Le débat sur les oléoducs, la nouvelle économique de 2016

Le projet Keystone XL s’est vu donner un second souffle par l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Justin Trudeau a indiqué qu’il était toujours favorable à cet oléoduc, qui permettrait d’acheminer du pétrole albertain jusqu’aux raffineries du Texas.
Photo: Alex Panetta La Presse canadienne Le projet Keystone XL s’est vu donner un second souffle par l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Justin Trudeau a indiqué qu’il était toujours favorable à cet oléoduc, qui permettrait d’acheminer du pétrole albertain jusqu’aux raffineries du Texas.

Calgary — Le débat de plus en plus polarisant sur le développement de projets d’oléoducs — les avantages économiques qu’ils pourraient engendrer et les craintes qu’ils suscitent sur le plan environnemental — a été couronné « nouvelle économique de l’année 2016 » par La Presse canadienne.

Cet enjeu a été désigné au terme d’un sondage annuel mené dans les salles de presse des quatre coins du pays. Le vote a été serré, alors que seulement un vote sépare la nouvelle gagnante du sujet qui termine deuxième, le marché immobilier. Le débat sur les oléoducs a récolté sept votes, alors que le marché immobilier s’en est attiré six. La taxe sur le carbone et l’incendie de forêt qui a ravagé la région de Fort McMurray, en Alberta, ont obtenu quatre votes chacun.

Le premier ministre Justin Trudeau a donné son feu vert, cette année, au projet d’oléoduc Trans Mountain, en Colombie-Britannique, et au remplacement de la Ligne 3 d’Enbridge. Il a également rejeté le projet Northern Gateway et annoncé l’imposition d’un prix national sur le carbone. « Dans le débat entre l’économie et l’environnement, la décision du gouvernement Trudeau n’a pas seulement d’énormes conséquences politiques, mais a aussi généré un débat et des manifestations sur les droits des peuples autochtones qui ont terni l’image des libéraux », a dit le rédacteur en chef du quotidien Winnipeg Free Press, Paul Samyn.

L’approbation de l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain, de Kinder Morgan — qui doit permettre le transport de pétrole d’Edmonton à Burnaby, en Colombie-Britannique — est la décision la plus controversée prise par Justin Trudeau depuis son arrivée au pouvoir. L’opposition au projet a suscité de nombreuses manifestations, débouchée sur des contestations judiciaires et mis à l’épreuve les relations entre Ottawa et les provinces. Ces questions risquent de faire les manchettes encore en 2017.

« C’est l’année du point critique, croit le directeur de recherche adjoint de l’Institut C.D Howe, Benjamin Dachis. C’est l’aboutissement de plusieurs années de débat sur des changements de politiques. »

D’un bout à l’autre du pays

D’est en ouest, le débat sur la construction ou non d’oléoducs pour alimenter le marché international du pétrole a mis en scène des maires, des premiers ministres et des leaders de communautés autochtones qui se sont affrontés dans des échanges animés. L’évaluation du projet Énergie Est a aussi fait les manchettes cette année, surtout lorsque le processus a été mis sur la glace, en août, dans la foulée de soupçons de partialité des commissaires de l’Office national de l’énergie (ONÉ). S’il se concrétise, le projet permettra, à terme, le transport de pétrole brut de l’Alberta jusqu’à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, en passant par le Québec.

En outre, le projet Keystone XL — qui semblait avoir été relégué aux oubliettes il y a un an — s’est vu donner un second souffle par l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Justin Trudeau a indiqué, plus tôt ce mois-ci, qu’il était toujours favorable à cet oléoduc, qui permettrait d’acheminer du pétrole albertain jusqu’aux raffineries du Texas.

Le secteur immobilier s’est aussi retrouvé à l’avant-plan du radar médiatique cette année, dans la foulée de nombreuses inquiétudes face à la flambée des prix, particulièrement à Vancouver et à Toronto, et un possible effondrement du marché du logement. « Le marché immobilier a servi de pilier économique pendant que les autres vecteurs économiques sont tombés en bord de route, a souligné le rédacteur en chef de la chaîne télévisée Business News Network, Noah Zivitz. La confiance dans le secteur de l’habitation a seulement suscité des craintes quant aux niveaux d’endettement des ménages, aux barrières à l’entrée, à l’investissement étranger et à un risque de correction [du marché]. »

Des gouvernements de différentes juridictions ont tenté de contrôler les coûts tout en se gardant de heurter ce secteur qui est à la base de l’économie canadienne. En Colombie-Britannique, la première ministre Christie Clark a imposé, à la surprise générale, une taxe de 15 % aux acheteurs étrangers de propriétés dans la grande région de Vancouver. L’administration de cette ville a pour sa part mis en place une taxe sur les résidences vacantes.

En tout, 27 votes ont été colligés par La Presse canadienne pour ce sondage.