Stratégie d’épargne et d’investissement

La planification de la retraite exige un plus gros effort qu’une simple contribution annuelle à un REER.
Photo: iStock La planification de la retraite exige un plus gros effort qu’une simple contribution annuelle à un REER.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Combien dois-je épargner en vue de ma retraite ? C’est la question que bien des gens se posent et à laquelle il ne s’avère pas toujours aisé de répondre. De manière générale, les professionnels du conseil financier estiment à 10 à 15 % du revenu brut annuel la somme à épargner chaque année en vue de la retraite.

 

Un chiffre à nuancer. Si vous bénéficiez d’un fonds de pension de l’employeur, il faut calculer les contributions à ce fonds dans votre 10 à 15 % et épargner par vous-même la différence. Si vous êtes travailleur autonome, les conseillers seront nombreux à vous suggérer d’épargner jusqu’à 20 % de votre revenu brut par année, puisque vous ne bénéficiez d’aucune contribution de l’employeur.

 

Le montant à épargner dépend aussi du type de retraite dont vous rêvez, de l’âge auquel vous souhaitez la prendre, du fait d’être propriétaire ou nom d’une maison, etc. « Cela ne s’improvise pas, prévient le planificateur financier de Brossard André Lacasse. Il faut faire un réel exercice de planification financière de la retraite. Les planificateurs financiers utilisent des logiciels sophistiqués pour jouer avec les chiffres, établir plusieurs scénarios et s’assurer que les prévisions sont solides. »

 

Parce qu’il est facile d’omettre un détail important, André Lacasse donne l’exemple de l’inflation. « Les gens calculent un budget en tenant compte de ce qu’ils auront à payer à la retraite, mais oublient que le coût de la vie augmente en moyenne de 2 à 2,5 % par année, dit-il. Résultat : ils manqueront de fonds. »

 

Imaginons que vous disposez à 60 ans d’assez d’épargne pour avoir un revenu de retraite équivalent à 70 % de votre salaire annuel. Avec un taux d’inflation de 2,5 %, à 70 ans votre revenu de retraite n’équivaudra plus qu’à 55 % de votre salaire, puis à 33 % de votre salaire à 90 ans, rappelle l’Autorité des marchés financiers. Vos investissements en pâtiront eux aussi. Si vous investissez 1 000 $par année pendant 30 ans, à un taux de rendement de 4 %, vous devriez accumuler 58 328 $. Mais soumise à un taux d’inflation annuel de 2,5 %, cette somme ne vaudra plus que 37 814 $, soit 35 % de moins.

 

La fortune appartient à ceux qui épargnent tôt

 

S’il y a un conseil qu’André Lacasse voudrait que les gens retiennent, c’est de commencer à épargner tôt, même en débutant avec de petits montants. « Cela fait tellement une grosse différence en bout de ligne ! » s’exclame-t-il.

 

Commencer tôt permet de bénéficier de l’intérêt composé. En effet, l’intérêt que vous rapporte un placement sur une année est réinvesti. Par exemple, si un placement de 10 000 $ à 2,5 % vous rapporte 250 $ en intérêt, il vaut donc 10 250 $ à la fin de l’année. L’année suivante, le 2,5 % d’intérêt s’applique sur cette somme de 10 250 $, pour un résultat final de 10 506,25 $, et ainsi de suite. Bénéficier de cette force pendant 35 ans plutôt que 20 ans, par exemple, fait une énorme différence.

 

« Beaucoup de gens attendent trop pour commencer à investir », confirme Laurie Therrien, planificatrice financière à la tête de Services financiers Therrien Alain, à Québec. Elle conseille d’en prendre l’habitude le plus tôt possible, puis d’ajouter les augmentations de salaire au fil des ans, plutôt que de les utiliser pour augmenter son train de vie. À ceux qui croient ne pas avoir assez d’argent pour épargner, elle suggère de consulter un professionnel pour établir un budget. En visualisant bien où l’on dépense notre argent, il est plus facile de dégager des montants à investir.

 

Elle propose aussi de privilégier l’épargne périodique automatisée, par paie ou par mois, plutôt que d’attendre à la fin de l’année pour investir « ce qui reste » à un REER ou à un CELI. Le risque est bien trop grand qu’il ne reste rien ! Si l’investissement se fait automatiquement chaque mois, on apprend à vivre avec un budget un peu moins gros.

 

Dans quoi investir ?

 

Opter pour un REER ou un CELI est un autre dilemme des épargnants.

 

Le REER permet de déduire la contribution de son revenu et donc de diminuer l’impôt cette année-là. L’impôt sera payé plus tard, lorsque des sommes seront retirées du REER. Un report particulièrement avantageux si votre taux d’imposition actuel est plus élevé que celui auquel vous serez soumis à la retraite. À l’inverse, si vous payez peu d’impôt ou prévoyez faire face à un taux d’imposition plus élevé à la retraite, le régime devient un peu moins intéressant. Notons que les REER des fonds de travailleurs offrent aussi un crédit d’impôt remboursable de 30 % pour le REER du Fonds de solidarité de la FTQ et de 35 % pour Fondactions CSN. Cela réduit de beaucoup les frais d’acquisition d’un REER.

 

Les contributions au CELI ne sont pas déductibles d’impôt, mais toutes les sommes s’y accumulent à l’abri du fisc. Autrement dit, vous pouvez par la suite retirer autant d’argent que vous voulez du CELI sans payer d’impôt. Ce véhicule est donc plus flexible que le REER.

 

« C’est notamment un bon véhicule pour placer des investissements à long terme axés sur la croissance, car le rendement sera libre d’impôt, ou des investissements plus sécuritaires en vue d’un projet à court ou moyen terme, comme acheter une maison ou démarrer une entreprise, puisque vous pouvez retirer l’argent quand vous le voulez », indique Laurie Therrien. Attention toutefois : la flexibilité du CELI est aussi un piège. Tentant, en effet, d’y piger pour payer la piscine ou le prochain voyage…

 

Par ailleurs, l’utilisation d’un REER et d’un CELI ensemble peut offrir une certaine flexibilité fiscale, ajoute André Lacasse. Par exemple, un retraité souhaitant obtenir 40 000 $ de revenu par année pourrait retirer 20 000 $ de son REER puis 20 000 $ de son CELI. Comme seuls les 20 000 $ provenant du REER seront imposables, il paiera au final peu ou pas d’impôt.

 

Reste à savoir quoi investir dans un REER ou un CELI. De manière très générale, les produits financiers se partagent entre ceux qui génèrent plus de rendement à long terme, mais présentent plus de risque (comme les actions), et les titres à revenus fixes, plus sécuritaires, mais moins profitables à long terme (comme les certificats de placement garanti ou les obligations). Les investisseurs doivent acquérir les deux, dans des proportions convenant à leurs objectifs financiers, à leur horizon de placement et à leur tolérance au risque.

 

La manière traditionnelle d’approcher cette répartition consiste à dire que plus un épargnant se trouve loin de l’âge de la retraite, plus il devrait choisir des produits axés sur la croissance. Si le marché baisse pendant un temps et que ses placements perdent de la valeur, il aura le temps de se refaire. Plus il approche de la retraite, plus il devrait miser sur des produits sécuritaires. « Cette équation tient moins bien la route de nos jours en raison de l’allongement de la vie, prévient André Lacasse. Les réserves devront durer trente ou même quarante ans. Il faut donc continuer à chercher de la croissance plus longtemps. »

 

Il met en garde aussi contre une mauvaise compréhension de la notion de risque. « Bien des gens choisissent des placements très sécuritaires, comme des certificats de placement garanti [CPG], en se croyant à l’abri du risque, illustre-t-il. Mais si votre CPG vous offre 0,8 % par année de rendement et que l’inflation est à 2 %, vous vous appauvrissez chaque année. Ça aussi, c’est un risque. »

 

Il conclut en rappelant que la pire erreur à faire est de ne pas avoir de plan précis. La planification de la retraite exige un plus gros effort qu’une simple contribution annuelle à un REER. Un épargnant averti en vaut deux !

Que penser du RVER ?

Le Régime volontaire d’épargne-retraite (RVER) est un régime offert par l’employeur. Ce dernier n’est pas obligé d’y cotiser et les employés peuvent s’en retirer. André Lacasse et Laurie Therrien sont unanimes : si l’employeur cotise, ne serait-ce que 1 %, sautez sur l’occasion. À l’inverse, s’il ne cotise pas, le RVER perd beaucoup de son intérêt. « Le RVER vous limite à un nombre très restreint de portefeuilles et à un seul gestionnaire, alors que si vous investissez auprès d’un planificateur financier ou d’une institution financière vous aurez un accès à un plus large éventail de produits financiers de qualité et à des conseils financiers », avance André Lacasse.

Ne pas oublier le REEE

Le Régime enregistré d’épargne-étude (REEE) est le grand oublié des régimes d’épargne enregistrés. Pourtant, il présente plusieurs avantages, dont les généreuses subventions fédérales et provinciales. Le gouvernement canadien ajoutera dans votre REEE l’équivalent de 20 % de votre cotisation (et jusqu’à 40 % de la première tranche de 500 $), pour un maximum de 600 $ par année. Québec ajoute 10 % de la somme cotisée, jusqu’à concurrence de 250 $ et pour certains une subvention additionnelle (droits accumulés dans les années précédentes) d’un maximum de 250 $. « Choisissez un REEE familial, car il permet de transférer des montants entre les enfants, et commencez dès la naissance », conseille Laurie Therrien. Notez que le REEE peut aussi être ouvert par un parent ou un ami.

Scénario 1

Âge au départ : 25 ans
Âge à la fin : 65 ans
Dépôt mensuel : 150 $
Rendement : 5 %
Total des dépôts : 72 000 $
Valeur accumulée : 222 379 $

Scénario 2

Âge au départ : 35 ans
Âge à la fin : 65 ans
Dépôt mensuel : 250 $
Rendement : 5 %
Total des dépôts : 90 000 $
Valeur accumulée : 203 844 $

Scénario 3

Âge au départ : 45 ans
Âge à la fin : 65 ans
Dépôt mensuel : 450 $
Rendement : 5 %
Total des dépôts : 108 000 $
Valeur accumulée : 182 612 $

Source : calculs réalisés avec le calculateur de la firme Placements Mackenzie