Quand Bombardier pourra-t-elle livrer ses appareils CSeries à Delta?

La chaîne d’assemblage du CS100, à Mirabel, en 2015
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La chaîne d’assemblage du CS100, à Mirabel, en 2015

Se pourrait-il que Bombardier rate l’échéance prévue en avril pour la livraison des appareils CSeries auprès de Delta, le client américain sur lequel Boeing s’est basé pour déclencher sa guerre commerciale ? Selon le magazine spécialisé Aviation Week, référence en matière d’actualité aérospatiale, voilà le scénario qui a été confirmé mercredi par un haut placé de Bombardier au salon aéronautique de Singapour.

 

« Le moment de nos livraisons à Delta aura un impact significatif sur l’allure de la production en 2019 », a dit le vice-président principal aux ventes de Bombardier Avions commerciaux, Colin Bole, lors d’un entretien publié par Aviation Week.

 

Ces propos surviennent trois semaines après que Delta a reconnu la possibilité d’un retard dans le calendrier de livraison. La compagnie a dû investir dans l’entretien de certains appareils, comme le MD88, pour les garder un peu plus longtemps.

 

Selon des perspectives diffusées en décembre 2017, la compagnie pense livrer cette année 40 appareils CSeries, qui sont assemblés à Mirabel. Son carnet de commandes prévoit pour l’instant 372 appareils.

 

Bombardier gère son « calendrier de livraisons de manière proactive, selon les besoins de ses clients », a indiqué par courriel un porte-parole, Simon Letendre. « Les négociations commerciales entre Bombardier et ses clients sont de nature confidentielle. Quant aux livraisons d’avions CSeries, ce sera sans doute un des thèmes abordés à l’occasion de la diffusion de nos résultats du quatrième trimestre et de l’exercice 2018 le 15 février. »

 

Le contrat avec Delta, annoncé au début de 2016, porte sur une commande ferme pour 75 appareils CS100, le plus petit modèle de la famille CSeries. Au prix du catalogue, l’entente était évaluée à 5,6 milliards, quoique plusieurs observateurs aient mentionné que le prix final est d’ordinaire inférieur au prix suggéré.

 

Cette entente a été reprise par Boeing en 2017 pour alléguer que, si Bombardier a pu décrocher ce contrat avec Delta — et lui offrir des « prix dérisoires », selon l’expression utilisée par la compagnie de Seattle —, c’est grâce à l’appui financier des gouvernements.

 

Pendant que les autorités américaines s’affairaient à traiter la plainte de Boeing, Bombardier a cédé 51 % du programme CSeries à Airbus, grand rival européen de Boeing. Pour Bombardier, l’intégration avec Airbus est la « priorité » ces jours-ci, a dit M. Boles.

 

Airbus compte construire une ligne d’assemblage sur ses terrains en Alabama, une manoeuvre tactique qui aurait pu, croit-elle, permettre de contourner les droits tarifaires de 292 % imposés sur les avions CSeries.

 

Construits aux États-Unis ou au Canada ?

 

Cela dit, Delta n’aurait pas encore pris une décision quant à la possibilité de prendre livraison d’avions construits au Canada plutôt qu’à partir de la nouvelle ligne, a dit M. Bole à Aviation Week. Dès le feu vert officiel, la ligne en Alabama pourrait être en fonction dans un délai de 12 mois, selon lui.

 

Annoncés à la fin de 2017 par le département du Commerce américain, les droits ont été invalidés le mois dernier par la Commission internationale du commerce des États-Unis (USITC), un revers cuisant pour Boeing.

 

Parmi les arguments présentés par les opposants à la plainte figure celui selon lequel Boeing n’a pas subi de préjudice puisque le constructeur ne fabrique aucun avion de la même taille que ceux de la CSeries et qu’aucun avion n’a encore été livré aux États-Unis.