Revitaliser la ville avec le cannabis

La production de marijuana médicale comme vecteur de diversification économique ? À Lebel-sur-Quévillon, où la fermeture d’une usine de papier a fait disparaître 700 emplois il y a dix ans, un couple d’infirmiers travaille d’arrache-pied depuis un an et demi dans un seul but : envoyer une demande de permis à Santé Canada.

 

« Je veux une réponse d’ici l’automne. Sinon, j’irai la chercher, dit Keven Boisvert, qui travaille dans le domaine de la santé avec sa conjointe. Le but n’est pas d’être mis en priorité, mais on a dépensé beaucoup d’argent là-dedans, on est sérieux et on veut vraiment créer des emplois. On en a besoin. J’ai confiance. »

 

Si tout se déroule comme prévu, la demande sera transmise dans les deux ou trois prochaines semaines. Le projet, insiste M. Boisvert, est très avancé. Entente avec les Serres Harnois, des promoteurs locaux pour la construction d’une voûte, services de la firme de sécurité montréalaise Sirco, plan d’urgence, contacts avec la GRC…

Mon but premier est médical

« On a juste à aller sur le site de Santé Canada pour faire une demande », dit M. Boisvert, dont le projet a récemment intéressé les médias régionaux, dont Radio-Canada. « Mais en parlant avec notre firme-conseil de sécurité, on a décidé de monter un dossier béton en ayant tous les éléments pour montrer qu’on est sérieux. » L’investissement initial fait par l’entreprise, nommée Écuries Sicistan, devrait se situer entre 1,5 et 2 millions. La production de la première année pourrait atteindre 500 ou 600 kg, selon M. Boisvert, qui prévoit la création de 10 à 15 emplois.

 

S’éloigner de la mono-industrie

 

Après la papetière, les gens se sont tournés vers Hydro-Québec et les mines. « La mono-industrie, ça ne marche pas », dit le maire de Lebel-sur-Quévillon, Alain Poirier, dont la ville compte 2200 personnes. « Il faut sortir de ce carcan-là. Quand un projet nous arrive, comme celui de M. Boisvert, il faut étudier les retombées. Ce sont des emplois et c’est de la diversification, alors on est favorable. »

 

Le sujet est délicat, convient le maire, qui voit dans l’expérience une sorte de processus pédagogique pour tout le monde. « Son projet est médical. Ce n’est pas un comptoir, là, où des gens qui veulent consommer pourront venir nous voir parce qu’on aura du cannabis disponible. Ce n’est vraiment pas ça. Mais les gens, en 2016, ont une ouverture d’esprit par rapport à ça. » Les opinions ont été défavorables au début, dit M. Boisvert. « L’opinion a changé rapidement lorsqu’on a commencé à expliquer l’objectif médical et la création d’emplois. Là, tout le monde m’en parle. »

 

Ce processus d’éducation populaire éclaire des lanternes chez ceux qui n’ont pas saisi l’ampleur de la réglementation. « Les installations seraient très sécurisées. Personne ne pourrait aller jouer autour de ça », dit le maire. Par ailleurs, le terrain ne sera pas situé dans le « périmètre urbanisé », c’est-à-dire le coeur commercial qui est entouré d’une zone résidentielle. « C’est comme n’importe quelle industrie qu’on veut accueillir ici, on ne la veut pas trop proche du périmètre. On parle de deux ou trois kilomètres. » Par exemple, le terrain choisi pourrait être situé près de l’aéroport ou de l’ancienne usine Domtar.

 

Invitée par Le Devoir à dire si elle avait pris position dans le dossier, la Direction de la santé publique du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Abibiti-Témiscamingue a écrit qu’elle « n’émettra pas de commentaire sur le sujet ».

 

Si jamais la légalisation se faisait à grande échelle, M. Boisvert voudrait évidemment augmenter sa production. « Mon but premier est médical. Mais si c’était légalisé, j’espère qu’ils ne permettront pas à n’importe qui de produire chez eux. Il faudrait que ça soit les mêmes producteurs déjà encadrés par Santé Canada. »

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