La glissade de Wall Street prend des proportions émotives

John Parisi et Michael Gagliano ont observé lundi la chute des indices boursiers à la Bourse de New York.
Photo: Richard Drew Associated Press John Parisi et Michael Gagliano ont observé lundi la chute des indices boursiers à la Bourse de New York.

La glissade de Wall Street la semaine dernière a pris des proportions émotives lundi. La correction boursière tant appelée depuis un an a pris le relais de cette complaisance ayant conduit les principaux indices à leur sommet historique, sur fond de hausse des taux d’intérêt à des niveaux critiques.

Les principaux indices américains, S&P 500 en tête, se sont repliés de 4 % la semaine dernière. Ils ont encaissé une perte similaire en une seule séance, lundi. À un certain moment en cours de séance, l’indice symbolique de Dow Jones s’affichait en recul de 10 % depuis son sommet historique du 26 janvier.

« Ça faisait plus d’un an et demi, soit quelque 400 jours, que nous n’avions pas eu de correction de 5 % ou plus en Bourse. Il y avait beaucoup de complaisance », a commenté Éric Corbeil, économiste principal, Recherche économique et stratégie chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

« On avait perdu l’habitude de voir les indices accélérer du côté négatif », a déclaré à l’Agence France-Presse un vétéran de la place new-yorkaise.

La chute des indices américains s’est accélérée à partir de la mi-séance, avec un Dow Jones tombant de plus de 6 %, pour s’atténuer dans les minutes précédant la cloche. À la fermeture, le Dow comptabilisait un repli de 4,6 %, ou de 1175,21 points, à 24 345,75. Le S&P 500, plus représentatif, a perdu 4,1 %, ou 113,19 points, à 2648,94. Il s’agit de sa perte la plus élevée depuis août 2001, a indiqué l’agence Reuters. Le système de coupe-circuit, qui interrompt momentanément les échanges lorsque le S&P 500 chute de 7 % ou plus n’a cependant pas été activé.

À Toronto, l’indice composé S&P/TSX a affiché une perte moindre, de 1,7 %, à 15 334,81 points.

Au Japon, la Bourse de Tokyo a ouvert mardi en baisse de 4 %, emboîtant ainsi le pas à celle de New York. Une heure après l’ouverture, l’indice Nikkei perdait 5 %.

Afin d’illustrer la frénésie, l’indice VIX de volatilité du S&P 500 a bondi de 115,6 % lundi, ou de 20 points, pour toucher les 37,32. Cet « indice de la peur » évolue généralement entre 10 et 30 points. Au-dessus de 30, on entre en territoire émotif. L’émotivité prend alors le dessus sur le rationnel.

Tous ces aléas ont pour trame une remontée des taux d’intérêt aux États-Unis. Lundi, le taux baromètre à 10 ans des bons du Trésor américain a grimpé jusqu’à 2,88 %, touchant son plus haut niveau depuis 2014. Et cette pression haussière a été exacerbée par les données sur l’emploi américain publiées vendredi. Selon les chiffres du département du Travail, l’économie a créé 200 000 emplois nets en janvier. Et ce qui est bon pour l’économie n’étant pas nécessairement agréable à entendre pour Wall Street, les salaires ont progressé de 2,9 % sur 12 mois, affichant la poussée la plus rapide depuis la récession de 2008-2009. Pour les boursicoteurs, une telle augmentation est le signe précurseur d’une accélération de l’inflation et donc des taux d’intérêt, ouvrant la voie à une remontée potentiellement plus musclée et plus rapide que prévu des taux directeurs de la Réserve fédérale.

Saine correction

Éric Corbeil rappelle que l’histoire remontant au début des années 1990 montre que l’atteinte d’un sommet pour le taux à 10 ans des bons du Trésor américain est généralement annonciatrice d’un choc. « Nous avons présentement atteint ce niveau critique, dit-il. Avec cet endettement élevé, il faut de moins en moins de hausses des taux pour qu’il y ait impact. » L’économiste s’empresse toutefois d’ajouter que l’économie américaine dispose de la marge de manoeuvre nécessaire pour absorber cette hausse du loyer de l’argent. « Les données économiques demeurent bonnes et les profits des entreprises sont au rendez-vous. Nous ne sommes pas au début d’une correction majeure. »

Au-delà d’un douloureux ressenti à court terme, Jean Duguay parle également d’une saine correction en cours. « C’est normal, après toutes ces années de hausse. » Pour le premier vice-président, Gestionnaire principal, chez Gestion de placements, il faut un déclencheur à une sévère contraction des cours, et la hausse du loyer de l’argent pourrait jouer ce rôle. Mais pour l’heure, les fondements économiques demeurent sains, tant aux États-Unis qu’à l’échelle mondiale, et les taux d’intérêt directeurs ne font que retourner à l’équilibre.

Les chutes marquantes du Dow Jones

Voici les chutes les plus marquantes en une séance de cet indice symbolique. Ces baisses brutales sont exprimées en pourcentage pour mieux refléter la portée sur la Bourse.

28 octobre 1929 : jeudi noir, l’indice chute de 13 %.

19 octobre 1987 : lundi noir, l’indice perd 22,6 %.

14 avril 2000 : en réaction à l’éclatement de la bulle Internet, il recule de 5,7 %.

17 septembre 2001 : pour sa réouverture après les attentats du 11-Septembre, il perd 7,1 %.

29 septembre 2008 : subissant de plein fouet les conséquences de la crise des subprimes, il chute de 7 %.

8 août 2011 : le Dow Jones perd 5,2 % en réaction à la fois à l’aggravation de la crise de la dette en Europe et à la perte du triple A des États-Unis auprès de l’agence de notation Standard Poor’s.

24 juin 2016 : le Dow Jones perd 3,4 % au lendemain de la victoire par référendum des partisans de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.