rachats au total du temps de Sullivan (arrivé en 1994), WorldCom a multiplié par sept environ son chiffre d'affaires.
L'échec de la fusion avec Sprint en 2000 et l'éclatement de la bulle Iinternet faisant disparaître bon nombre de sociétés clientes plongeront WorldCom dans une crise qu'il ne voudra jamais avouer à ses actionnaires avant d'y être contraint.
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