Le Québec champion de la lutte contre la pauvreté

La pauvreté a eu tendance à reculer au Québec, en raison principalement de politiques sociales plus généreuses à l’égard des familles avec enfants.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La pauvreté a eu tendance à reculer au Québec, en raison principalement de politiques sociales plus généreuses à l’égard des familles avec enfants.

Le Québec est le champion en matière de lutte contre la pauvreté au Canada, concluent des experts de McGill.

 

Le Canada a été le théâtre de deux phénomènes diamétralement opposés depuis au moins une vingtaine d’années. D’un côté, différentes mesures favorisant la pauvreté ont généralement suivi une trajectoire à la hausse en Ontario, en Colombie-Britannique et en Alberta, sous le coup notamment de politiques valorisant la logique du marché et le resserrement des dépenses publiques. De l’autre côté, la pauvreté a eu tendance, au contraire, à reculer au Québec, en raison principalement de politiques sociales plus généreuses à l’égard des familles avec enfants et de mesures comme la mise en place d’un réseau de garderies subventionnées, encourageant l’accès au marché du travail, rapporte une équipe de cinq experts pilotée par le sociologue de l’Université McGill Axel Van den Berg dans un ouvrage lancé lundi et intitulé : Combating Poverty. Quebec’s Pursuit of a Distinctive Welfare State.

 

L’écart grandissant s’observe pour toutes les mesures de pauvreté, y compris sous sa forme extrême. Le Québec réussit particulièrement bien pour les familles avec enfants dont les deux parents travaillent, avec seulement 2 % sous la mesure de faible revenu, contre 5 % en Ontario et plus de 12 % en Alberta. « Le Québec est aussi bon, en ce domaine, que les meilleurs pays d’Europe du Nord », a expliqué en entretien téléphonique au Devoir Axel Van den Berg, qui fait aussi la comparaison dans son livre avec les États-Unis, la France, les Pays-Bas et la Finlande. « Il fait bien aussi pour les familles monoparentales [13 %], mais son avantage est moins spectaculaire. » Il arrive par contre en queue de peloton en ce qui concerne les adultes seuls et sans enfants.

 

Le Québec est aussi l’endroit au Canada où une famille avec des enfants qui se retrouve dans la pauvreté a le plus de chance de s’en sortir au fil des ans.

 

Plus généreux, même après l’austérité

 

Cette belle performance du Québec s’explique sans doute par un niveau de dépenses sociales beaucoup plus important que dans les autres grandes provinces canadiennes. Déjà plus élevées que les autres dans les années 1990, ces dépenses ont continué d’augmenter durant les vingt années qui ont suivi en proportion de la taille de son économie, alors qu’elles faisaient, ailleurs, au mieux du surplace. Les dépenses publiques dans les programmes d’aide au revenu et de soutien à l’accès au marché du travail se sont élevées, par exemple, en 2011-2012, à l’équivalent de 6 % du produit intérieur brut au Québec, contre environ 4 % en Ontario, un peu moins en Colombie-Britannique et seulement 2 % en Alberta.

 

Encore une fois, cette plus grande « générosité » des politiques québécoises s’observe particulièrement pour les familles avec enfants, rappelle Axel Van den Berg. « On semble avoir décidé un jour de viser une sorte de modèle social-démocrate inspiré des pays nordiques. » Loin d’être passive, cette aide de l’État part du principe que le travail rémunéré est le moyen le plus efficace de sortir de la pauvreté et poursuit explicitement l’objectif d’encourager le retour ou le maintien dans le marché du travail.

 

Basée sur plusieurs données jusque-là inédites, la recherche de l’équipe de l’Université McGill s’arrête au début des années 2010. Sachant que la question allait tout de suite surgir, les chercheurs ont mis à jour quelques-uns de leurs chiffres pour voir si les politiques d’austérité du gouvernement québécois des dernières années étaient venues changer le portrait des choses. « Le Québec qu’on décrit dans le livre tient le coup, rapporte Axel Van den Berg. Les compressions du gouvernement Couillard n’ont presque pas affecté les programmes et leurs résultats. C’est assez logique, quand on y pense. Il n’y avait pas de grandes économies à y faire, contrairement à de grands postes de dépenses, comme la santé et l’éducation. »

 

Un modèle pour le reste du Canada

 

Occupé à préparer le lancement de son livre, le sociologue n’avait pas encore eu le temps de jeter un coup d’oeil au rapport d’experts commandé par Québec sur l’idée d’un revenu minimum garanti et également dévoilé lundi. « Nos propres recherches montrent, en tout cas, qu’il peut y avoir d’autres moyens efficaces de réduire la pauvreté. »

 

Certains feront valoir que le niveau d’endettement plus élevé du gouvernement du Québec montre que son modèle coûte cher et n’est peut-être pas viable à long terme, notent les auteurs du livre. D’un autre côté, les programmes de lutte contre la pauvreté ne coûtent pas si cher, et l’économiste québécois Pierre Fortin a montré que le réseau de garderies subventionnées pouvait générer plus de revenus que de dépenses.

 

Familiarisés à l’originalité du cas québécois, les experts du reste du Canada seront curieux de pouvoir se pencher sur ces nouvelles données, mais ne devraient pas être trop étonnés par les grandes conclusions auxquelles elles permettent d’arriver, croit Axel Van den Berg. Mais il est fort probable qu’il en soit autrement des politiciens et du public en général, où le Québec est rarement cité en exemple et où la tendance générale reste fortement marquée par le modèle « néolibéral ».

 

Le cas québécois est quand même souvent évoqué, à Ottawa, comme dans d’autres provinces, notamment en ce qui a trait à ses garderies.

 

« Je demeure plutôt optimiste, dit Axel Van den Berg. C’est de cette façon que se sont bâtis nos grands programmes sociaux au Canada, comme le régime des pensions et l’assurance maladie. Une province innove dans un domaine et sert d’exemple à tous les autres. »

Combating Poverty: Quebec Pursuit of a Distinctive Welfare State

Axel Van den Berg, Charles Plante, Hicham Raïq, Christine Proulx et Sam Faustmann. University of Toronto Press, Toronto, 2017, 213 pages.

  • Christian Montmarquette - Inscrit 14 novembre 2017 03 h 22

    La pauvreté engendre 17 milliards par année en coûts de santé au Québec



    Si le Québec est le champion tant que ça de la lutte à la pauvreté...

    Que nos grands experts de McGill nous expliquent donc comment il se fait que ladite pauvreté soit telle, qu'elle engendre plus de 17 milliards par année en coûts de santé au Québec. Car il faut que la pauvreté soit d'une inimaginable violence pour mobiliser près de la moitié du budget du plus important et plus couteux ministère du Québec.

    Christian Montmarquette

    Référence :

    LE COÛT DE LA PAUVRETÉ AU QUÉBEC :
    17 MILLIARDS DE $ - IRIS, - 22 AVRIL 2014

    "

    • Pierre Grandchamp - Abonné 14 novembre 2017 12 h 09

      "Quand je me vois, je me désole; quand je me compare, je me console".Il s'agit de comparer avec l'Ontario et les USA pour comprendre:notamment assurance médicaments, frais de scolarité, congés parentaux, frais de l'électricité, garderies, coût des loyers, aide financière aux études.

      Quant au programme de QS, voici ce qu'en pense Joseph Facal: "Le Québec n’est évidemment pas le Venezuela, mais l’extrême gauche propose partout le même funeste poison économique : étatisme, contrôles, hostilité à l’initiative individuelle."
      http://www.journaldemontreal.com/2017/09/05/quand-

    • Christian Montmarquette - Inscrit 14 novembre 2017 13 h 20

      "Quand je me compare on je me console.." - Pierre Grandchamp,

      Tout d'abords, vous comparez des pommes et des oranges.

      1) Le Québec et le Vénézuéla ne se comparent absolument pas, puisque que l'économie de ce dernier repose essentiellement sur le pétrole, alors que le prix du brut à radicalement chuté ces dernières années.

      2) Pour avoir un minimum de crédibilité, vous auriez au moins pu nous donner le point de vue d'un véritable journaliste et non d'un ancien ministre néolibéral du PQ réputé pour casser du sucre sur le dos de la gauche depuis près de 15 ans.

      3) Et si ça vous console de savoir que les enfants des quartiers pauvres au Québec ont 11 ans (chiffres d'Oxfam-Québec) d'espérance de vie de moins que les autres, grand bien vous fasse, mais moi, ça ne me suffit définitivement pas.

      Christian Montmarquette

  • Yves Côté - Abonné 14 novembre 2017 04 h 46

    Attention...

    Attention !, ce n'est pas parce que ça va un peu mieux que pour autant, ça va bien...
    Dans le cas actuel des choses, selon moi on peut simplement se contenter de dire que c'est un peu moins pire. Expression québécoise qui après avoir fait éclater de rire en France en est à se généraliser ici aussi dans son utilisation populaire.

    SVP, ne soyons pas dupes de qui veut nous faire reculer sur le plan social.
    Dupes des libéraux surtout qui ne savent plus comment réduire encore plus les budgets aux soins aux personnes en besoins de santé de base et/ou d'hébergement aidé.
    Si par la combativité des personnes qui s'occupent des plus mal pris de notre société nord-américaine encore un peu particulière en quelque chose nous avançons, ce n'est que pour mieux avancer encore en humanité et certainement pas pour proposer une pause ou un ralentissement pour cause de progrès en matière de pauvreté.
    Surtout quand le progrès en question est si mince et fragile qu'il se trouve être en réalité !

    Vive le Québec libre de s'occuper des siens comme il l'entend !

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 14 novembre 2017 07 h 10

    Dans la lutte contre la pauvreté, il n'y a pas de petit gain.

    Dans son rapport dit de l'an 2000, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) classe la pauvreté matérielle au premier rang des facteurs influençant négativement la qualité de vie d'une personne humaine. Je suis donc particulièrement fier que la province de Québec se classe traditionnellement, au Canada, bonne première pour les familles avec enfants. Je le suis beaucoup moins lorsqu'on parle des adultes seuls et des couples sans aucun enfant. Continuons nos efforts collectifs, chaque personne humaine constituant en soi un enjeu social. Contrairement au discours politique électoraliste libéral canadien, l'important n'est pas la classe moyenne, mais la qualité de vie des plus pauvres d'entre nous, avec ou sans enfants...

    • Christian Montmarquette - Inscrit 14 novembre 2017 08 h 37

      À Jean-Pierre Lusignan,

      "Je suis particulièrement fier que la province de Québec se classe traditionnellement, au Canada, bonne première pour les familles avec enfants." - Jean-Pierre Lusignan

      Vous irez expliquer ça aux enfants des secteurs pauvres du Québec qui ont 11 ans d'espérance de vie de moins que les autres (chiffre d'Oxfam-Québec), parce qu'ils n'ont pas l'air d'être au courant.

      Christian Montmarquette

  • Solange Bolduc - Abonnée 14 novembre 2017 09 h 20

    La pauvreté matérielle/la pauvreté créative !

    S'il existe une pauvreté navrante c'est bien le manque de créativité ! Je donne un seul exemple: Souvent les gens vont magasiner dans les friperies, et trouvent de jolies choses à bon marché, mais pas nécessairement de mauvaise qualité. Ils sont si peu habitués à payer le gros prix que lorsque la couture d'un vêtement cède ou un bouton, au lieu de le réparer ils le jettent , et retournent au magasin pour le remplacer...Aujourd'hui, on ne fait presque plus comme nos mères qui confectionnaient tous nos vêtements, tricotaient nos tuques, bas et chandails, étaient vaillantes, débrouillardes, et très créatives, même si certaines travaillaient à l'extérieur (ma mère, par exemple). Nos parents avaient une trollée d'enfants, savaient se débrouiller en tout!
    Que nous reste-t-il de cette héritage? Des femmes à la maison qui attendent leur chèque de BS, ou chomage, s'ennuient souvent à mourir, ou passe leur journée à placotter, n'ont pas le temps de faire autre chose (créer); d'autres vont sur le marché du travail, sont souvent payées à petits salaires, n'arrivent même pas à joindre les deux bouts, ni à trouver du temps pour créer, exténuées elles ont les mains pleines avec les enfants qui les occupent au retour du travail, sans compter les courses qu'il leur faut faire quand le mari est trop occupé ailleurs. Quelle vie excitante et enrichissante! Misère humaine! Mais il existe des exceptions, mais ce sont des exceptions, hélas!

    • Christian Montmarquette - Inscrit 14 novembre 2017 10 h 28

      À Solange Bolduc,

      "Des femmes à la maison qui attendent leur chèque de BS, ou chomage, s'ennuient souvent à mourir, ou passe leur journée à placotter.." - Solange Bolduc

      Quand vous aurez fini de prendre vos préjugés pour la réalité, vous aurez peut-être le temps d'apprendre qu'être pauvre engendre un foutu paquet de travail et de stress pour parvenir à survivre avec si peu.

      C'est pas parce qu'on a pas d'emploi qu'on ne travaille pas.

      D'ailleurs, il serait plus que temps que l'État reconnaisse et rémunère à sa juste valeur l'immense travail domestique des citoyens.nes sans lequel la société serait incapable de fonctionner et dont tout le monde profite.


      Christian Montmarquette

    • Yves Côté - Abonné 14 novembre 2017 12 h 53

      Madame Bolduc, pardon mais toutes les pauvretés sont navrantes.
      A mon sens, la pire est sans doute celle qui se nomme le désespoir...
      La pire parce qu'elle réussit à convaincre de l'inutilité de lutter; de l'utilité de la violence.

      Mes salutations amicales, Madame.

    • Solange Bolduc - Abonnée 14 novembre 2017 14 h 11

      M. Montmarquette , mon propos portait surtout sur le manque de créativité, et ce manque est très présent dans la société: c'est souvent une course à l'argent, à la survie avant de croire en soi, en sa créativité pour alléger le poids du travail que l'on doit accomplir pour gagner sa vie...et pourtant ça aide d'être créatif et je l'ai vu chez ma mère....té. Donc, cessez d'interpréter mes propos pour servir votre cause QS....la créativité manque souvent chez les pauvres et même les autres...
      et de la compassion j'en ai et si vous aidez autant de gens que j'en ai aidé, gratuitement, dans ma vie, au lieu de vos beaux discours, bien on en reparlera...
      Et en passant, le commentaire de M. Yves Côté ne va absolument pas à l'encontre de ce que j'ai écrit. Oui le désespoir enlève le goût de lutter...Et des gens déésespérés qui se droguent pour oublier leur mal de vivre ou d'être est alarmant...On n'a pas assez misé au Québec sur l'instruction, hélas !

  • Nadia Alexan - Abonnée 14 novembre 2017 11 h 57

    Monsieur Axel Van den Berg, enlevez vos lunettes roses pour mieux constater les conséquences néfastes de l'austérité!

    Peut-être que le Québec fait mieux que les autres provinces en matière de la réduction de la pauvreté. Par contre, c'est impossible de concevoir que le travail à salaire minimum peut combler les nécessités de la vie adéquatement.
    «Parmi tous les pays riches, seuls le Japon et l’Australie ont des politiques d’austérité aussi sévères que celles du Québec,» a affirmé l’économiste Pierre Fortin.
    La liste des plaintes fondées reçues par la protectrice du citoyen lui permet de nommer plusieurs secteurs qui ont souffert des coupes : le soutien à domicile, les enfants autistes, les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, les jeunes en difficulté, les personnes âgées, l'accès aux soins de santé, etc.
    On est trop loin de satisfaire les services essentiels dont la population a besoin.
    C'est malhonnête de la part des chercheurs de Mc Gill de nous comparer favorablement aux pays scandinaves, car nous sommes loin de la largesse de l'état en matière de services publics de ces pays nordiques où l'on retrouve que tous les besoins humains sont comblés de la naissance jusqu'à la mort.