Une technologie québécoise pour soigner la planète

Une usine de captage du gaz carbonique de la société Cansolv en Afrique du Sud
Photo: Cansolv Une usine de captage du gaz carbonique de la société Cansolv en Afrique du Sud

Après de nombreux échecs à travers le monde en raison de son coût élevé, la technologie de captage du gaz carbonique à grande échelle subira prochainement son premier grand test en Saskatchewan, en bonne partie grâce à une expertise d’ici.

 

La technologie fournie par Cansolv, la filiale de Shell spécialisée dans le captage de gaz à effet de serre, permettra à la société d’État SaskPower de réduire les émissions polluantes de ses installations. Si l’investissement s’avère rentable, il pourrait s’agir d’un des premiers grands jalons dans la lutte contre la pollution atmosphérique dans le domaine énergétique.

 

« Une petite compagnie de Montréal, que personne ne connaît, est impliquée dans le plus gros projet de captage de carbone au monde », dit fièrement le président-directeur général de Cansolv, Philippe Gauthier, en entrevue au Devoir.

 

Cette entreprise fondée dans l’est de la métropole québécoise en 1997 et acquise par la multinationale des hydrocarbures en 2008 verra en juin prochain l’aboutissement de plusieurs années de recherche et de négociations. Un projet d’une valeur de 1,3 milliard, financé à hauteur de 240 millions par le gouvernement fédéral, qui permettra de capter 90 % des émissions de dioxyde de carbone. Sur papier, cela représentera quotidiennement la pollution atmosphérique de 300 000 automobiles.

 

Il s’agit d’un des premiers projets de captage des polluants intégrés à une usine productrice d’énergie, bien que l’idée soit dans l’air depuis plusieurs années déjà. Des initiatives semblables ont été abandonnées en Amérique du Nord et en Europe, notamment pour des raisons économiques.

 

« Ce n’est que le début. L’un des problèmes, c’est que ça coûte extrêmement cher, concède M. Gauthier. Plus on va faire de projets comme ceux-là, plus la technologie va s’améliorer, plus les coûts vont diminuer et plus ça va être facile de multiplier les projets. »

 

Shell Cansolv est l’un des chefs de file dans le domaine de la captation, du stockage et, dans certains cas, de la réutilisation des émissions polluantes. L’expertise de l’entreprise est mise à profit dans une vingtaine d’usines à travers le monde, en plus de ses propres installations au Canada, aux États-Unis, en Italie et au Moyen-Orient. Il s’agit toutefois de plus petits projets que celui de la Saskatchewan.

 

La technologie mise au point permet de s’attaquer soit au dioxyde de carbone (CO2), soit au dioxyde de soufre (SO2), grand responsable des pluies acides. « On aide à réduire la pollution atmosphérique en captant les émissions qui sortent des cheminées des grosses usines pétrochimiques ou de production d’électricité qui fonctionnent au charbon, explique le dirigeant. Notre technologie, c’est en quelque sorte un filtre qui va capter les molécules qui sont polluantes. »

 

La rentabilité d’une telle opération dépend largement de ce que les entreprises peuvent faire des polluants captés. Le soufre extrait du SO2peut être revendu pour devenir de l’acide sulfurique, utile dans la fabrication de nombreux produits du quotidien. Pour ce qui est du CO2, on peut l’utiliser dans les puits existants pour faciliter l’extraction du pétrole, mais il ne s’agit pas d’un marché aussi bien établi. À défaut de le revendre, on doit l’enfouir, ce qui explique en partie la frilosité des investisseurs et des environnementalistes.

 

Acceptabilité sociale

 

La captation des polluants atmosphériques émis par les usines de la planète est présentée depuis au moins une décennie comme une solution potentielle au problème des changements climatiques. Dans un rapport publié à ce sujet en 2005, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat considérait « [le piégeage et le stockage du dioxyde de carbone] comme une option parmi les mesures d’atténuation visant à stabiliser la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère », en reconnaissant néanmoins son manque de connaissances en ce qui concerne les techniques de captation et de stockage du CO2.

 

Cette technique de captage et de stockage est d’abord apparue séduisante, mais plusieurs l’ont depuis remise en doute. Greenpeace a notamment exprimé des réserves en soulignant que le procédé « ne sera pas prêt à temps pour éviter les pires impacts des changements climatiques », tandis que la Fondation David Suzuki a décrit l’enfouissement de déchets dans le sol, dont le CO2, comme une « solution vacillante ».

 

Malgré tout, le p.-d.g. de Cansolv persiste à croire que sa solution répond aux pressions législatives et populaires et refuse de croire qu’elle est guidée par une bataille de l’image. « [Shell] est un acteur de la société. Et je crois fermement que, si tu veux être là pendant longtemps, tu n’as pas le choix d’agir d’une façon qui est acceptable socialement », répond M. Gauthier.

 

Et d’ailleurs, pourquoi Cansolv ? Son dirigeant raconte que deux hypothèses circulent : le nom de l’entreprise pourrait être inspiré des solvants qu’elle utilise, ou encore de l’expression anglaise « we can solve » (« nous pouvons trouver une solution »). Le p.-d.g. préfère assurément la seconde signification.

1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 3 mars 2014 10 h 16

    Soigner la planète?

    Même si on équipait toutes les usines d'une telle installation et qu'on enfouissait le carbone ainsi récupéré, on continuerait à ajouter du CO₂ dans l'atmosphère. Tout ce qu'on ferait, c'est ralentir la dégradation.
    Ce qu'il faut, c'est réussir à retirer le CO₂ déjà dans l'atmosphère.