Twitter dégage le premier bénéfice de son histoire

Les revenus de la compagnie se sont engraissés de 2 % à 732 millions $US.<br />
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Photo: ?Richard Drew Associated Press Les revenus de la compagnie se sont engraissés de 2 % à 732 millions $US.

 

Twitter a surpassé les attentes prudentes de Wall Street quand il a généré au premier trimestre les premiers profits de son histoire, mais cela ne suffira pas à régler de sitôt les problèmes qui l’affligent.

La compagnie n’est pas la seule à devoir composer avec une utilisation malicieuse de son service, des faux comptes ou les tentatives d’agents russes de propager de fausses informations. Mais à cela on doit ajouter une porte tournante de dirigeants et un bassin stagnant d’utilisateurs, et plusieurs se demandent maintenant qui tient la barre du navire.

Chaque fois que Twitter s’attaque à un problème, ou bien sa réponse est jugée inadéquate, ou bien une autre situation fait surface.

« Avec ces problèmes, ils jouent à Whack-A-Mole [NDLR : ce jeu d’arcade où l’on tape sur la tête d’une taupe avec un marteau] », a illustré Michael Connor, dont le groupe Open Mic aide les investisseurs à faire pression sur les entreprises technologiques. « Ils disent que le problème est maîtrisé, mais ils ne savent pas exactement quel est le problème. »

Le bassin d’utilisateurs de Twitter stagne, même si l’utilisation effrénée qu’en fait le président Donald Trump retient l’attention de la planète. Twitter doit attirer les internautes face à des rivaux plus musclés, comme Facebook, ou plus jeunes, comme Snapchat et Instagram.

La compagnie a dévoilé jeudi qu’elle comptait en moyenne 330 millions d’utilisateurs actifs pendant les trois derniers mois de l’année dernière, soit le même nombre que pendant le trimestre précédent et en deçà des 333 millions d’utilisateurs prédits par Wall Street.

Les revenus de la compagnie se sont engraissés de 2 % à 732 millions $US, tandis que les analystes interrogés par la firme FactSet anticipaient des recettes trimestrielles de 687 millions $US.

Son bénéfice net — le premier de son histoire — s’est chiffré à 91 millions $US, soit 12 ¢US par action. Son bénéfice ajusté s’est établi à 19 ¢US par action, surpassant la prédiction de 14 ¢US par action des analystes.

Ce trimestre représente « une bouffée d’air frais pour des investisseurs qui attendent patiemment ce revirement après des années de douleur », a écrit l’analyste Daniel Ives, de la firme GBH Insights.

Plusieurs défis attendent néanmoins Twitter. M. Connor a dit que, si les investisseurs ne souhaitent pas microgérer Twitter, ils s’attendent au moins à ce que la compagnie démontre que ses principaux dirigeants sont prêts à les relever.

Comme Google et Facebook, des représentants de Twitter ont participé l’automne dernier aux audiences organisées par le gouvernement américain pour étudier comment la Russie a utilisé les réseaux sociaux pour interférer avec l’élection présidentielle. Lors d’une audience distincte, un expert du terrorisme, Clint Watts, a dit que Google et Facebook devancent Twitter quand vient le temps d’éradiquer le contenu extrémiste. Il a expliqué que Twitter se fie trop à la technologie, et pas suffisamment aux renseignements antérieurs sur une menace ou à la collaboration d’experts indépendants.

Twitter doit aussi composer avec les commentaires haineux de suprémacistes blancs et autres. La compagnie a instauré de multiples nouvelles règles, mais le principal défi sera d’assurer qu’elles sont respectées.

Le groupe de M. Connor a récemment aidé deux groupes importants d’investisseurs de Twitter et de Facebook à présenter des résolutions qui leur demandent de faire preuve de plus de responsabilité face aux fausses nouvelles, à l’utilisation malicieuse du service et au discours haineux. Les investisseurs réclament aussi plus de détails concernant l’ampleur du problème et la manière dont les compagnies comptent les régler. Les entreprises n’ont pas encore répondu formellement.

Il y a aussi le problème des comptes automatisés déguisés pour ressembler aux comptes d’individus réels. Dans les jours qui ont suivi la publication par le New York Times d’un reportage sur les marques et les vedettes qui achètent de fausses retransmissions de leurs gazouillis et de faux adeptes, certains utilisateurs bien en vue de Twitter ont collectivement perdu plus d’un million d’amis — ce qui laisse croire que Twitter ne savait rien du problème ou qu’il ne s’en est pas occupé avant que la situation soit dénoncée.

Faux comptes

Twitter avait annoncé en juin qu’il redoublerait d’efforts pour éliminer les faux comptes. La compagnie dit croire que moins de 5 % de ses utilisateurs actifs chaque mois sont des imposteurs, mais le New York Times mentionne un rapport qui évoque plutôt 15 % de faux utilisateurs.

Les créateurs de ces faux comptes se font de plus en plus ingénieux pour contourner les mesures de Twitter. L’analyste Erna Alfred Liousas, de la firme Forrester Research, explique que cela est très problématique pour les annonceurs, qui ne savent plus à combien de gens ils s’adressent.

Le directeur de l’exploitation de Twitter, Anthony Noto, avait annoncé le mois dernier qu’il quitterait la compagnie après la publication des résultats de jeudi. Il occupait aussi le poste de directeur financier jusqu’en juillet dernier. Il jouait un rôle de premier plan chez Twitter et avait piloté son incursion dans le domaine de la vidéo en direct.

Son poste n’a pas été pourvu, Twitter se contenant d’expliquer que ses responsabilités seraient réparties entre d’autres patrons.

« Maintenant qu’il est parti, qui gère la compagnie ? » a demandé l’analyste Michael Pachter, de la firme Wedbush.

Techniquement, c’est le chef de la direction, Jack Dorsey. Mais M. Dorsey est aussi aux commandes de la firme de paiements Square. Twitter ne profite donc pas de « la pleine attention de Jack », selon M. Pachter, qui ajoute que M. Dorsey gère Twitter avec une « autocratie bienveillante » qui ne laisse pas beaucoup de place à l’innovation.

En comparaison, poursuit-il, Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, « n’a pas peur si on modifie son bébé, son invention, pour le rendre meilleur », même si au bout du compte M. Zuckerberg a le dernier mot.

Twitter n’a pas voulu faire de commentaires. Mais lors d’une conférence tard l’an dernier, M. Dorsay a dit que ce n’est pas une question « du temps que je consacre à une chose, mais comment j’utilise ce temps et ce à quoi nous nous attardons ».