L’intelligence artificielle québécoise aura pignon sur rue à Montréal

Le secteur de l’intelligence artificielle québécois concentrera ses forces vives, tant en recherche fondamentale qu’en expérimentation technologique et commerciale, et en financement et développement d’entreprises.
Photo: iStock Le secteur de l’intelligence artificielle québécois concentrera ses forces vives, tant en recherche fondamentale qu’en expérimentation technologique et commerciale, et en financement et développement d’entreprises.

Le secteur de l’intelligence artificielle québécois disposera d’un « centre d’excellence mondial » à Montréal où se concentreront ses forces vives tant en recherche fondamentale qu’en expérimentation technologique et commerciale, et en financement et en développement d’entreprises.

« Nous sommes actuellement dans le peloton de tête dans le monde en intelligence artificielle, mais pour rester dans la course, il va falloir faire des choses différemment parce qu’on n’aura jamais les capitaux des Chinois ni des Américains », a déclaré lundi le coprésident du comité d’orientation pour la création de la grappe québécoise en intelligence artificielle, Pierre Boivin, lors d’un grand forum stratégique sur le sujet organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM).

La solution qui a été trouvée, a-t-il annoncé, est de lui donner pignon sur rue dans « un centre d’excellence mondial nouveau modèle » disposant de plus « d’un demi-million de pieds carrés » en ville où se retrouveront 160 chercheurs de l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal (MILA) de l’Université de Montréal, ainsi que leurs collègues de l’Université McGill.

S’ajouteront une vingtaine de laboratoires d’entreprises de toutes tailles ainsi que plusieurs autres compagnies oeuvrant en intelligence artificielle (IA), comme Element AI, fondée entre autres par la star du domaine, le directeur scientifique du MILA, Yoshua Bengio. Le monde de la finance sera également présent, la Banque Royale ayant même déjà réservé des locaux.

Inspirée d’expériences similaires en Ontario et dans les centres universitaires américains du MIT, à Boston, et de Stanford, à San Francisco, l’idée est de créer un écosystème favorisant la collaboration entre tous ces acteurs, a expliqué le président et chef de la direction de la firme d’investissement Claridge et ancien président de l’équipe de hockey Canadien. « Ça, ça va nous permettre de faire mieux et de faire plus vite qu’ailleurs au monde. »

Apprendre des erreurs du passé

Conscient de court-circuiter une future annonce plus officielle, Pierre Boivin s’est justifié par le fait qu’il ne fallait pas laisser passer la chance offerte par un événement auquel assistaient plus de 850 représentants des secteurs des affaires, de la recherche et des médias, dont au moins une centaine d’acteurs du milieu déjà associés au projet.

Le projet a enchanté son hôte. « C’est une excellente nouvelle », a déclaré au Devoir le président et chef de la direction de la CCMM, Michel Leblanc. Selon lui, l’idée a plus de chances de succès que l’ancien programme du gouvernement du Québec de Cité du commerce électronique.

« Avec la Cité du commerce électronique, on avait choisi un lieu en se disant qu’ils attireraient des gens de l’industrie. Cette fois-ci, il s’agit de donner un lieu favorisant les synergies à des centres de recherche, des entreprises et d’autres acteurs qui existent déjà et dont plusieurs sont même des leaders mondiaux dans le domaine. »

Organisé en plein Quartier de l’innovation, qui va du quartier Griffintown à celui de la Petite Bourgogne dans le sud-ouest de la ville, le forum sur l’IA de lundi a été à la fois l’occasion de redire combien le Québec et sa métropole sont aux avant-postes du secteur dans le monde, mais aussi l’ampleur des défis qui les attendent s’ils veulent s’y maintenir. Plusieurs intervenants ont dit espérer que le prochain géant mondial du secteur soit québécois.

Un Google québécois

« Le pire risque que l’on court est la complaisance », a prévenu d’entrée de jeu la ministre de l’Écononomie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade.

Les représentants de géants de l’informatique et d’Internet, tels que Google, Amazon, Microsoft, IBM, Ubisoft et Thales, sont venus expliquer que l’une des principales raisons qui les ont amenés à venir s’installer au Québec est son réservoir de talents ainsi que sa capacité d’en attirer de l’extérieur.

Mais pour avoir ses propres champions mondiaux, le Québec ne doit pas seulement compter sur l’aide des multinationales étrangères, a averti Yoshua Bengio.

Les entreprises québécoises devront développer leur « agilité, leur créativité et leur vitesse de réaction ». Elles devront aussi apprendre à courir des risques. « De ce côté, je nous trouve franchement un peu mous au Canada. »

Les entrepreneurs québécois, comme les investisseurs qui les appuient, devront aussi muscler leur niveau d’ambition, estime Pierre Boivin. C’est-à-dire viser le sommet, à l’instar des CGI et autres Couche-Tard du Québec, plutôt que de profiter de la première occasion venue de vendre l’entreprise et de toucher le pactole.

2 commentaires
  • Claude Coulombe - Abonné 17 janvier 2018 15 h 01

    Montréal, la montagne de l'IA

    C'est une belle initiative, mais à l'ère de la dématérialisation de l'économie, je crois qu'il serait opportun de doubler cette initiative de «briques et béton» d'une autre dans le monde virtuel qui nous permettrait de démultiplier la masse critique d'intelligence collective associée aux projets d'IA à Montréal. En effet, la masse critique de cerveaux bien préparés est la clé du succès. Je pense à une sorte réseau social / communauté de chercheurs mais aussi de scientifiques des données et d'informaticiens du monde entier qui pourraient être mis à contribution dans des projets basés à Montréal.

    Cela dit, la création de ce futur «Institut» est autre contribution à l'édification de la «montagne de l'IA» à Montréal! Il n'y a pas de raison pour que cela ne se passe pas aussi chez nous. Nous n'avons pas l'écosystème de la Silicon Valley, mais nous avons le savoir-faire, la créativité et une qualité de vie enviable. Mais ici, ce n'est pas une vallée, c'est une montagne que nous créerons! La montagne de l'intelligence artificielle!

  • Claude Coulombe - Abonné 17 janvier 2018 15 h 25

    Rappel! L'automobile électrique québécoise... une occasion manquée!

    Il fut un temps pas si lointain, au milieu des années 90, où le Québec avait le potentiel pour devenir le chef de file dans les automobiles électriques. Hydro-Québec avait entre autres des piles révolutionnaires et le fameux moteur-roue de M. Pierre Couture chercheur à l'IREQ dont plusieurs prévoient que les futures générations d'autos électriques seront équipées.

    Malheureusement, le projet de moteur-roue fut abandonné, Pierre Couture a démissionné, et les brevets sont probablement échus. Hydro a bradé le reste des technologies dans un manque de vision évident suivant l'adage « On est né pour un petit pain.». Il nous a sans doute manqué un entrepreneur, un Armand Bombardier ou un Elon Musk. Difficile à dire...

    Qui peut douter aujourd'hui que l'avenir du transport sera l'automobile électrique?
    Et l'intelligence artificielle est une autre oppportunité! Allons-nous la saisir?

    «Je me souviens» n'est-elle pas la devise du Québec? Il faudrait éviter de refaire les mêmes erreurs...