Alexandre Taillefer réclame un salaire horaire minimum à 15$

Alexandre Taillefer était conférencier au Forum social mondial, vendredi après-midi.
Photo: François Pesant Le Devoir Alexandre Taillefer était conférencier au Forum social mondial, vendredi après-midi.

Les syndicats et groupes sociaux qui réclament un salaire minimum à 15 $ l’heure se sont trouvé un allié inusité en la personne de l’homme d’affaires Alexandre Taillefer, vendredi, au Forum social mondial.

 

L’investisseur reconnu pour ses idées progressistes s’est fait lui aussi le promoteur de cette idée de hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure sur cinq ans, au nom de la « décence », et pour sortir des milliers de travailleurs de la pauvreté. « Ma position est une position avant tout de décence. Nous avons aujourd’hui l’obligation de fournir à des gens qui décident de travailler 40 heures par semaine des conditions salariales décentes », a lancé l’homme d’affaires devant un auditoire ravi au Forum social mondial.

 

M. Taillefer était conférencier au FSM, vendredi après-midi, aux côtés du président de la FTQ, Daniel Boyer, et du député néodémocrate Alexandre Boulerice, entre autres. « 10,75 $, ça vous donne un salaire annuel de l’ordre d’à peu près 21 500 $. Le seuil de pauvreté a été établi au Canada, à partir du 1er mai, à 23 800 $. Ce qu’on envoie comme message à notre société, c’est qu’on permet à des gens de travailler 40 heures par semaine et de vivre sous le seuil de la pauvreté. Et ça, pour moi, c’est inacceptable », s’est exclamé M. Taillefer.

 

Il a admis qu’il faudrait en étudier les répercussions, notamment sur la robotisation. Quant à ses effets sur l’emploi, « les études empiriques par rapport au fait que les gens vont perdre leur emploi partent d’un côté ou de l’autre. La réalité, c’est qu’on a l’obligation aujourd’hui d’offrir à ces gens-là des conditions décentes », a-t-il répété, affirmant que ce n’est pas qu’une question économique, mais aussi une question sociale.

 

Des opinions similaires

 

Interviewé après son allocution, il a assuré qu’il n’était pas le seul homme d’affaires au Québec à défendre de telles idées, bien que les autres choisissent de se faire plus discrets.

 

À ses côtés, le président de la FTQ a réclamé une véritable coalition en faveur de ce salaire minimum à 15 $, puisqu’à l’heure actuelle, les centrales syndicales font chacune campagne de leur côté, avec certaines nuances, par exemple sur l’échéancier pour atteindre cet objectif de 15 $ l’heure. « Malheureusement, il n’y a pas encore de coalition et on devra faire une coalition », a opiné M. Boyer, dont la centrale compte plus de 600 000 membres au Québec.

 

M. Boyer a d’ailleurs admis que, même au sein de ses membres, la question ne faisait pas l’unanimité. « Même dans nos rangs, il y a des réfractaires. Les mythes sont puissants ; il y a une éducation à faire », dans le milieu du travail et dans la population.

 

Selon les chiffres qu’il a cités, 211 000 travailleurs au Québec touchent le salaire minimum, dont 58 % de femmes. Et contrairement à ce que plusieurs croient, 50 % ne sont pas des étudiants, a souligné M. Boyer. Et 455 000 salariés sont considérés comme de bas salariés, touchant 11,80 $ ou moins. Au total, un million de travailleurs gagnent moins de 15 $ l’heure, dans les petites et moyennes entreprises et le commerce de détail, par exemple.

 

Au cours d’un atelier au Forum social mondial, des participants ont cité une étude selon laquelle le gouvernement pourrait économiser 3 milliards en haussant le salaire minimum à 15 $ l’heure, par le biais des impôts supplémentaires payés par ces travailleurs et par des besoins moindres en aide par l’État, par exemple.

10 commentaires
  • Normand Renaud - Inscrit 13 août 2016 12 h 50

    Réflexion

    Le sujet se ramène aussi sur une allocation canadienne universelle de base pour tous, selon des discussions en cour.
    Sur le salaire minimum préconisé au Québec, il y a des disparité administratifs, soit des entreprises à charte fédérale et provinciale qu'il faudrait fusionner.
    Ensuite comme le mentionne M.Taillefer, il n'y a pas de coallition sur le sujet.
    Il faudrait une table de concertation des entreprises pour trouver le niveau de compétitivité adéquat surtout dans le secteur industriel et manufacturier pour conserver le niveau d'emploi et non le réduire.
    Advenant un hausse à 15S, en plus de hausser le niveau de vie, ou de consommation, ceci rapporterait plus d'entrées dans les coffre du gouvernement.
    Rien n'empêcherait toutefois, sur une base volontaire, que les entreprises prennent des mesures immédiates à l'embauche au salaire minimum à 15$.

  • Daniel Cyr - Abonné 13 août 2016 15 h 08

    Bonne initiative mais...

    Belle initiative, mais il est facile pour les employeurs de diminuer les heures de travail pour respester les hausses de salaire mais contrôler les hausses des coûts. Les solutiond simples ne sont pas toujours les meilleures

    • Isabelle Martineau - Abonnée 14 août 2016 10 h 28

      C'est tout de même un pas dans la bonne direction, le statu quo n'est pas générateur de changement.

  • Marie-Josée Gagné - Abonné 13 août 2016 18 h 14

    Félicitations Alexandre!

    Un salaire minimum à 15$ jette la base à bien des solutions: diminution de l'écart entre les moins biens nantis et la classe moyenne, accroissement de dignité de ceux qui travaillent, encouragement à travailler, à travailler hors du NOIR, incitation aux employeurs à mieux utiliser le capital humain i.e. travailler mieux par opposition à travailler sans innover.
    Une société meilleure est celle qui donne l'opportunité à tous ses citoyens de gagner la vie honorablement; à commencer à travailler à un salaire décent pour ensuite développer ses connaissances et son expérience et monter dans l'échelle salariale.
    Nous devons donner de l'espoir à nos concitoyens. Nous construirons ainsi une société plus juste, plus égalitaire, plus respectueuse de la contribution de chacun.
    Ce que Théo taxi fait avec ses chauffeurs est un des plus beaux exemples pour tous nos employeurs: redonner de la dignité et le goût du travail bien fait à ses employés.

  • Nadia Alexan - Abonnée 13 août 2016 20 h 25

    Félicitations à M. Taillefer pour son courage

    Les travailleurs n'ont jamais gagné des bénéfices sans une lutte acharnée: que ce soit le travail de huit heures, les retraites à prestations déterminées, les soins de santé publique, les congés de maladies payées, et j'en passe, chaque avantage était arraché avec difficulté. On entend toujours les mêmes rengaines de la part des propriétaires: on n’a pas les moyens; les petites et moyennes entreprises vont faire faillite; les coffres de l’état sont vides! Sauf que nos gouvernements ont toujours les moyens de subventionner les entreprises privées qui font des milliards en profits, mais qui n'ont pas la décence de verser leur juste part d'impôts. Félicitations à M.Taillefer pour avoir le courage de parler de décence, de justice sociale et de ne pas partager l'avidité néolibérale à la mode!

    • Jean-Yves Arès - Abonné 15 août 2016 13 h 55

      Si la semaine de 8 heures et les soins de santé public existent pour tous c'est loin d'être le cas les journées de maladies payées, et surtout loin d'être le cas pour les régimes a prestations déterminées dont la mise en place s'est articulée dans une optique de regroupement d'intérêts individuels tout ce qu'il y a de plus privé, même dans le cas des employés de l'État.

      Ceux qui ont mis en place ces régimes ne se sont jamais préoccupé de l'iniquité sociale qu'ils engendaient. On peut même dire qu'ils ont été le plus grand frein au développement des régimes public digne de ce nom. Chaque fois qu'un nouveau groupe d'employés ont accès à un tel régime c'est autant de monde qui n'ont cure ni des régime publics, ni même la santé économique du pays dans son ensemble vu que leurs sort économique personnel est ''garanti à vie''.

      Le résultat c'est une construction d'iniquité sociale solide, et pérène dans le temps...

      Au point ou l'OCDE dénonce la piètre performance du Canada au titre de ses régimes public qui ne comptaient que pour une 5 % du PIB en 2010, contre 9.4% en moyenne pour les pays de l'OCDE.
      http://ici.radio-canada.ca/regions/ontario/2015/08

  • Claude Desjardins - Abonné 14 août 2016 07 h 37

    Et l'ennui

    L'ennui c'est en voulant remonter la barre du salaire minimum ceux qui sont devant cette barre vont vouloir auusi la remonter, notamment ceux qui ont déjà un salaire de 15 $ de l'heure. Ou s'arrêtera ce rééquilibrage ?

    • Stéphanie Deguise - Inscrite 15 août 2016 14 h 18

      C'est un problème en effet... Il y beaucoup de gens qui font un travail très exigeant et qui sont (sous-)payés à 15$ de l'heure pour ce que ça implique, en plus de faire des heures non rémunérées pour la préparation et mille autres petites choses. Par exemple, à Montréal, un cuisinier diplômé va toucher 15$/h (s'il est chanceux - les émissions de cuisiniers-vedettes ont beau être la mode depuis quelques années, ça ne change pas grand chose sur le chèque...); un enseignant dans une école de langues va toucher 18-19$/h; les gens qui travaillent dans le communautaire (les travailleurs de rue par exemple..., Que dire?), etc., etc. La plupart de ces gens n'ont ni avantages sociaux ni sécurité d'emploi non plus. Si par miracle le salaire de tous ces gens est revu à la hausse, lire le commentaire de Charles Rioux plus bas...