La Banque du Canada se prépare aux cyberattaques

Le niveau d’endettement élevé des ménages et la flambée du marché immobilier de certaines régions demeurent cependant les deux principales vulnérabilités que la Banque du Canada garde à l’œil.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le niveau d’endettement élevé des ménages et la flambée du marché immobilier de certaines régions demeurent cependant les deux principales vulnérabilités que la Banque du Canada garde à l’œil.

La Banque du Canada a demandé aux grands acteurs du système financier de se soumettre à des exercices visant à tester leur capacité à se défendre contre les cyberattaques ou à s’en remettre.

 

Ces exercices permettront à la banque centrale et aux responsables des principales plateformes de transactions entre les banques et autres institutions financières « de mettre en lumière les problèmes susceptibles d’avoir une incidence sur leur cyberrésilience et de prendre les moyens nécessaires pour y remédier », a expliqué l’institution mardi dans sa nouvelle édition de la Revue du système financier (RSF), publiée deux fois l’an.

 

Rarement évoquées par la Banque jusque-là, les « cybermenaces » sont apparues pour la première fois en juin dans la courte liste des quatre principales vulnérabilités du Canada. Elles y figurent encore cette fois-ci, même si la liste a été raccourcie à seulement trois éléments. De tous les scénarios catastrophes qu’envisage le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, celui d’une cyberattaque « est peut-être le plus inquiétant de tous », avouait-il en entrevue à La Presse canadienne le mois dernier. « Une cyberattaque réussie pourrait entraîner des répercussions à grande échelle et un effritement de la confiance dans le système financier, causant ainsi des dommages collatéraux qui iraient bien au-delà de la cible visée au départ », expliquait-on dans l’édition de juin de la RSF.

 

Outre la batterie de tests de résistance à laquelle on a demandé aux banques de se soumettre, on est entre autres en train de convenir de la façon de remettre rapidement sur pied le système de paiement entre les institutions bancaires s’il devait être victime d’une attaque. On prévoit même qu’en cas de panne prolongée ou de corruption de ses données, les principales banques canadiennes prennent temporairement sa relève en établissant entre elles un système de paiement de secours.

 

La Banque du Canada n’est pas la seule à se préoccuper de ces questions. La menace de cyberattaque figure depuis quelques années sur la liste des principaux risques mondiaux selon le Forum économique mondial de Davos. Selon la firme Verizon, le secteur financier est le troisième plus souvent attaqué avec 24 % des quelque 2000 cas signalés de données volées. Parmi les cas les plus connus, on peut citer le « cyberbraquage » de la banque centrale du Bangladesh l’an dernier et le vol, cette année, à la firme Equifax des données confidentielles de la moitié de la population américaine.

 

Une lente amélioration

 

Le niveau d’endettement élevé des ménages et la flambée du marché immobilier de certaines régions demeurent cependant les deux principales vulnérabilités que la Banque du Canada garde à l’oeil. « Bien que ces vulnérabilités restent importantes, l’amélioration de la conjoncture économique et les modifications apportées récemment aux politiques en matière de logement devraient contribuer à leur atténuation au fil du temps », a-t-elle noté mardi.

 

Il est vrai que le niveau d’endettement des ménages par rapport à leur revenu ne cesse d’augmenter, a-t-on admis. Mais le resserrement des règles hypothécaires des dernières années semble avoir contribué à améliorer la qualité des nouvelles hypothèques, où l’on observe notamment une diminution de la proportion d’emprunteurs qui arrivent avec des mises de fonds inférieures à 20 %. La situation devrait normalement continuer de s’améliorer, dit-on, avec l’entrée en vigueur, en janvier, d’une nouvelle règle obligeant les banques à toujours tenir compte de la capacité de leurs clients à résister à une hausse des taux d’intérêt avant de leur accorder une hypothèque.

 

La force de la demande et la difficulté d’y répondre suffisamment vite continuent de pousser à la hausse les prix des logements dans les marchés de Toronto et de Vancouver, convient également la Banque du Canada. Mais les nouvelles taxes imposées aux acheteurs étrangers et le resserrement des règles hypothécaires devraient cette fois aider à y contenir un peu la flambée des prix. On s’y félicite d’ailleurs de la baisse marquée de la proportion de ménages fortement endettés.

 

Il faudra cependant se montrer encore patient, a prévenu Stephen Poloz en conférence de presse mardi. « Ces vulnérabilités ont mis des années à se construire. Il faudra des années pour en venir à bout. »

1 commentaire
  • Simon Bissonnette - Abonné 29 novembre 2017 17 h 34

    Equifax

    On ne pourrait citer le vol de données chez Equifax sans commenter leur manque flagrant en sécurité informatique, malgré les avertissements (Source : 71e émission de crypto.quebec)! C'est un peu comme si on laissait une voiture débarrée au centre-ville avec des cartables remplis d'informations confidentielles. Oui, le voleur a illégalement ouvert la porte et volé l'information, mais Equifax avait une part de responsabilité par son laxisme menant à une abondance de failles de sécurité.