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Noranda dans la mire de la Chine

Gérard Bérubé   24 septembre 2004 22h26  Économie
Malmenée par la concurrence d’une économie, la Chine, assoiffée de métaux, Noranda pourrait finalement tomber entre les mains d’une société d’État... chinoise. Mise en vente l’été dernier, la plus importante compagnie minière au pays a indiqué hier entreprendre des négociations exclusives avec China Minmetals. Si elle se concrétisait, la transaction, qui s’appuie actuellement sur une valeur boursière de 6,7 milliards de dollars, ferait de l’opération l’une des plus importantes de l’industrie minière au Canada.

Détenue par la société de portefeuille Brascan, qui retient une participation de 43 % dans un actionnariat autrement diffus, Noranda a été officiellement mise en vente en juin dernier dans le cadre d’une opération de recentrage du holding torontois qui accordait peu de place aux activités minières. Un mois plus tard, on apprenait que quatre prétendants avaient frappé à la porte de l’actionnaire de contrôle. Quatre multinationales, dont une société australienne, une américaine, une brésilienne et China Minmetals, se sont lancées dans la course, l’acquéreur qui semblait être favorisé alors étant la brésilienne Companhia Vale do Rio Doce. Mais un mois plus tard également, il ressortait que l’offre de la société chinoise était supérieure, oscillant autour de six milliards, contre 5,4 milliards pour celle de la brésilienne.

Par voie de communiqué hier, Noranda a confirmé cette avancée en précisant que Noranda, China Minmetals et Brascan «avaient entamé des négociations exclusives portant sur une proposition préliminaire de Minmetals en vue d’acquérir 100 % des actions ordinaires en circulation de Noranda». Sans plus de détails, il est indiqué que cette proposition préliminaire comprend une légère prime par rapport au cours récent. Cette action a clôturé hier à 22,14 $, en baisse de 46 ¢. Elle s’échangeait à 22 $ au moment de sa mise en vente, dont l’annonce a momentanément ajouté 2 $ au cours du titre.

«La proposition de Minmetals consiste essentiellement en liquidités, de même qu’en une distribution aux actionnaires de certains avoirs de Noranda reliés principalement au secteur de l’aluminium», a ajouté le géant minier canadien. On prend toutefois soin d’ajouter que la proposition préliminaire «ne revêt pas un caractère obligatoire et qu’il ne peut y avoir aucune assurance que la transaction ira de l’avant».

La firme chinoise, qui affiche des revenus de 11 milliards $US, contre 4,7 milliards $US pour Noranda, a déclaré qu’«en comptant sur la gestion, l’expertise, la technologie et les opérations mondiales de cuivre, de nickel et de zinc de la Noranda, nous avons la possibilité de jouer un rôle encore plus important au sein de l’industrie des métaux de base à travers le monde».

Avec ses 15 000 employés répartis dans 18 pays, Noranda se spécialise dans le domaine du cuivre et du nickel tout en possédant des investissements dans les secteurs du zinc et de l’aluminium. Elle détient également une participation de 59 % dans le géant canadien du nickel Falconbridge. Au Québec, et quoiqu’elle évolue en mode désinvestissement ici, Noranda est l’un des plus importants intervenants dans l’industrie des métaux de base. Elle exploite une mine de zinc à Matagami et une mine de nickel à Raglan (par l’entremise de Falconbridge). Elle exploite également une fonderie de cuivre à Rouyn-Noranda et deux affineries (de cuivre et de zinc) dans le Grand Montréal.

Son portefeuille abrite également une participation de 80 % dans Magnola, la part de 20 % restante revenant à la Société générale de financement du Québec. Cette usine, qui produit du magnésium à partir de résidus d’amiante, a été mise en veilleuse l’an dernier en raison d’un marché inondé par du magnésium à bas prix venant de Chine.

Avec la mise en vente de son bloc en juin dernier, Brascan mettait un terme à plusieurs années de rumeurs et confirmait que Noranda n’était plus un placement stratégique pour une société holding désirant se concentrer dans les secteurs de la finance, de l’immobilier et de l’électricité. Au moment où elle posait l’écriteau «à vendre», la conjoncture faisait ressortir une reprise des prix des métaux de base après deux années de déprime dans un contexte où les entreprises nord-américaines subissaient les pressions de pays à bas coûts de main-d’oeuvre comme la Chine et le Brésil. La réalité fait également ressortir une rareté de nouvelles sources d’approvisionnement alors que la demande est grandissante, notamment en raison de la forte croissance économique chinoise.






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