La révolution des robots collaboratifs

À l’usine de l’entreprise Etalex, à Anjou, un employé travaille à proximité d’un robot.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir À l’usine de l’entreprise Etalex, à Anjou, un employé travaille à proximité d’un robot.

La première chose qu’on remarque, lorsqu’on entre dans l’usine de l’entreprise Etalex, à Anjou, c’est le vacarme ambiant. Au milieu des puissants robots jaune vif qui effectuent leur travail à toute vitesse derrière des cages métalliques, de petits bras robotisés gris et bleu pâle détonnent. Ils bougent plus lentement, s’arrêtent lorsqu’on s’en approche et cohabitent sans problème avec les employés à proximité. Faites connaissance avec les robots collaboratifs, ces machines qui pourraient être à l’origine d’une nouvelle révolution industrielle.

 

Depuis 50 ans, Etalex fabrique des étagères commerciales et des systèmes d’entreposage de toutes les formes et de toutes les tailles. Elle a commencé à automatiser sa production au début des années 2000, en se procurant des robots industriels, qui se sont multipliés au fil des ans.

 

Le problème, c’est que ces robots sont tellement puissants qu’ils doivent être entourés d’un grillage pour assurer la sécurité des travailleurs. Lorsque est venu le temps de poursuivre la robotisation de certaines tâches, Jean-François Rousseau, le directeur des opérations de l’entreprise s’est retrouvé à court d’espace. « Je n’aurais jamais pu mettre un robot traditionnel avec des grilles de sécurité », explique-t-il en regardant autour de lui.

 

C’est à ce moment qu’il découvre les robots collaboratifs, ces bras robotisés qui permettent d’effectuer des tâches simples, aux côtés des employés, sans cage. Il a acheté son premier robot collaboratif au début de l’année 2014 et s’en est procuré deux autres six mois plus tard. « On a réussi à doubler notre chiffre d’affaires depuis deux ans », lance-t-il fièrement.

 

Ghislain Whittom, un des opérateurs de l’usine, a vu son travail changer avec l’arrivée de ces robots nouveau genre. Mais pour le mieux, dit-il. « Ça me permet de faire rouler trois, quatre machines en même temps », explique-t-il.

 

« On ne peut pas arrêter l’automatisation, poursuit son patron. C’est le secret pour rester compétitif. »
 

 

Croissance fulgurante

 

Dans son plus récent rapport annuel, la Fédération internationale de la robotique a prédit que les robots collaboratifs seront ceux qui stimuleront le marché mondial de la robotique dans les années à venir. Ils ne remplaceront pas nécessairement les robots industriels conventionnels, mais ils permettront à de plus petites entreprises de se tourner vers la robotisation.

 

Leur coût est comparable à celui des robots traditionnels, mais leur intégration en entreprise est de deux à trois fois moins coûteuse. Et selon les estimations, l’investissement est généralement rentabilisé en l’espace d’un ou de deux ans.

 

Leur potentiel de pénétration dans les entreprises de toutes les tailles est tel qu’on prédit que la valeur du marché mondial des robots collaboratifs passera de 116 millions en 2015 à plus de 12 milliards en 2025.

 

 
 

« L’intérêt de ces robots, pour les PME, c’est d’automatiser des tâches qui n’ont pas beaucoup de valeur ajoutée, qui sont répétitives ou qui sont dangereuses », résume Ilian Bonev, le responsable du Laboratoire de commande et de robotique de l’École de technologie supérieure.
 

Combler les besoins

 

C’est ce qu’a décidé de faire Meubles South Shore, une entreprise de Sainte-Croix, près de Québec, en se procurant plusieurs robots collaboratifs pour déplacer des pièces ou apposer des étiquettes.

 

Pour poursuivre sa croissance, l’entreprise qui exporte les deux tiers de sa production aux États-Unis voulait étendre ses heures de production le soir et la fin de semaine, mais les postes étaient difficiles à pourvoir. L’arrivée des robots collaboratifs a réglé le problème.

 

« Au début, les employés avaient quelques inquiétudes, mais je vous dirais qu’aujourd’hui, ils ne s’en passeraient pas », note Jean-Michel Breton, ingénieur manufacturier junior au sein de la compagnie, précisant que « la main-d’oeuvre est toujours réaffectée à des opérations apportant plus de valeur ajoutée ».

 

À Montréal, l’entreprise MDA s’intéresse elle aussi aux robots collaboratifs pour la fabrication de matériel spatial. « On peut assigner rapidement de nouvelles tâches aux robots collaboratifs », souligne l’ingénieur principal Pedro Gregorio, qui apprécie la « flexibilité » et la « fiabilité » de cette technologie.

 

Aux quatre coins de la planète, on utilise les robots collaboratifs à toutes les sauces : polir des meubles, tenir des instruments chirurgicaux, manipuler des produits dangereux… ou même décorer des gâteaux.

 

« Plusieurs entreprises savent qu’elles sont en retard en matière de robotisation, elles comprennent la technologie, mais elles n’ont pas suivi la vague de l’automatisation, parce que ce n’est pas facile de mettre sur pied une ligne de production robotisée, fait remarquer Sam Gerges, le directeur régional pour le Québec d’Advanced Motion, le distributeur des robots Universal Robots au Canada. Avec les robots collaboratifs, c’est une nouvelle façon de faire de la robotique qui s’offre à elles. »

  • jacques gelineau - Abonné 19 novembre 2016 06 h 53

    automatisation et chômage

    On ne s"etonnera pas que dans un avenir a nos portes, le chomâge et les emploies a status précaire domirenont le marcher du travail.

    • Jean Richard - Abonné 19 novembre 2016 09 h 20

      La robotisation ne fait pas augmenter le chômage : elle ne fait que modifier l'organisation du travail.

      Dans le domaine des services, l'automatisation des tâches se fait davantage grâce à l'informatique qu'à la robotique, un peu à l'inverse de ce qui se passe dans l'industrie. Or l'informatique et la robotique ont créé beaucoup d'emplois, tout autant qu'ils en ont supprimés. Au cœur de la production, il faut une armée d'analystes et de techniciens pour garder en marche toute cette complexe technologie.

      Prenons un exemple issu de l'actualité. Plus tôt cette semaine, le métro de Montréal a subi une panne majeure. Les quatre lignes ont été paralysées pendant quelques minutes – des minutes précieuses quand il s'agit d'un système exploité près des limites de sa capacité. Le métro, bien des gens l'ignorent, est depuis longtemps automatisé. La personne que vous voyez dans la loge du chauffeur n'est là que pour inspirer la confiance du public et augmenter le niveau de sécurité.

      Un système de transport automatisé signifie moins d'emplois de chauffeurs. Vrai ! Mais voilà, la panne totale de cette semaine en fut une du système de communication, et au niveau logiciel semble-t-il. Pour garder le métro en marche, il faut une solide équipe capable d'intervenir très rapidement à la moindre panne. Or, si la STM (par exemple) mise sur l'informatique pour augmenter la productivité de ses employés (fournir plus de services avec moins de personnel), elle fait sans le savoir fausse route car les systèmes qui participent à l'automatisation sont très vulnérable et exigent autant d'employés que ceux qu'ils ont remplacé. Ceux qui ignorent cette réalité finissent par payer cher.

      L'automatisation réussie sera celle qui remplace des tâches abrutissantes par d'autres – peut-être plus valorisantes. L'automatisation ratée est celle qui veut faire l'économie du capital humain – la logique néolibérale de la productivité en premier plan.

    • Henriot M. Sabourin - Abonné 19 novembre 2016 10 h 10

      Très bonne explication! merci...