Le prix de l'indifférence
Photo : Agence France-Presse
Il suffirait de huit milliards de plus par an pour permettre à tous les enfants de la planète d’aller à l’école.
Au rythme où vont les choses, 45 millions d'enfants seront morts d'ici à 2015 parce que les pays riches n'auront pas tenu leurs promesses d'aide, dénonce le plus récent rapport d'Oxfam.
Des huit engagements pris en 2000 aux Nations unies dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement, seul celui de la réduction de moitié, d'ici à 2015, de la population mondiale vivant avec moins de 1 $US par jour semble avoir des chances d'être réalisé, et ce, essentiellement grâce aux performances économiques de la Chine, de l'Inde et du Brésil. En ce qui concerne les victimes de la famine, la scolarisation des enfants, la lutte contre le VIH ou encore l'établissement de règles commerciales plus justes, «ces promesses sont restées lettre morte», déplore l'organisation humanitaire dans un rapport de 93 pages intitulé: Le prix à payer, pourquoi les pays riches doivent investir maintenant dans la guerre contre la pauvreté.
Le meilleur exemple en est peut-être l'engagement de consacrer, d'ici 10 ans, 0,7 % du PIB à l'aide publique au développement. Il n'est pour le moment rempli que par cinq pays d'Europe du Nord. Cinq autres pays européens se sont donné des échéanciers précis pour arriver à temps. Le Canada, lui, était à 0,26 % en 2003 et ne sera, à ce rythme, pas en mesure de répondre aux attentes avant 2025. Pour les États-Unis (0,14 %), il faudra, semble-t-il, attendre jusqu'en 2040, ce qui est mieux que le Japon (0,20 %) qui s'éloigne plutôt qu'il ne se rapproche de cet objectif qui avait pourtant été, comme les autres, choisi parce qu'il apparaissait réaliste.
Un tel échec aura pour résultat que 45 millions d'enfants de plus mourront d'ici à 2015, estime Oxfam, que 247 millions de personnes de plus vivront avec moins de 1 $ par jour en Afrique subsaharienne ou que 97 millions d'enfants de plus n'iront pas à l'école.
«Ce scandale doit cesser, a déclaré hier Pierre Véronneau, directeur général d'Oxfam-Québec. L'aide publique au développement permet à des milliers d'enfants d'aller à l'école, d'empêcher des milliers de mères de mourir en couches. Alors que cette aide peut permettre à des millions de personnes de sortir de la pauvreté, les pays riches ont failli à leurs engagements. Cette année, la Zambie dépensera deux fois plus pour le remboursement de sa dette que pour éduquer ses enfants.»
Pourtant, il ne coûterait que 50 milliards de plus par année aux pays riches (1,53 milliard au Canada) pour respecter leur engagement au chapitre de l'aide publique au développement, et il ne faudrait que l'équivalent de 2 $ par personne par année pour effacer la dette des 32 pays les plus pauvres de la planète.
«On a calculé, en 2000, qu'il suffirait de huit milliards de plus par an pour permettre à tous les enfants de la planète d'aller à l'école. Ce n'est rien du tout! Et pourtant, on n'arrive pas à les avoir», s'est insurgé hier Mohammed Chikhaoui, directeur de la planification et de l'évaluation à Oxfam-Québec.
Balayer devant sa porte
Les pays pauvres ont aussi à faire leurs devoirs, rappelle l'organisation humanitaire qui joindra sa voix, en 2005, à une vaste campagne internationale contre la pauvreté à laquelle participeront des centaines d'autres organisations ainsi que plusieurs vedettes, dont les chanteurs Bono, Alanis Morissette et Youssou N'Dour. Bien que des progrès importants aient été enregistrés en ce domaine, plusieurs ont encore beaucoup à faire en matière de programmes sociaux, de lutte contre la corruption, de respect de l'État de droit ou de pratiques démocratiques. La solution à ce chapitre ne passe toutefois pas par le contournement des gouvernements fautifs, voire le boycottage de leurs pays, estime Oxfam, mais, au contraire, par l'investissement «dans un secteur public fort et efficace et [la suppression des] situations — paradis fiscaux et faibles régulations — qui permettent à la corruption de se répandre».
Prompts à faire la leçon aux pays pauvres, les pays riches se sont jusqu'à présent révélés fort peu doués eux-mêmes en terme de rigueur, de cohérence et de fiabilité dans leurs politiques d'aide internationale.
Les formalités exigées par les pays donateurs accaparent de plus en plus de temps et d'énergie de la part des ressources humaines des pays bénéficiaires. Les dernières conditions de prêts imposées par la Banque mondiale à l'Éthiopie commandent, par exemple,en moyenne 80 changements de politique par an.
Le fait de remplir toutes les conditions requises n'empêche pas le tiers de l'aide promise d'arriver avec un retard de parfois un an. Plus de 70 % des programmes d'aide ont un horizon de trois ans ou moins, alors qu'il en faut six à un enfant pour faire son primaire. Quant aux règles d'attribution, elles ne sont pas toujours désintéressées alors que 30 % de l'aide des pays du G7 s'accompagne de l'obligation d'acheter des biens et services auprès des pays donateurs, qu'Israël est l'un des principaux récipiendaires de l'aide américaine, ou que l'aide est de plus en plus liée à la guerre contre le terrorisme.
Des huit engagements pris en 2000 aux Nations unies dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement, seul celui de la réduction de moitié, d'ici à 2015, de la population mondiale vivant avec moins de 1 $US par jour semble avoir des chances d'être réalisé, et ce, essentiellement grâce aux performances économiques de la Chine, de l'Inde et du Brésil. En ce qui concerne les victimes de la famine, la scolarisation des enfants, la lutte contre le VIH ou encore l'établissement de règles commerciales plus justes, «ces promesses sont restées lettre morte», déplore l'organisation humanitaire dans un rapport de 93 pages intitulé: Le prix à payer, pourquoi les pays riches doivent investir maintenant dans la guerre contre la pauvreté.
Le meilleur exemple en est peut-être l'engagement de consacrer, d'ici 10 ans, 0,7 % du PIB à l'aide publique au développement. Il n'est pour le moment rempli que par cinq pays d'Europe du Nord. Cinq autres pays européens se sont donné des échéanciers précis pour arriver à temps. Le Canada, lui, était à 0,26 % en 2003 et ne sera, à ce rythme, pas en mesure de répondre aux attentes avant 2025. Pour les États-Unis (0,14 %), il faudra, semble-t-il, attendre jusqu'en 2040, ce qui est mieux que le Japon (0,20 %) qui s'éloigne plutôt qu'il ne se rapproche de cet objectif qui avait pourtant été, comme les autres, choisi parce qu'il apparaissait réaliste.
Un tel échec aura pour résultat que 45 millions d'enfants de plus mourront d'ici à 2015, estime Oxfam, que 247 millions de personnes de plus vivront avec moins de 1 $ par jour en Afrique subsaharienne ou que 97 millions d'enfants de plus n'iront pas à l'école.
«Ce scandale doit cesser, a déclaré hier Pierre Véronneau, directeur général d'Oxfam-Québec. L'aide publique au développement permet à des milliers d'enfants d'aller à l'école, d'empêcher des milliers de mères de mourir en couches. Alors que cette aide peut permettre à des millions de personnes de sortir de la pauvreté, les pays riches ont failli à leurs engagements. Cette année, la Zambie dépensera deux fois plus pour le remboursement de sa dette que pour éduquer ses enfants.»
Pourtant, il ne coûterait que 50 milliards de plus par année aux pays riches (1,53 milliard au Canada) pour respecter leur engagement au chapitre de l'aide publique au développement, et il ne faudrait que l'équivalent de 2 $ par personne par année pour effacer la dette des 32 pays les plus pauvres de la planète.
«On a calculé, en 2000, qu'il suffirait de huit milliards de plus par an pour permettre à tous les enfants de la planète d'aller à l'école. Ce n'est rien du tout! Et pourtant, on n'arrive pas à les avoir», s'est insurgé hier Mohammed Chikhaoui, directeur de la planification et de l'évaluation à Oxfam-Québec.
Balayer devant sa porte
Les pays pauvres ont aussi à faire leurs devoirs, rappelle l'organisation humanitaire qui joindra sa voix, en 2005, à une vaste campagne internationale contre la pauvreté à laquelle participeront des centaines d'autres organisations ainsi que plusieurs vedettes, dont les chanteurs Bono, Alanis Morissette et Youssou N'Dour. Bien que des progrès importants aient été enregistrés en ce domaine, plusieurs ont encore beaucoup à faire en matière de programmes sociaux, de lutte contre la corruption, de respect de l'État de droit ou de pratiques démocratiques. La solution à ce chapitre ne passe toutefois pas par le contournement des gouvernements fautifs, voire le boycottage de leurs pays, estime Oxfam, mais, au contraire, par l'investissement «dans un secteur public fort et efficace et [la suppression des] situations — paradis fiscaux et faibles régulations — qui permettent à la corruption de se répandre».
Prompts à faire la leçon aux pays pauvres, les pays riches se sont jusqu'à présent révélés fort peu doués eux-mêmes en terme de rigueur, de cohérence et de fiabilité dans leurs politiques d'aide internationale.
Les formalités exigées par les pays donateurs accaparent de plus en plus de temps et d'énergie de la part des ressources humaines des pays bénéficiaires. Les dernières conditions de prêts imposées par la Banque mondiale à l'Éthiopie commandent, par exemple,en moyenne 80 changements de politique par an.
Le fait de remplir toutes les conditions requises n'empêche pas le tiers de l'aide promise d'arriver avec un retard de parfois un an. Plus de 70 % des programmes d'aide ont un horizon de trois ans ou moins, alors qu'il en faut six à un enfant pour faire son primaire. Quant aux règles d'attribution, elles ne sont pas toujours désintéressées alors que 30 % de l'aide des pays du G7 s'accompagne de l'obligation d'acheter des biens et services auprès des pays donateurs, qu'Israël est l'un des principaux récipiendaires de l'aide américaine, ou que l'aide est de plus en plus liée à la guerre contre le terrorisme.
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