Une fortune est enfouie dans les jeunes cerveaux

Photo: Annick MH De Carufel Le Devoir

Le Canada serait plus riche de plusieurs centaines de milliards s’il s’assurait seulement que tous ses enfants acquièrent les connaissances minimales en mathématiques, en lecture et en science nécessaires pour fonctionner dans une économie moderne, estime l’OCDE.

 

Environ 13 % des petits Canadiens ne sont pas parvenus à passer le seuil minimal en mathématiques et en science la dernière fois que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a conduit son enquête auprès des élèves de 15 ans. Si tous les futurs enfants parvenaient au moins à passer ce cap, le Canada y gagnerait plus de 1500 milliards lorsque les premiers prendraient leur retraite, soit presque la taille actuelle de son économie, ou 0,14 point de pourcentage de croissance supplémentaire chaque année, conclut un nouveau rapport de l’OCDE intitulé Universal Basic Skills.

 

Plus en retard en la matière, les États-Unis (1,5 fois leur économie), la France (2 fois) et même la Suède (2 fois) y gagneraient encore plus. Mais ce n’est rien en comparaison de certains pays riches fortement dépendants des ressources naturelles, comme l’Arabie saoudite (10 fois) et Oman (15 fois), ou de plusieurs pays en développement, comme le Brésil (7 fois), l’Indonésie (9 fois), l’Albanie (9 fois), l’Afrique du Sud (26 fois) ou le Ghana (39 fois), où l’on n’est pas seulement aux prises avec une formation déficiente, mais, plus simplement aussi, avec un taux de participation scolaire souvent beaucoup plus bas.

 

« La qualité de la formation scolaire dans un pays se révèle un puissant indicateur de la richesse que produiront les pays à long terme », note en introduction le père du rapport de l’OCDE, Andreas Schleicher. On parle beaucoup de l’importance de la formation de pointe en cette ère d’économie du savoir et de l’innovation, mais on ne souligne pas assez que, « ne serait-ce que pour être en mesure de reproduire et d’appliquer les innovations des travailleurs les plus compétents, les pays ont besoin d’une main-d’oeuvre disposant au moins des compétences de base. Le fait de valoriser à la fois l’excellence et l’équité en éducation apparaît ainsi se renforcer mutuellement. »

 

Une façon de répartir la richesse

 

Obligés de composer avec les données disponibles sur les 76 pays étudiés, les auteurs du rapport n’ont tenu compte que des résultats obtenus dans les tests internationaux en mathématiques et en science. Cela ne veut pas dire que d’autres compétences souvent mesurées, dont la lecture et l’écriture, sont moins importantes, disent-ils. Au contraire, l’évolution de l’économie et de nos sociétés étant ce qu’elle est, il faudra même trouver, selon eux, une façon « d’élargir la mesure des compétences à d’autres dimensions cognitives, sociales et émotionnelles ».

 

L’étude ne s’arrête pas aux sociétés infranationales, comme le Québec qui a l’habitude de très bien se classer dans les tests internationaux de compétences. Un rapide coup d’oeil aux dernières enquêtes fait toutefois croire que, si les élèves québécois font globalement mieux que les autres Canadiens, notamment en mathématiques, la proportion de ceux qui ne passent pas le seuil minimum est sensiblement la même.

 

Dans son étude, l’OCDE décrit ce seuil minimum comme « les compétences élémentaires nécessaires pour lire et comprendre un texte simple ainsi que maîtriser les concepts et procédures mathématiques et scientifiques de base ».

 

Une bonne formation de base n’aide pas seulement la création de la richesse, elle en favorise aussi une meilleure répartition. En plus d’avoir un accès extrêmement restreint aux emplois plus valorisants et mieux payés, les travailleurs n’ayant pas les outils de base présentent généralement aussi une moins bonne santé, estiment avoir une influence politique moindre et participent moins à la vie de la communauté.

 

Pas seulement une question d’argent

 

L’idée que les pays peuvent s’améliorer n’est pas un rêve, dit l’OCDE. Le Brésil, le Mexique, la Tunisie et la Turquie ont fait des bonds de géant en la matière ces dernières années. Des chefs de file comme la Corée du Sud et Singapour ont aussi creusé leur avance sur les autres.

 

Au-delà d’un certain seuil, que tous les pays développés ont passé depuis longtemps, la question n’est plus combien d’argent est investi en éducation, mais comment il est dépensé, constate l’OCDE. « Par exemple, chaque fois que les meilleurs systèmes ont eu à choisir entre de plus petites classes et de meilleurs enseignants, ils ont choisi la deuxième option. […] La qualité d’un système scolaire ne dépasse jamais la qualité de ses enseignants. »

 

Les pauvres ne sont pas non plus condamnés à faire moins bien que les riches. En fait, les 10 % des enfants les plus défavorisés à Shanghai, en Chine, ont de meilleurs résultats aux tests internationaux que les 10 % des plus riches aux États-Unis ainsi que dans plusieurs pays européens.

8 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 13 mai 2015 07 h 37

    Le plan B

    Le plan A : les citoyens votent "pour l'économie et l'emploi, on ne peut être contre la vertu.
    Le plan B : le gouvernement met en branle le régime d'austérité et l'éducation nationale passe à la moulinette. But visé : s'assurer qu'il n'y ait que les bien nantis qui aient accès à une éducation de qualité, protégeant à jamais leur position dominante.
    Nous assistons en direct au retour de la Grande Noirceur, avancez en arrière.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 13 mai 2015 13 h 21

      De plus, une population moins bien éduquée est également plus facile à contrôler. On peut donc se faire élire avec des slogans débiles du type :" on va s'occuper des vrais affaires!".

  • Jean Lapointe - Abonné 13 mai 2015 08 h 20

    Une main d'oeuvre serviable

    A une certaine époque les hommes étaient considérés comme de la chair à canons, aujourd'hui on a tendance à voir les hommes et les femmes surtout comme une main d 'oeuvre éventuelle serviable.

    Serait-ce vraiment un progrès ou est-ce que ce ne serait pas plutôt une autre forme d'esclavage?

    Tout en tenant compte de l'importance du développement économique est-ce qu'il ne serait pas préférable de tenter de faire un monde dans lequel les hommes et les femmes pourraient vivre pour eux-mêmes et pour elles-mêmes au lieu d'être simplement au service de quelque chose d'autre ou de quelqu'un d'autre?

    De nos jours la plupart des gens, et surtout les grandes organisations comme l'OCDE, semblent considérer le développement économique comme une fin en soi au lieu de l'être comme un moyen pour mieux vivre pour tous.

  • Yves Corbeil - Inscrit 13 mai 2015 10 h 12

    Ces grandes enquêtes à quoi ça sert?

    ... Je lis tous les grands titres partout et je cherche qui veut trouvé une solution à ce qui se passe sur la planète.

    Des milliards qui dorment dans les cerveaux de nos enfants, à oui et pour en faire quoi. Il y en a des milliards partout présentement et ils servent à quoi au juste, dites moi le parce que je suis pas sûr qu'en en ajoutant quelques un de plus ça va changé quoique ce soit.

  • Louis-Philippe Tessier - Abonné 13 mai 2015 13 h 07

    Pourquoi ces grandes enquêtes

    Je crois qu'il faut voir cette étude comme étant un moyen de sortir de la pauvreté des groupes de populations asservis à des "jobs" sans avenir.

  • Sylvain Auclair - Abonné 13 mai 2015 16 h 14

    Vous allez à l'encontre du discours dominant

    En effet, ce discours veut avant tout qu'on dépiste et qu'on forme l'élite, l'élite scientifique et technique, l'élite sportive, l'élite des affaires (faussement appelés entrepreneurs). Garantir de bonnes compétences de base pour les autres, c'est le rôle des écoles publiques sous-financées.

    • François Dugal - Inscrit 13 mai 2015 17 h 07

      Monsieur Auclair, vous venez de décrire le système d'éducation aux USA.