Le président de la Lloyd's en entrevue - Le Canada est mal assuré contre le terrorisme
Photo : Jacques Nadeau
Peter Levene est le premier président de la Lloyd’s en 314 ans d’histoire à ne pas venir du monde de l’assurance.
Le Canada ne pourra pas faire éternellement bande à part en matière de partage avec les compagnies d'assurances de la responsabilité financière en cas d'attaque terroriste, estime le président de la Lloyd's de Londres.
«Au Canada, malgré les messages de Ben Laden selon lesquels le pays serait dans la mire des terroristes, aucun programme fédéral du genre n'a été mis en place», a déploré Lord Peter Levene lors d'une allocution présentée devant le Cercle canadien de Montréal.
Les gouvernements des autres grands pays, dont les États-Unis, la France, l'Allemagne, l'Espagne et l'Australie, se sont pourtant tous officiellement engagés, depuis le 11 septembre 2001, à assumer une part des pertes qui seraient subies lors d'une éventuelle attaque terroriste, a-t-il poursuivi. Aux prises, après la tragédie du World Trade Center, avec de vastes projets de développement économique paralysés faute de compagnie pour les assurer, Washington a accepté d'assumer 90 % des risques, laissant aux compagnies d'assurances la responsabilité de payer la première tranche de 10 %.
«Bien sûr, l'impact économique de la menace terroriste semble moins grand ici qu'aux États-Unis», a reconnu Lord Levene, et l'on n'y signale toujours pas de cas de secteur économique bloqué par manque de police d'assurance. Les sondages n'en révèlent pas moins que 35 % des chefs d'entreprise canadiens disent craindre les attentats terroristes, contre 27 % aux États-Unis.
«Le terrorisme est donc ici un plus grand tourment, peut-être à cause de l'absence d'une solution garantie par l'État», a-t-il avancé. Les entreprises savent en tout cas combien les polices d'assurances contre le terrorisme «sont difficiles à trouver en encore plus difficiles à payer» au Canada.
Cette situation est d'autant plus absurde que l'on sait parfaitement «qu'en cas d'actes terroristes majeurs les compagnies privées seraient financièrement incapables d'assumer seules la facture et que, au bout du compte, les gouvernements devraient d'une manière ou d'une autre l'assumer», a-t-il ajouté en conférence de presse après son discours.
L'heure des changements
Les attentats du 11 septembre ne rappellent pas seulement les gouvernements à leur devoir, avait expliqué Peter Levene en entrevue plus tôt au Devoir. Ils forcent aussi l'industrie de l'assurance, ainsi que l'ensemble des entreprises en général, à mieux prendre la mesure des risques qui les entourent.
Premier président de la Lloyd's en 314 ans d'histoire à ne pas venir du monde de l'assurance, cet homme d'affaires devenu tour à tour conseiller du premier ministre conservateur John Major et banquier raconte la surprise qu'il a eue d'apprendre, il y a 18 mois, comment l'industrie fixait le prix de ses services. C'est que la hausse brutale des primes rendue nécessaire pour le remboursement des dommages causés par l'effondrement des tours jumelles de Manhattan et le réajustement général de prix n'étaient pas une première.
«Je me suis rendu compte que l'industrie avait l'habitude d'attendre de connaître, tous les quatre ou cinq ans, de grandes pertes avant de rajuster ses prix. Quand je suis arrivé, j'ai demandé pourquoi? On m'a regardé comme si j'étais un imbécile.»
Toujours est-il que les prix lui semblent, aujourd'hui, mieux adaptés au degré de risque que doivent assumer les compagnies d'assurances et que si les quelque 66 sociétés spécialisées regroupées sous la marque d'assurance Lloyd's ont toujours pour devise d'assurer absolument tout ce qui peut l'être, on ne devrait jamais, selon lui, accepter de le faire à n'importe quel prix.
«Nous sommes tout à fait différents de tous les autres secteurs économiques», explique dans un excellent français le président de la Lloyd's dont le siège social au pays se trouve depuis 70 ans à Montréal. «Nous, nous ne craignons pas les sinistres. Ce sont nos affaires. S'il n'y en avait pas, nous n'existerions pas. Mais il faut être réaliste dans la fixation des prix.»
Dangers devant
Cette discipline lui apparaît d'autant plus nécessaire que l'industrie sera appelée à l'aide pour faire face à bien d'autres sinistres que les habituels incendies, tremblements de terre ou inondations. Il y a évidemment le terrorisme dont la menace n'est pas près de cesser de planer et dont les méfaits ne font pas que détruire des vies et des bâtiments, mais entraînent aussi pour les entreprises d'importantes pertes d'exploitation.
Il pense aussi à la protection des «actifs intemporels» tels que les informations contenues sur les disques d'ordinateurs, les droits de propriété intellectuelle ou encore l'image de marque d'une compagnie qui constituent souvent, à notre époque, les principaux avoirs d'une entreprise. Il y a les cas de fraudes qui, depuis Enron, Tyco et CINAR, font trembler les conseils d'administration. Il y a l'habitude des Américains de recourir aux tribunaux au moindre prétexte qui leur coûte chaque année 1000 $ par habitant, ou l'équivalent d'un impôt de 5 %, et qui fait de plus en plus tâche d'huile ailleurs dans le monde.
«Les gens ont souvent l'impression que les compagnies d'assurances sont assises sur des montagnes d'argent, alors qu'elles ne font que gérer le risque de sinistres. Et ce genre de comportement ne fait qu'en augmenter l'ampleur.»
Implantée dans plus de 190 pays, la Lloyd's réalise plus du tiers de son chiffre d'affaires de 26 milliards $US aux États-Unis. Viennent ensuite le Royaume-Uni et, en troisième position, le Canada avec un chiffre d'affaires d'un milliard. Numéro un dans le domaine de l'assurance spécialisée, la compagnie assure aussi bien les entreprises elles-mêmes que les assureurs (réassurance).
«Au Canada, malgré les messages de Ben Laden selon lesquels le pays serait dans la mire des terroristes, aucun programme fédéral du genre n'a été mis en place», a déploré Lord Peter Levene lors d'une allocution présentée devant le Cercle canadien de Montréal.
Les gouvernements des autres grands pays, dont les États-Unis, la France, l'Allemagne, l'Espagne et l'Australie, se sont pourtant tous officiellement engagés, depuis le 11 septembre 2001, à assumer une part des pertes qui seraient subies lors d'une éventuelle attaque terroriste, a-t-il poursuivi. Aux prises, après la tragédie du World Trade Center, avec de vastes projets de développement économique paralysés faute de compagnie pour les assurer, Washington a accepté d'assumer 90 % des risques, laissant aux compagnies d'assurances la responsabilité de payer la première tranche de 10 %.
«Bien sûr, l'impact économique de la menace terroriste semble moins grand ici qu'aux États-Unis», a reconnu Lord Levene, et l'on n'y signale toujours pas de cas de secteur économique bloqué par manque de police d'assurance. Les sondages n'en révèlent pas moins que 35 % des chefs d'entreprise canadiens disent craindre les attentats terroristes, contre 27 % aux États-Unis.
«Le terrorisme est donc ici un plus grand tourment, peut-être à cause de l'absence d'une solution garantie par l'État», a-t-il avancé. Les entreprises savent en tout cas combien les polices d'assurances contre le terrorisme «sont difficiles à trouver en encore plus difficiles à payer» au Canada.
Cette situation est d'autant plus absurde que l'on sait parfaitement «qu'en cas d'actes terroristes majeurs les compagnies privées seraient financièrement incapables d'assumer seules la facture et que, au bout du compte, les gouvernements devraient d'une manière ou d'une autre l'assumer», a-t-il ajouté en conférence de presse après son discours.
L'heure des changements
Les attentats du 11 septembre ne rappellent pas seulement les gouvernements à leur devoir, avait expliqué Peter Levene en entrevue plus tôt au Devoir. Ils forcent aussi l'industrie de l'assurance, ainsi que l'ensemble des entreprises en général, à mieux prendre la mesure des risques qui les entourent.
Premier président de la Lloyd's en 314 ans d'histoire à ne pas venir du monde de l'assurance, cet homme d'affaires devenu tour à tour conseiller du premier ministre conservateur John Major et banquier raconte la surprise qu'il a eue d'apprendre, il y a 18 mois, comment l'industrie fixait le prix de ses services. C'est que la hausse brutale des primes rendue nécessaire pour le remboursement des dommages causés par l'effondrement des tours jumelles de Manhattan et le réajustement général de prix n'étaient pas une première.
«Je me suis rendu compte que l'industrie avait l'habitude d'attendre de connaître, tous les quatre ou cinq ans, de grandes pertes avant de rajuster ses prix. Quand je suis arrivé, j'ai demandé pourquoi? On m'a regardé comme si j'étais un imbécile.»
Toujours est-il que les prix lui semblent, aujourd'hui, mieux adaptés au degré de risque que doivent assumer les compagnies d'assurances et que si les quelque 66 sociétés spécialisées regroupées sous la marque d'assurance Lloyd's ont toujours pour devise d'assurer absolument tout ce qui peut l'être, on ne devrait jamais, selon lui, accepter de le faire à n'importe quel prix.
«Nous sommes tout à fait différents de tous les autres secteurs économiques», explique dans un excellent français le président de la Lloyd's dont le siège social au pays se trouve depuis 70 ans à Montréal. «Nous, nous ne craignons pas les sinistres. Ce sont nos affaires. S'il n'y en avait pas, nous n'existerions pas. Mais il faut être réaliste dans la fixation des prix.»
Dangers devant
Cette discipline lui apparaît d'autant plus nécessaire que l'industrie sera appelée à l'aide pour faire face à bien d'autres sinistres que les habituels incendies, tremblements de terre ou inondations. Il y a évidemment le terrorisme dont la menace n'est pas près de cesser de planer et dont les méfaits ne font pas que détruire des vies et des bâtiments, mais entraînent aussi pour les entreprises d'importantes pertes d'exploitation.
Il pense aussi à la protection des «actifs intemporels» tels que les informations contenues sur les disques d'ordinateurs, les droits de propriété intellectuelle ou encore l'image de marque d'une compagnie qui constituent souvent, à notre époque, les principaux avoirs d'une entreprise. Il y a les cas de fraudes qui, depuis Enron, Tyco et CINAR, font trembler les conseils d'administration. Il y a l'habitude des Américains de recourir aux tribunaux au moindre prétexte qui leur coûte chaque année 1000 $ par habitant, ou l'équivalent d'un impôt de 5 %, et qui fait de plus en plus tâche d'huile ailleurs dans le monde.
«Les gens ont souvent l'impression que les compagnies d'assurances sont assises sur des montagnes d'argent, alors qu'elles ne font que gérer le risque de sinistres. Et ce genre de comportement ne fait qu'en augmenter l'ampleur.»
Implantée dans plus de 190 pays, la Lloyd's réalise plus du tiers de son chiffre d'affaires de 26 milliards $US aux États-Unis. Viennent ensuite le Royaume-Uni et, en troisième position, le Canada avec un chiffre d'affaires d'un milliard. Numéro un dans le domaine de l'assurance spécialisée, la compagnie assure aussi bien les entreprises elles-mêmes que les assureurs (réassurance).
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