Les deux Canadiens plus riches ont autant que les 30% les plus pauvres

Selon Oxfam, l’écart entre les très riches et les pauvres est beaucoup plus grand qu’il ne l’était l’an dernier.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Selon Oxfam, l’écart entre les très riches et les pauvres est beaucoup plus grand qu’il ne l’était l’an dernier.

Les deux Canadiens les plus riches possèdent une fortune équivalant aux avoirs des 30 % les plus pauvres du pays combinés, selon un nouveau rapport publié par Oxfam.

 

Le rapport précise que la richesse des hommes d’affaires milliardaires David Thomson et Galen Weston père équivaut aux avoirs d’environ 11 millions de Canadiens. Le rapport « Une économie au service des 99 % » d’Oxfam international, publié la veille du coup d’envoi du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, indique également que les huit personnes les plus riches du monde possèdent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population mondiale.

 

Selon Oxfam, l’écart entre les très riches et les pauvres est beaucoup plus grand qu’il ne l’était l’an dernier, et impose aux leaders mondiaux de faire davantage que des voeux pieux pour régler le problème. Si rien n’est fait, prévient l’organisation, la colère publique envers ce genre d’inégalité continuera d’augmenter et mènera à d’autres changements politiques de grande ampleur, comme l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis ou la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne.

 

Les super-riches et les autres

 

Oxfam a utilisé la liste des milliardaires publiée par le magazine Forbes, en mars 2016, pour son rapport. « Ce n’est pas un rapport sur les riches et les pauvres. C’est [un rapport] sur les super-riches et le reste d’entre nous », souligne Lauren Ravon, directrice des politiques et des campagnes d’Oxfam Canada. La richesse est calculée en soustrayant les dettes d’un individu de ses actifs, explique Jim Davies, professeur de l’université Western Ontario, qui a travaillé sur un rapport de Crédit Suisse utilisé par Oxfam pour calculer la distribution des richesses mondiales. Cela diffère des revenus, qui représentent l’argent ou les avoirs qu’une personne fait ou reçoit pendant une période de temps donnée.

 

La richesse offre de la sécurité, note-t-il, ce que les revenus ne donnent pas nécessairement. « Si vous perdez votre emploi, vous êtes dans une position plus difficile si vous n’avez pas d’argent en banque », illustre-t-il.

 

Mme Ravon affirme que les effets des inégalités peuvent se faire sentir dans d’autres secteurs de la société. « Dans les pays où il y a plus d’inégalités, il y a aussi un taux plus élevé de criminalité. Ces sociétés sont moins en santé. Les gens se méfient davantage les uns des autres, avance-t-elle. Les gens se sentent déconnectés de la société lorsqu’ils voient que les super-riches créent les règles en leur faveur. » Une société comptant trop d’inégalités ne peut survivre, économiquement, ajoute-t-elle.

 

« À long terme, si la richesse se retrouve toute entre les mains de quelques individus, il ne reste personne pour acheter les biens, pour faire rouler l’économie. »

 

Le rapport d’Oxfam inclut quelques suggestions que le gouvernement pourrait appliquer dans le prochain budget fédéral, notamment la taxation progressive, un système utilisé dans les pays nordiques, où les personnes aux revenus plus élevés paient un plus grand pourcentage de ces revenus en impôts.

 

Ministre Duclos

 

De passage à Montréal, le ministre fédéral de la Famille, de l’Enfance et du Développement social, Jean-Yves Duclos, a noté que son gouvernement avait justement adopté des mesures de fiscalité plus progressive. « C’est un message que j’entends personnellement très bien. Dans mon ancienne vie, j’ai travaillé beaucoup sur les questions d’inégalité, les questions de pauvreté, les questions de fiscalité », a souligné le ministre, qui rencontrait justement, à Montréal, des groupes qui viennent en aide aux personnes itinérantes.

 

« Dans le budget de mars 2016, j’étais particulièrement content — ça a même précédé ça ; c’est une mesure qu’on a présentée en décembre 2015 — on a augmenté le taux d’imposition des 1 % les plus riches, donc de ceux qui gagnent 200 000 $ et plus, pour pouvoir alléger le fardeau fiscal de la classe moyenne. C’était exactement dans cette optique-là : demander à ceux qui peuvent en payer un peu plus d’en payer un peu plus, pour réduire le fardeau de ceux qui ont de la difficulté, souvent, à joindre les deux bouts », a commenté le ministre Duclos.

 

Situation indécente

 

À l’échelle planétaire, Oxfam qualifie de situation indécente le fait que huit personnes détiennent autant de richesse que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. « Il est indécent que tant de richesses soient concentrées dans les mains d’une si infime minorité, quand on sait qu’une personne sur dix dans le monde vit avec moins de 2 dollars par jour », affirme la porte-parole d’Oxfam France Manon Aubry, citée dans le communiqué. Ce rapport dévoile « comment les grandes entreprises et les individus les plus riches exacerbent les inégalités, en exploitant un système économique défaillant, en éludant l’impôt, en réduisant les salaires et en maximisant les revenus des actionnaires ».

 

Selon l’ONG, à ce rythme, le premier « super-milliardaire » du monde « pourrait voir son patrimoine dépasser le millier de milliards de dollars dans 25 ans à peine ». Pour dépenser cette somme, il faudrait « débourser un million de dollars par jour pendant 2738 ans », souligne-t-elle.

 

Oxfam, qui a pris l’habitude d’attirer l’attention sur les inégalités croissantes à l’occasion du Forum, qui se tiendra jusqu’à samedi à Davos, dénonce « la pression qui s’exerce sur les salaires partout dans le monde », ainsi que les allégements fiscaux dont bénéficient les entreprises ou encore le recours au paradis fiscaux. « Les entreprises optimisent leurs bénéfices, notamment en allégeant le plus possible leur charge fiscale, privant ainsi les États des ressources essentielles pour financer les politiques et les services nécessaires pour réduire les inégalités », souligne le rapport.

 

L’ONG appelle les gouvernements à réagir et à se tourner vers une économie plus centrée sur l’humain. « Quand les responsables politiques arrêteront d’être obsédés par le PIB et se focaliseront sur l’intérêt de l’ensemble de leurs citoyens, et non seulement d’une élite, un avenir meilleur sera possible pour toutes et tous », assure Mme Aubry.

  • Denis Paquette - Abonné 17 janvier 2017 03 h 52

    voila ce que papa m'aurait dit s'il n'était pas mort

    Comment se fait-il que nous ne les connaissons-pas, serait-ce qu'ils ne sont pas présentables, que l'on préfere ne pas les connaitre, comme on faisait jadis de l'infirme ou du taré de la famille,enfin, peut etre que le monde est une affaire de sélection, ou ce sont les plus forts qui l'emporte et ou le fait de s'apitoyer sur son sort est mal vus, enfin soyons les plus forts et soyons en fier

  • Jean-Yves Arès - Abonné 17 janvier 2017 12 h 25

    Mistère de mistère: la classe moyenne selon le ministre Duclos


    Il faudrait qu'un journaliste lui demande d'expliquer SA classe moyenne. Parce que là, selon son discours, la classe moyenne c'est tout ce qui se trouve très proche en dessous 1%.

    Mais selon ses gestes c'est plutôt le quintile juste sous le 1% ...


    Voici un tour d'horizon des réductions de l'impôt fédéral pour 2016,

    Pour un revenu de:

    22k$ : 21$, ou 2% de réduction de l'impôt 2015

    42k$ : 23$, ou 0.7%

    65k$ : 315$, ou 4.3%

    80k$ : 504$, ou 5%

    105k$: 678$, ou 4.8%

    150k$: 720$, ou 2.85%

    175k$: 720$, ou 2.3%

    Un rappel ici des revenus de la population québécoise en 2010,

    http://img110.xooimage.com/files/d/8/1/revenu-de-t


    Ceci démontre ce que j'ai déjà expliquer, quand on va chercher de l'argent en haut de la pyramide des revenus, celle-ci retombe toujours assez près de ce haut, et la vaste majorité en entend surtout parler, plus qu'elle ne la voie.

    Ce qui permet de se demander quel effet au fait recherche t'on avec cette publication sensationnelle d'Oxfam qui met dans la balance ceux qui n'ont presque rien en comparaison avec les quelques personnes qui ont plus que tout ?

    C'est quoi le plan de match qui doit suivre?

    Parce que là selon Oxfam on peut croire que ce serait la grande équité dans le 99% !

    ps: source pour l'impôt, cqff.com

  • Nadia Alexan - Abonnée 18 janvier 2017 00 h 00

    L'égoïsme des riches n'a pas de fin!

    Les riches n'apprendront jamais de leurs erreurs. Ils veulent tout accaparer et ne rien laisser pour le bon peuple. Ils ont oublié le sort des riches après la Révolution française et celui de la Russie en 1917.
    Les chiffres parlent d’eux même. Les trente années qu'on appelle «glorieuses» après la Deuxième Guerre mondiale étaient marquées par un très haut taux d'impôts, sur les profits des multinationales et des riches. Le taux d'imposition était de 89 % au Canada et de 99% aux États-Unis. Les gouvernements successifs ont diminué le taux d'imposition à travers les années jusqu'à ce que maintenant le taux soit à peine de 15% au fédéral et de 12% au provincial. C'est honteux.
    De plus, ils ont le culot de quémander des subventions, pendant qu'ils cachent leurs profits dans les paradis fiscaux pour ne pas payer leur juste part d'impôt, et n'ont parlons pas d’échappatoires fiscales, de crédits d’impôt, de reports d’impôts, grâce à la largesse de l'État, aux dépens des contribuables! Conséquences: les inégalités augmentent. Il faut que ça change, comme dit Gabriel Nadeau-Dubois.