Les entreprises québécoises se tiennent loin du mur de Trump

Le mur frontalier entre les États-Unis et le Mexique, à Brownsville, au Texas
Photo: Jason Hoekema / The Brownsville Herald / Associated Press Le mur frontalier entre les États-Unis et le Mexique, à Brownsville, au Texas

Même si elles lorgnent le marché américain, la Caisse de dépôt et placement du Québec et des entreprises québécoises comme Ciment McInnis n’ont pas l’intention d’investir dans le controversé projet de mur anticlandestin que promet de construire le gouvernement Trump à la frontière avec le Mexique.

« Ce projet n’intéresse pas la Caisse », répond sans ambages Maxime Chagnon, directeur principal des communications avec les médias et des relations publiques à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Le gouvernement Trump a lancé vendredi deux appels d’offres liés à la construction du fameux mur, mais pas question pour le bas de laine des Québécois d’envisager une participation.

Même son de cloche chez Ciment McInnis, derrière le projet de cimenterie à Port-Daniel–Gascon, qui doit être achevé ce printemps. « On n’a pas l’intention de participer à ce projet-là », explique la porte-parole Maryse Tremblay, qui souligne que son entreprise ne produit pour l’heure que du ciment, et non du béton (composé de ciment, d’agrégats et d’eau), contrairement à des concurrents. La frontière mexico-américaine est également loin du marché naturel de l’entreprise, qui souhaite se concentrer principalement sur le nord-est des États-Unis, en plus du Canada.

En France

À l’étranger aussi, nombre d’entreprises se trouvent dans une posture difficile, tiraillées entre les projets lucratifs et les préoccupations d’ordre éthique.

C’est le cas de la française Vinci, qui a préféré ne pas toucher au projet, citant l’opinion publique et celle de ses employés. « Si nous décidons de faire quelque chose qui est susceptible de choquer une majorité de nos salariés, je crois qu’il vaut mieux l’éviter », avait estimé le grand patron de l’entreprise, Xavier Huillard.

À l’inverse, la franco-suisse Lafarge n’a pas caché son intérêt pour le mur de Trump, évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars. « Nous sommes prêts à fournir nos matériaux de construction pour tout type de projet d’infrastructure aux États-Unis, a déclaré Eric Olsen, le patron du géant du ciment, à l’Agence France-Presse. Nous sommes le premier cimentier aux États-Unis […]. Nous sommes ici pour soutenir la construction et le développement du pays. »

Cela ne signifie pas pour autant que la Caisse ne s’intéresse pas à d’autres projets aux États-Unis : en janvier, le président et chef de la direction de la Caisse, Michael Sabia, avait estimé que le Québec avait beaucoup à gagner des engagements de M. Trump en matière d’infrastructure, en dépit du courant protectionniste qui balaie les États-Unis.

Les États-Unis n’auront d’autres choix que de se tourner vers du ciment en provenance d’autres pays s’ils vont de l’avant avec leur intention d’injecter jusqu’à 1000 milliards dans l’économie, avait-il donné en exemple.

« L’offre aux États-Unis ne serait pas suffisante pour répondre à une telle demande, disait-il à La Presse canadienne. Selon moi, la priorité que ce gouvernement veut mettre sur les infrastructures représente une belle occasion » pour des entreprises comme Ciment McInnis, qui a dans sa ligne de mire le marché américain, principalement celui du nord-est des États-Unis.

Des propos qui rejoignent ceux tenus récemment par Dan Slane, l’ex-directeur de l’équipe de transition de Donald Trump en matière d’infrastructure, qui soutenait que la Caisse se trouve en bonne posture pour hériter de projets lucratifs au sud de la frontière.

« La Caisse de dépôt est un fonds [avec un actif] de 275 milliards qui est extrêmement sophistiqué. Elle connaît l’infrastructure en long et en large et a de multiples projets aux États-Unis. Il est très facile pour elle d’évaluer et d’investir, et l’infrastructure est au sommet de sa liste », avait-il expliqué, de passage à Montréal et à la suite d’une rencontre avec M. Sabia.

Il avait ajouté que l’expertise de la Caisse pourrait lui servir dans divers projets de transport en commun qui pourraient voir le jour au cours des prochaines années. « Tant que le travail est fait par des Américains, on se fout de qui est le propriétaire », a soutenu M. Slane.