Les baisses d’impôt de Trump ne sont pas la voie à suivre

Le Canada dispose aussi d’une main-d’œuvre formée et compétente.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Canada dispose aussi d’une main-d’œuvre formée et compétente.

La meilleure façon pour le Canada de se défendre contre les baisses d’impôt de Donald Trump n’est pas de l’imiter, mais de se concentrer plutôt sur des facteurs plus fondamentaux de sa compétitivité économique, estiment des économistes.

 

À l’instar de l’incertitude entretenue par le climat délétère qui entoure la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), les récentes baisses d’impôt du gouvernement Trump risquent de détourner des investisseurs du Canada vers les États-Unis, observent les économistes Derek Burleton et Brian DePratto de la Banque TD dans une analyse publiée mardi. Cela n’ira probablement pas jusqu’à un exode brutal, disent-ils, mais le Canada s’expose tout de même à une « saignée à long terme des capitaux vers le sud de la frontière ».

 

Bien que la grande partie des baisses d’impôt votées en décembre par le Congrès, et estimées à 1500 milliards $US sur 10 ans, s’appliquera non seulement aux entreprises, mais aussi aux particuliers, il ne devrait pas y avoir à craindre une fuite des cerveaux, disent les économistes. Notamment parce que les individus sont moins mobiles que les capitaux, que ces baisses pour les ménages se concentreront sur les plus riches et que leurs impôts aux États-Unis étaient déjà nettement plus bas qu’au Canada.

 

La situation est différente du côté des entreprises, expliquent Burleton et DePratto. La réduction, par le gouvernement fédéral américain, du taux nominal d’imposition de 35 % à 21 %, l’introduction de nouvelles déductions fiscales et le changement des règles s’appliquant sur les profits à l’étranger ont effacé d’un coup, et même légèrement renversé, l’avantage concurrentiel que le Canada s’était lui-même donné à coups de baisses d’impôt à partir du milieu des années 2000.

 

Plus que les impôts

 

Des facteurs viendront toutefois modérer le nouvel avantage que se sont donné les États-Unis, note l’étude de la TD. L’impact des baisses d’impôt sur la croissance américaine risque, entre autres, d’être limité en raison du fait que l’économie tourne déjà à plein régime. On sait déjà aussi que ces baisses d’impôt massives mettent le gouvernement américain dans une position financière impossible et qu’il devra, à terme, se résoudre soit à remonter ses impôts, soit à sabrer ses dépenses, ou les deux. Et puis, le niveau des impôts n’est pas le seul facteur dont tiennent compte les investisseurs.

 

Lorsqu’on regarde l’ensemble des coûts, notamment ceux en santé, le Canada reste bien moins cher pour les entreprises que les États-Unis. Il dispose aussi d’une main-d’oeuvre formée et compétente et se démarque de plus en plus de son voisin américain pour sa capacité d’accueil de travailleurs immigrants, eux aussi, plus éduqués que la moyenne.

 

À l’approche du dévoilement des budgets fédéral et provinciaux, les gouvernements doivent éviter la solution « simpliste » de vouloir répondre aux baisses d’impôt massives aux États-Unis par des baisses d’impôt équivalentes, préviennent Burleton et DePratto. Des programmes, par exemple, d’aide aux entreprises pour la formation de leur main-d’oeuvre en matière de nouvelles technologies leur « en donneraient plus pour leur argent ».

 

Plus généralement, le meilleur service que les gouvernements peuvent rendre au Canada est de commencer par s’assurer qu’ils n’ajoutent pas des contraintes inutiles aux entreprises, que leurs finances sont solides à long terme et que leurs politiques sont adaptées aux réalités locales et au contexte économique. Et plutôt que de « baisser » le niveau général des impôts, ils pourraient essayer de les « améliorer » en réduisant ceux qui nuisent le plus à la croissance (impôt des entreprises) en échange d’une augmentation de ceux qui nuisent moins (taxes à la consommation).