Québec doit miser davantage sur les véhicules électriques et l’intelligence artificielle

L'ex-présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L'ex-présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux

Un comité composé de 32 représentants du monde des affaires recommande au gouvernement Couillard de donner un coup de fouet à l’économie québécoise en misant plus que jamais sur les véhicules électriques et l’intelligence artificielle, tout en préparant les travailleurs québécois aux changements technologiques à venir.

 

Près d’un an après sa création, le Comité consultatif sur l’économie et l’innovation, présidé par l’ancienne présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux, a accouché lundi de 12 recommandations pour stimuler l’économie québécoise.

 

Le rapport d’une centaine de pages propose notamment d’accélérer l’adoption des véhicules électriques en ajoutant « rapidement » 2000 bornes de recharge rapide aux 2000 bornes déjà prévues d’ici 2020 et en augmentant temporairement l’aide financière à l’achat d’un véhicule électrique ou hybride rechargeable, jusqu’à l’atteinte de 100 000 véhicules.

 

À l’heure actuelle, près de 18 000 véhicules électriques circulent sur les routes du Québec, et le rabais à l’achat peut atteindre jusqu’à 8000 $.

 

Créer un mouvement

 

« Une fois ce seuil [de 100 000 véhicules] atteint et le mouvement lancé, la subvention maximale serait réduite. Une aide accrue et circonscrite dans le temps pourrait contribuer à déclencher un mouvement d’adoption des véhicules électriques, indique le rapport. Si ce mouvement est bien lancé, le Québec pourrait viser 500 000 véhicules électriques sur ses routes à l’horizon 2030. »

 

Lundi, le premier ministre Philippe Couillard a accueilli cette recommandation avec prudence. « Nous avons déjà mis beaucoup d’argent sur la table et on voit que cela fonctionne, a-t-il affirmé. Les gens adoptent les véhicules électriques. Nous allons en débattre, mais ce n’est pas aujourd’hui que je vais répondre à cette question. »

 

Financer l’intelligence artificielle

 

Le comité consultatif invite également le gouvernement Couillard à bonifier l’investissement de 100 millions de dollars sur cinq ans en intelligence artificielle annoncé dans le dernier budget et à prolonger son engagement financier sur dix ans. « Le Québec est possiblement à l’aube d’un succès historique dans un domaine révolutionnaire. L’effort doit être à la hauteur du potentiel », fait-on valoir.

 

Les membres du comité souhaitent que 80 % de l’investissement accru soit consacré à la nouvelle grappe en intelligence artificielle, à l’attraction de talents et à la recherche, et que les 20 % restants permettent de soutenir des entreprises prometteuses qui oeuvrent dans le domaine.

 

Une large portion du rapport est par ailleurs consacrée à l’éducation, qu’il s’agisse de développer les compétences de base des travailleurs les plus affectés par les changements technologiques ou de mettre sur pied un programme de formation technique dans lequel les cégeps et les entreprises à court de ressources unissent leurs efforts.

 

« Protéger les employés menacés par les changements technologiques, pallier les effets du vieillissement de la population, intégrer les nouvelles technologies, combler l’écart de prospérité entre le Québec et le Canada, tout nous ramène à l’éducation », souligne Mme Leroux.

 

Matière à réflexion

 

Pour le reste, le rapport du comité ratisse large et formule des souhaits généraux, mais il contient également d’autres recommandations plus ciblées qui offrent matière à réflexion :

 

Créer une équipe d’étoile de PME du Québec dont les dirigeants pourraient s’entraider pour percer à l’international.

 

Faciliter l’adoption des technologies numériques en confiant à l’Institut de la statistique du Québec la gestion des données ouvertes, « selon les meilleurs standards technologiques et éthiques ».

 

Revoir la règle du plus bas soumissionnaire dans l’attribution des contrats publics, en évitant que le prix devienne le seul critère analysé, et faire des appels d’offres basés sur un problème à résoudre pour encourager l’innovation.

 

Mettre sur pied une agence publique entièrement consacrée à la supervision des projets d’infrastructures de plus de 100 millions de dollars, qui veillerait notamment au respect des budgets et des échéanciers.

 

Rapprocher les entreprises et les centres de recherche, et obliger ces derniers à s’autofinancer à au moins 50 % en signant des contrats avec des compagnies clientes.

 

Le comité consultatif remettra dans les prochains mois un second rapport détaillant les coûts et les retombées de ses propositions, avec un plan de mise en oeuvre.

 

Avec La Presse canadienne

  • Jean Richard - Abonné 26 septembre 2017 13 h 12

    Travailler pour les Chinois

    Miser sur la voiture électrique pourrait être un piège et tomber dedans pourrait nous faire mal quand on se réveillera.

    La voiture individuelle, peut importe la source d'énergie qui la propulse, n'est pas une solution pour le futur – ni pour le présent. Il faut être aveugle pour ne pas voir que la congestion augmente rapidement d'année en année. Pour cacher les causes de ce calvaire quotidien, on jette son dévolu sur les cônes oranges alors qu'en réalité, c'est la croissance quasi-exponentielle du parc automobile qui devrait être analysée.

    Bien que le Québec s'entête à les ignorer, les transports collectifs sont un incontournable pour le futur. Et que se passe-t-il dans les transports collectifs, quasiment absents du paysage économique québécois ? Un rapprochement presque assuré entre l'allemande Siemens et la française Alstom, rapprochement qui pourrait exclure Bombardier, ce dernier risquant d'y laisser des plumes.

    Bien que l'industrie ferroviaire soit bien implantée en Europe, la volonté de rassembler des joueurs jusque là adversaire pourrait avoir comme cause la montée d'un nouvel adversaire, la Chine.

    La Chine a déjà les moyens d'attaquer de front à la fois le transport individuel et le transport collectif. Le Québec rêve-t-il de posséder une industrie automobile ? Il joue le puceron qui veut attaquer le lion. Et le ferroviaire ? Le Québec a dit : « Je ne joue pas. ». Et il se pourrait même que dans le transport collectif non ferroviaire, le Québec se fasse distancer et devienne incapable de justifier son protectionisme. Des autobus à batterie ? Les Chinois ont peut-être déjà pris de l'avance.

    L'intelligence artificielle ? Soit ! Encore faut-il qu'elle serve à autre chose qu'à des mirages...

    • Benoît Landry - Abonné 26 septembre 2017 13 h 24

      Bien d'accord avec vous. La voiture électrique est une fausse bonne solution, elle contribue tout autant dans sa construction à maintenir une empreinte écologique trop élevée pour notre planète qui souffre de ce mode de transport individuel.

      Fausse bonne solution également du poins de vue social, car cette subvention à l'achat ne sert que trop aux mieux nantis de notre société de se donner une bonne conscience écologique aux frais de l'État.... pendant qu'il vont revendre leur «vieille» auto fonctionnant au pétrole aux moins riches qui n'ont pas les finances suffisantes pour faire la mise de fond de base pour l'achat d'un véhicule élecrique.

      Et à cela, il faudra considérer que cela constitue une subvention étatique aux grands constructeurs automobiles qui encore préfèrent donner des redevances aux actionnaires et de faire supporter au peuple ces changements devenus nécessaires. Ces compagnies n'ont jamais fait de réels efforts pour saugarder la planète et maintenant un panel de pseudos sages au service des riches nous proposent encore une fois des solutions pitoyables

  • François Rivest - Abonné 26 septembre 2017 14 h 19

    Une autre solution possible

    Combien de fois devra-t-on répéter que les mesures temporaires à l'appui de la voiture électrique ne sont pas mises en opposition aux projets de transport en commun.

    Subventions pour les riches uniquement? Celles-ci se répercutent pourtant par la suite sur le prix de vente des véhicules électriques usagés, dont plusieurs sont très abordables.

    À ma connaissance, les riches achètent surtout des VUS et des camions énergivores à l'heure actuelle, lesquels ont une incidence négative pour l'environnement et notre balance commerciale. Si vous détestez à ce point les subventions, pourquoi ne pas les remplacer par un système "bonus-malus", où les acheteurs de véhicules énergivores paieraient des montants supplémentaires substantiels (selon une structure progressive) qui serviraient à financer les "rabais" à l'achat de véhicules écoénergétiques (en fonction des cotes de consommation de l'EPA, lesquelles s'appliquent également aux véhicules électriques). Ainsi, les contribuables n'auraient pas à subventionner l'achat de voitures.

    • Benoît Landry - Abonné 26 septembre 2017 18 h 15

      Pourquoi pas en effet ? Mais dans bien des cas les plus riches acceptent de les payer ces droits de polluer, c'est comme pour la bourse du carbone....

      Vous n'êtes pas tanné des mesures temporaires plutôt que de faire de vrais virages. Ces mesures temporaires vont encore permettre à nos chers libéraux de se positionner comme des gens soucieux de l'environnement, mais avec le pragmatisme de ne pas brusquer l'économie. C'est drôle quand vient le temps de faire des coupures draconniennes dans la santé, nos élus n'hésitent à agir avec célérité, avec des visions à long terme dont ils se pètent les bretelles.


      Avez-vous une idée depuis combien de temps les projets de Métro dans l'Est de Montréal, ou sur le boulevard Pie IX sont attendus ? Mais selon vous il faut attendre que les riches réinvestissent leurs économies écologiques.


      Et je vous corrige bien avant que les autos électriques usagées enhaissent le marché, les moins nantis ne pourront qu'acquérir les vieux modèles énergivores qui seront les seuls abordables à leur budget

    • François Rivest - Abonné 26 septembre 2017 20 h 04

      Tout dépend du prix à payer. Évidemment, à l'heure actuelle, la taxe supplémentaire de la SAAQ pour les grosses cylindrées s'avère ridiculement basse (moins de 400$ par année), mais imaginez un surcoût de 30 000 ou 40 000 dollars par rapport au prix de vente régulier d'un VUS ou d'une camionnette, comme c'est le cas en Norvège, et vous verriez les ventes de ces véhicules chuter drastiquement. Je conviens avec vous qu'il ne s'agit pas d'une idée très payante politiquement et qu'elle ne serait certainement pas mise de l'avant par le gouvernement actuel.

      Il faut bien sûr investir davantage dans les projets de développement du transport en commun et dans l'amélioration de la qualité de ces services, mais ne peut-on pas mâcher de la gomme en marchant? Pourquoi faire l'un sans l'autre, alors qu'on sait très bien que la voiture individuelle et les autres formes de transport (en commun, vélo, marche, autopartage) continueront longtemps de coexister. Ce n'est pas demain que nous pourrons prendre un train pour aller de Sainte-Mélanie à Joliette, ou de Granby à Saint-Hubert.

    • Benoît Landry - Abonné 27 septembre 2017 10 h 04

      Comprenez moi bien je ne suis pas contre les autos électriques, j'en ai contre les politiques actuelles, su j,en ai l'occasion j'en acheterai une car je suis dans un secteur très mal desservi par le trasnport en commun, mais pour le moment les mesures prises par nos gouvernements frisent le comestique en terme d'écologie. La peinture verte est très utilisée en marketing politique....

  • François Rivest - Abonné 27 septembre 2017 10 h 50

    Je suis bien d'accord. Les bottines ne suivent pas les babines, comme on dit.