Quand le Net sert aux collectes de fonds
Photo : Jacques Nadeau
Éric Boyko, président de eFundraising.com: devenir prospère en aidant les jeunes.
Cela peut sembler paradoxal, mais Éric Boyko est devenu un entrepreneur prospère en aidant des jeunes qui n'avaient d'autre moyen que le bénévolat pour aller chercher l'argent dont ils avaient besoin pour financer leurs activités parascolaires, sportives et culturelles. En quelques années, il a fait fortune, mais aujourd'hui âgé de 33 ans seulement, il travaille fort pour installer la plus importante entreprise de collecte de fonds sur Internet au monde. Et avec deux amis qui sont aussi des concurrents, il voit déjà Montréal comme la capitale mondiale dans ce même créneau d'activités.
Inscrit en commerce à l'université McGill, il était chargé des finances collectives de ses confrères étudiants. Les commanditaires pour des activités sportives s'étant désistés, il invente une carte à gratter qui, pour un coût pouvant varier de 0 $ à 2,50 $, donne des coupons d'une valeur de 75 $ pouvant être échangés chez des marchands. Le succès est tel que les étudiants d'autres facultés et universités font appel à ses services pour leurs campagnes de financement. Avec son camarade Éric Aubertin, il fonde la compagnie Universel en 1991. Toutefois, en 1996, alors que le chiffre d'affaires est de deux millions, il y a une perte de 100 000 $. Comme solution, les deux partenaires vendent leur équipe de 40 vendeurs à une société concurrente pour un montant de 150 000 $, puis ils créent une entreprise en ligne, eFunraising.com.
Dès 1997-98, leur commerce sur Internet génère des revenus de deux millions et des profits d'au moins 500 000 $, en pratiquant le «marketing viral», c'est-à-dire la propagation de l'information et de la vente auprès des parents et des amis, à la manière de la vente pyramidale. Ayant besoin de capitaux pour le développement, les deux entrepreneurs, qui n'ont pas réussi à convaincre les institutions québécoises, trouvent un investisseur new-yorkais qui leur consent 500 000 $US, alors que la compagnie est évaluée à trois millions.
eFundraising.com est devenue le premier site dans ce genre d'activités avec ce produit unique, si bien que les offres d'achat se sont faites alléchantes. En mai 2000, l'entreprise est acquise par Zap.com Corporation, une firme californienne, pour la somme de 27 millions. Éric Boyko demeure président de l'entreprise, qui reste à Montréal, et Éric Aubertin va s'installer en Californie. Cette transaction permet à eFundraising d'avoir accès à un réseau de 10 000 écoles aux États-Unis.
Toutefois, dès le mois d'octobre 2000, Gillat, un groupe d'Israël, fait l'acquisition de Zap. Mais comme les souscriptions en ligne ne font pas partie de ses activités stratégiques, l'acquéreur offre à M. Boyko de racheter son entreprise pour une somme d'environ 2,5 millions. Celui-ci redevient donc propriétaire, mais seul cette fois. Il recherche cependant des partenaires d'affaires, ce qui l'amène à vendre eFundraising.com à QSP, qui a ses entrées dans 25 000 écoles américaines et qui est une filiale de Reader's Digest.
Boyko demeure le président et son entreprise demeure à Montréal avec une centaine d'employés. En 2002, le chiffre d'affaires atteint sept millions, puis 12,5 millions en 2003. On prévoit des ventes d'environ 23 millions en 2004 et de 50 millions en 2005. eFundraising.com est rentable depuis deux ans et compte présentement 140 employés. Elle en comptera possiblement 40 de plus d'ici la fin de l'année.
Pour l'instant, presque 100 % des revenus de cette entreprise proviennent du marché américain, uniquement pour des campagnes de souscription pour les jeunes dans 25 000 écoles (du secondaire jusqu'au niveau universitaire) sur un total de 100 000 écoles. En fait, 99 % de la clientèle a moins de 18 ans. Le marché total pour ce créneau en Amérique du Nord est évalué à six milliards $CAN et la part de marché pour le commerce sur Internet est de 10 %, soit 600 millions. M. Boyko vise à obtenir la plus grosse part de ce morceau.
D'ailleurs, il s'apprête à prendre bientôt le marché canadien d'assaut avec l'objectif de ventes de 5 à 10 millions d'ici à deux ans. Des discussions sont en cours présentement avec Quebecor, Rodgers, Transcontinental et d'autres compagnies pour conclure des ententes, comme cela a déjà été fait aux États-Unis.
Il faut dire qu'il y a deux façons de procéder à des collectes de fonds chez les jeunes. Il y a la traditionnelle, bien connue, comme la vente de chocolat de porte en porte et dans les endroits publics; l'autre façon passe par Internet, qui permet également la vente de chocolat et d'autres friandises, mais il y a en plus l'offre de publications, comme Time, Sports Illustrated et plusieurs autres aux États-Unis. Dans le cas du chocolat, eFunraising le vend 50 ¢ à une école qui elle le revend 1 $. Pour ce qui est d'un magazine comme Time, la souscription coûtera 20 $ et, de ce montant, 8 $ iront à l'école pour chaque abonnement vendu. Une famille américaine moyenne achète 4,3 souscriptions par année. La vente des publications sur Internet offre des avantages pour celui qui organise la collecte de fonds, dont ceux de l'absence de livraison, d'inventaire et de besoin de faire de la publicité sur le produit, puisque les noms sont généralement très connus. Il faut en revanche assumer certains risques, notamment celui d'un abonnement éventuellement annulé. Dans les campagnes en ligne, 90 % des revenus proviennent des ventes de publications et de chocolat.
Pour ce qui est des collectes de fonds destinées au marché des adultes, la problématique est complètement différente. Par exemple, dans le cas de Centraide, la campagne de souscription se fait par des canaux et réseaux qui n'ont rien à voir avec la vente de chocolat. Le marché des adultes n'intéresse donc pas M. Boyko.
Sur le plan personnel, sa situation financière ne pose aucun problème depuis la vente de l'entreprise en 2000 pour la somme de 27 millions. Il y avait alors 12 actionnaires, mais MM. Boyko et Aubertin, les deux fondateurs, ont certainement obtenu une part importante des bénéfices de cette transaction. M. Boyko a sagement investi ce capital selon les conseils précieux de Paul Gobeil, son mentor. Il y a eu de bons investissements dans des banques et aussi dans quatre ou cinq petites entreprises québécoises, dont celle de son frère, Transpro, une firme de logistique de transport. Il détient aussi des actions de Reader's Digest en plus de faire partie d'un comité de direction qui l'amène deux jours par semaine à New York. Il se voit désormais davantage comme un gestionnaire.
Enfin, ce jeune homme de 33 ans est encore célibataire mais rêve de fonder une famille, disant vouloir prendre sa retraite à 38 ans. Cela semble fort improbable de la part de cet entrepreneur-né qui tout jeune livrait les journaux. À 17 ans, il fondait une entreprise de fabrication de T-shirts et à l'université il ouvrait un restaurant qui lui a fait perdre 30 000 $ d'économies en six mois, ce qui a sans doute été une bonne leçon dans son apprentissage du métier d'entrepreneur.
Inscrit en commerce à l'université McGill, il était chargé des finances collectives de ses confrères étudiants. Les commanditaires pour des activités sportives s'étant désistés, il invente une carte à gratter qui, pour un coût pouvant varier de 0 $ à 2,50 $, donne des coupons d'une valeur de 75 $ pouvant être échangés chez des marchands. Le succès est tel que les étudiants d'autres facultés et universités font appel à ses services pour leurs campagnes de financement. Avec son camarade Éric Aubertin, il fonde la compagnie Universel en 1991. Toutefois, en 1996, alors que le chiffre d'affaires est de deux millions, il y a une perte de 100 000 $. Comme solution, les deux partenaires vendent leur équipe de 40 vendeurs à une société concurrente pour un montant de 150 000 $, puis ils créent une entreprise en ligne, eFunraising.com.
Dès 1997-98, leur commerce sur Internet génère des revenus de deux millions et des profits d'au moins 500 000 $, en pratiquant le «marketing viral», c'est-à-dire la propagation de l'information et de la vente auprès des parents et des amis, à la manière de la vente pyramidale. Ayant besoin de capitaux pour le développement, les deux entrepreneurs, qui n'ont pas réussi à convaincre les institutions québécoises, trouvent un investisseur new-yorkais qui leur consent 500 000 $US, alors que la compagnie est évaluée à trois millions.
eFundraising.com est devenue le premier site dans ce genre d'activités avec ce produit unique, si bien que les offres d'achat se sont faites alléchantes. En mai 2000, l'entreprise est acquise par Zap.com Corporation, une firme californienne, pour la somme de 27 millions. Éric Boyko demeure président de l'entreprise, qui reste à Montréal, et Éric Aubertin va s'installer en Californie. Cette transaction permet à eFundraising d'avoir accès à un réseau de 10 000 écoles aux États-Unis.
Toutefois, dès le mois d'octobre 2000, Gillat, un groupe d'Israël, fait l'acquisition de Zap. Mais comme les souscriptions en ligne ne font pas partie de ses activités stratégiques, l'acquéreur offre à M. Boyko de racheter son entreprise pour une somme d'environ 2,5 millions. Celui-ci redevient donc propriétaire, mais seul cette fois. Il recherche cependant des partenaires d'affaires, ce qui l'amène à vendre eFundraising.com à QSP, qui a ses entrées dans 25 000 écoles américaines et qui est une filiale de Reader's Digest.
Boyko demeure le président et son entreprise demeure à Montréal avec une centaine d'employés. En 2002, le chiffre d'affaires atteint sept millions, puis 12,5 millions en 2003. On prévoit des ventes d'environ 23 millions en 2004 et de 50 millions en 2005. eFundraising.com est rentable depuis deux ans et compte présentement 140 employés. Elle en comptera possiblement 40 de plus d'ici la fin de l'année.
Pour l'instant, presque 100 % des revenus de cette entreprise proviennent du marché américain, uniquement pour des campagnes de souscription pour les jeunes dans 25 000 écoles (du secondaire jusqu'au niveau universitaire) sur un total de 100 000 écoles. En fait, 99 % de la clientèle a moins de 18 ans. Le marché total pour ce créneau en Amérique du Nord est évalué à six milliards $CAN et la part de marché pour le commerce sur Internet est de 10 %, soit 600 millions. M. Boyko vise à obtenir la plus grosse part de ce morceau.
D'ailleurs, il s'apprête à prendre bientôt le marché canadien d'assaut avec l'objectif de ventes de 5 à 10 millions d'ici à deux ans. Des discussions sont en cours présentement avec Quebecor, Rodgers, Transcontinental et d'autres compagnies pour conclure des ententes, comme cela a déjà été fait aux États-Unis.
Il faut dire qu'il y a deux façons de procéder à des collectes de fonds chez les jeunes. Il y a la traditionnelle, bien connue, comme la vente de chocolat de porte en porte et dans les endroits publics; l'autre façon passe par Internet, qui permet également la vente de chocolat et d'autres friandises, mais il y a en plus l'offre de publications, comme Time, Sports Illustrated et plusieurs autres aux États-Unis. Dans le cas du chocolat, eFunraising le vend 50 ¢ à une école qui elle le revend 1 $. Pour ce qui est d'un magazine comme Time, la souscription coûtera 20 $ et, de ce montant, 8 $ iront à l'école pour chaque abonnement vendu. Une famille américaine moyenne achète 4,3 souscriptions par année. La vente des publications sur Internet offre des avantages pour celui qui organise la collecte de fonds, dont ceux de l'absence de livraison, d'inventaire et de besoin de faire de la publicité sur le produit, puisque les noms sont généralement très connus. Il faut en revanche assumer certains risques, notamment celui d'un abonnement éventuellement annulé. Dans les campagnes en ligne, 90 % des revenus proviennent des ventes de publications et de chocolat.
Pour ce qui est des collectes de fonds destinées au marché des adultes, la problématique est complètement différente. Par exemple, dans le cas de Centraide, la campagne de souscription se fait par des canaux et réseaux qui n'ont rien à voir avec la vente de chocolat. Le marché des adultes n'intéresse donc pas M. Boyko.
Sur le plan personnel, sa situation financière ne pose aucun problème depuis la vente de l'entreprise en 2000 pour la somme de 27 millions. Il y avait alors 12 actionnaires, mais MM. Boyko et Aubertin, les deux fondateurs, ont certainement obtenu une part importante des bénéfices de cette transaction. M. Boyko a sagement investi ce capital selon les conseils précieux de Paul Gobeil, son mentor. Il y a eu de bons investissements dans des banques et aussi dans quatre ou cinq petites entreprises québécoises, dont celle de son frère, Transpro, une firme de logistique de transport. Il détient aussi des actions de Reader's Digest en plus de faire partie d'un comité de direction qui l'amène deux jours par semaine à New York. Il se voit désormais davantage comme un gestionnaire.
Enfin, ce jeune homme de 33 ans est encore célibataire mais rêve de fonder une famille, disant vouloir prendre sa retraite à 38 ans. Cela semble fort improbable de la part de cet entrepreneur-né qui tout jeune livrait les journaux. À 17 ans, il fondait une entreprise de fabrication de T-shirts et à l'université il ouvrait un restaurant qui lui a fait perdre 30 000 $ d'économies en six mois, ce qui a sans doute été une bonne leçon dans son apprentissage du métier d'entrepreneur.
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