En vue des assemblées annuelles - Les investisseurs éthiques fourbissent leurs armes
Photo : Agence Reuters
Les constructeurs automobiles Ford et GM se font talonner sur leur contribution à l’effet de serre. On leur réclame un rapport sur les émissions de GES de leurs produits.
Rémunération excessive des patrons, nombre de femmes et de communautés culturelles dans l'équipe de direction, rapatriement des sièges sociaux évadés dans les paradis fiscaux... Les investisseurs responsables et les dirigeants de fonds éthiques ne chôment pas ces temps-ci. Tant au Canada qu'aux États-Unis, les discussions en vue des assemblées annuelles vont bon train. Et les actionnaires peaufinent des angles d'attaque complètement nouveaux.
Les investisseurs éthiques, qui placent leurs billes dans des entreprises responsables socialement, continuent de faire entendre leur voix dans les assemblées annuelles. Et avec un actif sous gestion de 16,7 milliards de dollars au Canada en date du 30 septembre dernier, en progression de 48 % depuis 2000, le bruit de bottes se fait de plus en plus pressant. Si on compte les fonds qui se considèrent en partie éthiques, la somme grimpe à plus de 51 milliards à l'échelle du pays.
Une puissance considérable, même si le Canada est loin derrière les États-Unis à ce chapitre. Chez nos voisins du Sud, plus de 2300 milliards $US sont gérés en totalité ou en partie dans l'optique de l'amélioration sociale des entreprises.
Rien d'étonnant, donc, à ce que les tendances et les nouvelles demandes formulées aux compagnies émergent chez l'oncle Sam. «Ce sont surtout les caisses de retraite et les fonds éthiques américains qui donnent l'élan de ce qui s'en vient», souligne François Rebello, directeur du Groupe investissement responsable, une division de Demers Conseil.
Nouvelles préoccupations
Les investisseurs à la morale aiguisée poursuivent leurs luttes sur le plan environnemental et des droits des travailleurs, mais le combat s'élargit à mesure que le mouvement acquiert un respect et une importance enviable.
L'un des nouveaux champs de bataille des gestionnaires éthiques américains concerne la réincorporation des compagnies aux États-Unis. CalPERS, la puissante caisse de retraite des employés de la Californie, l'un des plus gros investisseurs responsables des États-Unis avec un actif sous gestion de 250 milliards $US, a fait une priorité du rapatriement des sièges sociaux américains évadés dans des paradis fiscaux.
En mars 2003, CalPERS faisait une proposition en ce sens à l'assemblée annuelle de la multinationale TYCO. Plus de 26 % des actionnaires ont demandé à l'entreprise de ramener aux États-Unis son siège social situé aux Bermudes. La proposition n'a pas été acceptée — plus de 50 % des gens devaient voter en faveur de la motion. Mais pour une première fois, le résultat est jugé très satisfaisant.
«C'est un des nouveaux créneaux parce que l'exode des sièges sociaux a un impact sur le revenu des gouvernements, donc sur les infrastructures publiques, explique François Rebello. TYCO a été ciblé, et d'autres vont suivre.» Déjà, CalPERS a signifié son intention d'interpeller sur le même sujet Ingersoll-Rand, un fabricant de matériaux industriels, et McDermott International, chef de fil mondial en services énergétiques.
La rémunération excessive des dirigeants est aussi à l'ordre du jour des discussions en cours. Car pendant la saison froide, les investisseurs éthiques, comme les autres actionnaires, font état des propositions qu'ils veulent soumettre à l'assemblée annuelle du printemps. Pour éviter des demandes gênantes ou des révélations fracassantes, plusieurs entreprises négocient pour voir si des mesures peuvent être prises avant de se rendre au vote. Dans le cas contraire, la proposition est présentée.
La multinationale des communications Time Warner a d'ailleurs été questionnée sur le salaire astronomique de ses dirigeants l'an dernier. Ce n'est qu'un début, puisque CalPERS entend dresser une liste des patrons surpayés.
Dans la foulée des manipulations comptables de Enron, la transparence des conseils d'administration prend aussi de l'ampleur, question d'assurer un mécanisme de surveillance plus efficace sur les membres de l'exécutif.
Également pour équilibrer la représentation sur le CA, les investisseurs éthiques commencent à réclamer plus de femmes et de communautés culturelles. Cette pratique, de plus en plus courante aux États-Unis, ne fait que commencer ici. OpenText sera l'une des premières au Canada, le 11 décembre prochain, à recevoir une telle proposition à son assemblée annuelle. «Le lobby féministe et des communautés culturelles est de plus en plus fort et les investisseurs en tiennent compte», soutient François Rebello.
Au Canada
De notre côté de la frontière, les banques, notamment, vont se faire questionner de nouveau sur les codes d'éthiques que les fonds responsables voudraient voir adopter. L'an dernier, la CIBC et la Scotia ont accepté d'être plus claires dans leurs relations avec les firmes de courtages pour éviter les conflits d'intérêts. Les autres grandes banques canadiennes avaient refusé d'en faire autant.
Les pétrolières Imperial Oil et Petro-Canada continuent d'être dans la ligne de tir des investisseurs éthiques. Ces actionnaires réclament des rapports environnementaux pour éclairer les risques que font peser les changements climatiques sur la rentabilité de l'entreprise. Ipsco, le géant de l'acier, fait aussi face à des questions sur l'émission de gaz à effet de serre (GES) de ses usines.
Dans le même esprit, les constructeurs automobiles Ford et GM se font talonner sur leur contribution à l'effet de serre. On leur réclame un rapport sur les émissions de GES de leurs produits.
Dans le commerce de détail, La Baie a été contraint d'imposer à ses sous-traitants partout dans le monde de se conformer au code de conduite de l'Organisation internationale du travail (OIT) pour garantir des conditions acceptables aux travailleurs. Sears fait maintenant face à la même demande.
La montréalaise Gildan sera aussi sévèrement questionnée à son assemblée annuelle à la suite du départ du Fonds FTQ de l'actionnariat. L'entreprise de vêtement fait l'objet d'une contestation marquée sur son refus de réembaucher des syndicalistes mis à la porte au Honduras. On prédit une réunion houleuse en février.
Wal-Mart continue également de se faire poser des questions sur les méthodes douteuses employées par ses sous-traitants dans plusieurs pays pauvres. «Je pense qu'il va y avoir une forte progression de la pression sur Wal-Mart, soutient François Rebello. C'est le plus gros, et il doit répondre de ses actes.»
Les investisseurs responsables demandent au géant américain de suivre les exemples de GAP et de Nike, maintenant vues comme des modèles à suivre dans le commerce avec les pays en voie de développement. «Elles ont été tellement montrées du doigt qu'elles ont compris, pense François Rebello. Nike et GAP ont fait des gestes concrets pour améliorer les conditions de travail dans leurs usines du Sud. Les autres doivent en faire autant.»
Voilà pour les plus grosses campagnes. D'autres entreprises auront la surprise de se faire poser des questions inattendues et parfois gênantes à leur assemblée annuelle. À suivre au printemps.
Les investisseurs éthiques, qui placent leurs billes dans des entreprises responsables socialement, continuent de faire entendre leur voix dans les assemblées annuelles. Et avec un actif sous gestion de 16,7 milliards de dollars au Canada en date du 30 septembre dernier, en progression de 48 % depuis 2000, le bruit de bottes se fait de plus en plus pressant. Si on compte les fonds qui se considèrent en partie éthiques, la somme grimpe à plus de 51 milliards à l'échelle du pays.
Une puissance considérable, même si le Canada est loin derrière les États-Unis à ce chapitre. Chez nos voisins du Sud, plus de 2300 milliards $US sont gérés en totalité ou en partie dans l'optique de l'amélioration sociale des entreprises.
Rien d'étonnant, donc, à ce que les tendances et les nouvelles demandes formulées aux compagnies émergent chez l'oncle Sam. «Ce sont surtout les caisses de retraite et les fonds éthiques américains qui donnent l'élan de ce qui s'en vient», souligne François Rebello, directeur du Groupe investissement responsable, une division de Demers Conseil.
Nouvelles préoccupations
Les investisseurs à la morale aiguisée poursuivent leurs luttes sur le plan environnemental et des droits des travailleurs, mais le combat s'élargit à mesure que le mouvement acquiert un respect et une importance enviable.
L'un des nouveaux champs de bataille des gestionnaires éthiques américains concerne la réincorporation des compagnies aux États-Unis. CalPERS, la puissante caisse de retraite des employés de la Californie, l'un des plus gros investisseurs responsables des États-Unis avec un actif sous gestion de 250 milliards $US, a fait une priorité du rapatriement des sièges sociaux américains évadés dans des paradis fiscaux.
En mars 2003, CalPERS faisait une proposition en ce sens à l'assemblée annuelle de la multinationale TYCO. Plus de 26 % des actionnaires ont demandé à l'entreprise de ramener aux États-Unis son siège social situé aux Bermudes. La proposition n'a pas été acceptée — plus de 50 % des gens devaient voter en faveur de la motion. Mais pour une première fois, le résultat est jugé très satisfaisant.
«C'est un des nouveaux créneaux parce que l'exode des sièges sociaux a un impact sur le revenu des gouvernements, donc sur les infrastructures publiques, explique François Rebello. TYCO a été ciblé, et d'autres vont suivre.» Déjà, CalPERS a signifié son intention d'interpeller sur le même sujet Ingersoll-Rand, un fabricant de matériaux industriels, et McDermott International, chef de fil mondial en services énergétiques.
La rémunération excessive des dirigeants est aussi à l'ordre du jour des discussions en cours. Car pendant la saison froide, les investisseurs éthiques, comme les autres actionnaires, font état des propositions qu'ils veulent soumettre à l'assemblée annuelle du printemps. Pour éviter des demandes gênantes ou des révélations fracassantes, plusieurs entreprises négocient pour voir si des mesures peuvent être prises avant de se rendre au vote. Dans le cas contraire, la proposition est présentée.
La multinationale des communications Time Warner a d'ailleurs été questionnée sur le salaire astronomique de ses dirigeants l'an dernier. Ce n'est qu'un début, puisque CalPERS entend dresser une liste des patrons surpayés.
Dans la foulée des manipulations comptables de Enron, la transparence des conseils d'administration prend aussi de l'ampleur, question d'assurer un mécanisme de surveillance plus efficace sur les membres de l'exécutif.
Également pour équilibrer la représentation sur le CA, les investisseurs éthiques commencent à réclamer plus de femmes et de communautés culturelles. Cette pratique, de plus en plus courante aux États-Unis, ne fait que commencer ici. OpenText sera l'une des premières au Canada, le 11 décembre prochain, à recevoir une telle proposition à son assemblée annuelle. «Le lobby féministe et des communautés culturelles est de plus en plus fort et les investisseurs en tiennent compte», soutient François Rebello.
Au Canada
De notre côté de la frontière, les banques, notamment, vont se faire questionner de nouveau sur les codes d'éthiques que les fonds responsables voudraient voir adopter. L'an dernier, la CIBC et la Scotia ont accepté d'être plus claires dans leurs relations avec les firmes de courtages pour éviter les conflits d'intérêts. Les autres grandes banques canadiennes avaient refusé d'en faire autant.
Les pétrolières Imperial Oil et Petro-Canada continuent d'être dans la ligne de tir des investisseurs éthiques. Ces actionnaires réclament des rapports environnementaux pour éclairer les risques que font peser les changements climatiques sur la rentabilité de l'entreprise. Ipsco, le géant de l'acier, fait aussi face à des questions sur l'émission de gaz à effet de serre (GES) de ses usines.
Dans le même esprit, les constructeurs automobiles Ford et GM se font talonner sur leur contribution à l'effet de serre. On leur réclame un rapport sur les émissions de GES de leurs produits.
Dans le commerce de détail, La Baie a été contraint d'imposer à ses sous-traitants partout dans le monde de se conformer au code de conduite de l'Organisation internationale du travail (OIT) pour garantir des conditions acceptables aux travailleurs. Sears fait maintenant face à la même demande.
La montréalaise Gildan sera aussi sévèrement questionnée à son assemblée annuelle à la suite du départ du Fonds FTQ de l'actionnariat. L'entreprise de vêtement fait l'objet d'une contestation marquée sur son refus de réembaucher des syndicalistes mis à la porte au Honduras. On prédit une réunion houleuse en février.
Wal-Mart continue également de se faire poser des questions sur les méthodes douteuses employées par ses sous-traitants dans plusieurs pays pauvres. «Je pense qu'il va y avoir une forte progression de la pression sur Wal-Mart, soutient François Rebello. C'est le plus gros, et il doit répondre de ses actes.»
Les investisseurs responsables demandent au géant américain de suivre les exemples de GAP et de Nike, maintenant vues comme des modèles à suivre dans le commerce avec les pays en voie de développement. «Elles ont été tellement montrées du doigt qu'elles ont compris, pense François Rebello. Nike et GAP ont fait des gestes concrets pour améliorer les conditions de travail dans leurs usines du Sud. Les autres doivent en faire autant.»
Voilà pour les plus grosses campagnes. D'autres entreprises auront la surprise de se faire poser des questions inattendues et parfois gênantes à leur assemblée annuelle. À suivre au printemps.
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