Hautement volatil et imprévisible, le bitcoin commence à intéresser les régulateurs

Le bitcoin s’échangeait hier à Londres autour des 16 000 dollars contre 11 159 au pire moment de son creux vendredi dernier.
Photo: Mark Lennihan Associated Press Le bitcoin s’échangeait hier à Londres autour des 16 000 dollars contre 11 159 au pire moment de son creux vendredi dernier.

Krach ? Correction ? Pause ? Nouveau départ ? Les analystes peinent à expliquer la forte et imprévisible volatilité de la monnaie virtuelle. L’économiste Mohamed A. El-Erian parle d’une trop grande exubérance irrationnelle et affirme que son heure de vérité a sonné.

Après une semaine chaotique, le bitcoin a repris son souffle mardi et a progressé de quelque 12 %, réduisant sa lourde chute de 30 %. Il s’échangeait hier à Londres autour des 16 000 dollars contre 11 159 au pire moment de son creux vendredi dernier. Son évolution depuis le début de l’année — de 1000 dollars en janvier à 19 660 dollars il y a dix jours — a fait l’objet de toutes les spéculations. D’autres monnaies virtuelles (ether, ripple, litecoin) ont évolué dans le même sens. De quoi inquiéter les autorités. Ainsi, régulateurs de marchés, banquiers centraux et analystes commencent à s’y intéresser de près.

 

La hausse foudroyante du bitcoin la semaine passée a donné des sueurs froides à la planète finance. Aux États-Unis, la bourse d’échange Coinbase, basée à Chicago, a suspendu ses opérations pendant quelques heures. Mais le premier cri d’alarme a été poussé il y a dix jours en Corée du Sud, à partir des rumeurs de piratage de Youbit, une plateforme d’échange de cryptomonnaies.

 

Flambée anormale

 

Le lendemain, Haruhiko Kuroda, gouverneur de la Banque du Japon, pays qui traite environ 40 % des échanges, a jugé la flambée du cours anormale. Enfin, il y a deux jours, Shmuel Hauser, le président de l’Autorité israélienne de régulation des marchés financiers, a annoncé qu’il proposerait d’interdire de cotation sur la bourse de Tel-Aviv les entreprises basées sur le bitcoin et d’autres monnaies numériques. Il a réitéré ses propos mardi, ajoutant que « le prix du bitcoin est une bulle et personne ne sait ce qu’il y a derrière ».

 

Par ailleurs, la France a déjà fait part de son intention de demander à la présidence du G20 d’organiser un débat au sommet d’avril 2018 sur la régulation du bitcoin. La Commission européenne et la Réserve fédérale américaine ont aussi exprimé des craintes liées aux monnaies virtuelles.

 

Interdiction de la Chine

 

Force est de constater qu’un seul pays, la Chine en l’occurrence, est passé à l’acte. Pékin a ordonné en septembre la fermeture des plateformes d’échange de toutes les cryptomonnaies sur son territoire.

 

Dans l’attente des décisions politiques, les analystes tentent de comprendre le phénomène des monnaies virtuelles, qui, pour certains, rappelle la bulle technologique. « Il n’y a pas d’explication particulière ; le cours du bitcoin a toujours été erratique, analyse un spécialiste cité par l’AFP. La cryptomonnaie reste un tout petit marché, et il suffit que quelques gros poissons vendent pour que le cours décroche. »

 

Jusqu’à présent, la place qu’occupent les monnaies virtuelles a été jugée en effet plutôt marginale. Comme l’explique Pierre-Antoine Dusoulier dans une chronique publiée dans Le Monde de lundi : « Pas plus de 1000 personnes sur cette planète maîtrisent réellement la technologie sous-jacente au bitcoin et aux autres cryptomonnaies. Ce sont des experts informatiques, pas des spécialistes financiers. Leur démarche ne semble relever d’aucune logique traditionnelle. Le bitcoin n’est pas une monnaie d’échange, ni un produit financier. »

 

Far West

Pas plus de 1000 personnes sur cette planète maîtrisent réellement la technologie sous-jacente au bitcoin et aux autres cryptomonnaies

 

Mais le manque de régulation ainsi que les montées et les chutes brutales de la monnaie ne laissent plus indifférent. D’autant plus que des contrats à terme permettant de parier sur la hausse ou la baisse viennent d’être lancés à Chicago. « Ce marché n’est pas régulé et ressemble aujourd’hui au Far West, poursuit le chroniqueur du Monde. Même sur les marchés réglementés, toutes sortes d’excès sont possibles, mais avec le bitcoin, les risques sont multipliés par 100. »

 

Mohamed A. El-Erian, principal conseiller économique chez Allianz, le premier assureur européen, et chroniqueur à l’agence Bloomberg, affirme que le moment de vérité pour le bitcoin est arrivé et que, désormais, les États doivent se sentir concernés par sa volatilité totalement imprévisible. Selon lui, l’avenir de cette monnaie, qui est restée marginale par rapport aux devises, dépendra de l’attitude des grandes institutions financières à son égard. Ces dernières pourraient lui donner une longue vie.

 

Mohamed A. El-Erian évoque une trop grande exubérance irrationnelle ; pour lui, cette monnaie attire déjà deux types d’investisseurs : ceux qui misent sur un placement à long terme et ceux qui achètent et vendent à court terme en spéculant sur les forces du marché. « Si cette monnaie s’ancre dans l’économie, les risques d’un krach seront mieux maîtrisés », a-t-il écrit lundi.