HEC - Énergie: une chaire de recherche financée par le secteur privé

Le professeur à HEC Montréal Pierre-Olivier Pineau, en 2010.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Le professeur à HEC Montréal Pierre-Olivier Pineau, en 2010.

Le professeur à HEC Montréal Pierre-Olivier Pineau était las de se casser le nez à la porte des organismes subventionnaires publics. Réflexion faite, il s’est tourné vers le financement privé afin de renforcer la capacité de la recherche dans le secteur de l’énergie. Eurêka, il a annoncé lundi la mise sur pied de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie grâce à une aide financière d’« entreprises partenaires » frôlant le million de dollars sur cinq ans.

 

Des acteurs de premier plan du secteur énergétique, Valero, Enbridge, Gaz Métro, Pétrolia et Boralex, ont accepté de libeller chaque année pendant cinq ans un chèque de 20 000 $ à la Fondation HEC Montréal afin de permettre à la nouvelle chaire de lancer son programme de recherche. BMO Groupe financier, la firme de services-conseils PwC, ainsi que les bureaux d’avocat McCarthy Tétrault et Golder Associés sortiront aussi leur chéquier. Sans exception, chaque entreprise déboursera 100 000 $ sur cinq ans.

 

« Je suis prêt à assumer un risque d’apparence de conflits d’intérêts », lance à l’autre bout du fil le spécialiste en politique énergétique Pierre-Olivier Pineau. « Cela dit, évidemment, on veut et il faut que la recherche soit indépendante d’intérêts particuliers du secteur privé et d’intérêts particuliers. » Les neuf bailleurs de fonds ne contrôleront d’aucune façon le programme de recherche de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie, assure M. Pineau, certain d’avoir pris les précautions nécessaires pour permettre au groupe de recherche de jouir d’une « indépendance formelle ».

 

Il s’était tout d’abord fixé l’objectif de trouver de 8 à 10 donateurs. « On ne voulait pas que ce soit une chaire de recherche qui soit associée à une organisation ou une entreprise en particulier », dit-il.

 

D’autre part, « sur papier », dans les ententes conclues entre HEC Montréal et chacun des donateurs, il est prévu que « ces entreprises-là n’ont pas de droit de regard sur [ses] résultats de recherche », indique le professeur. « Il peut y avoir une demande spéciale, comme chaque lobby peut en faire, mais la latitude m’est entièrement donnée pour refuser », ajoute-t-il.

 

Dans un secteur où les positions sont « trop souvent polarisées », Enbridge, Gaz Métro, Boralex et les autres cherchaient des voix différentes de celles des autres entreprises, des groupes environnementaux et des groupes de consommateurs, estime M. Pineau. « Mes contributions au débat public correspondaient à ce type de discours qu’elles voulaient soutenir. »

 

L’aide financière d’autres organisations, publiques et privées, — notamment celle du ministère des Ressources naturelles — a été sollicitée, mais en vain. « Dans un monde idéal », la chaire de recherche carburerait au financement public, souligne-t-il.

 

M. Pineau dit avoir entrepris, de concert avec la Fondation HEC Montréal, la recherche de financement privé« un peu par lassitude d’un financement public ». Le jeune professeur avait beau soumettre une quinzaine de demandes auprès des organismes subventionnaires — CRSH, CRSNG, FQRSC… — au fil des 15 dernières années, à tout coup,il essuyait une fin de non-recevoir en raison de « l’aspect pluridisciplinaire de [sa] recherche ». Il voit d’un mauvais oeil le peu d’importance accordée aux questions de recherche de gestion et d’économie de l’énergie au Québec et au Canada. Le milieu dispose néanmoins de recherche technique, alimentée par les écoles de génie. « Il y a beaucoup d’argent qui va dans le développement technologique. Ce n’est pas une mauvaise chose, mais, au-delà de la technologie, il faut gérer la production et la consommation d’énergie, affirme-t-il.On a d’énormes gains à réaliser, qui nous rendraient à la fois plus riches et plus verts. Mais ça, il faut le documenter. »

 

Le Canada figure au cinquième rang des producteurs d’énergie du globe, mais « n’a aucun poids dans les décisions énergétiques mondiales », fait remarquer M. Pineau. « Le Canada est complètement inconséquent. »

 

Épaulé par deux à cinq étudiants à la maîtrise ou au doctorat rémunérés, le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie se penchera notamment sur l’intégration des marchés de l’énergie, l’harmonisation de la réglementation entre différents États et provinces, la mise en place du marché du carbone et la gestion de la décroissance de la consommation de pétrole.

4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 17 décembre 2013 09 h 19

    Oui, mais

    Pendant ces cinq années le Professeur Pineau pourra peut-être émettre librement ses opinions, mais si ces dernières déplaisent à certains commanditaires il n'y aura pas de renouvellement au delà de cinq ans ! Par ailleurs, je ne jugerai pas des raisons pour lesquelles il n'arrivait pas à obtenir du financement public, contrairement aux professeurs d'université que j'ai connus (c'est une condition pour obtenir la permanence). Peut-être se contentait-il d'émettre des opinions (défendables d'ailleurs, à en juger par celles qu'il publiait régulièrement dans les médias), au lieu de faire des recherches approfondies et originales fondées sur des données recueuillies selon des méthodes rigoureuses.
    (B. Terreault, prof. retraité de l'INRS-Énergie, Matéraux et Télécom).

  • Pierre-Olivier Pineau - Abonné 17 décembre 2013 10 h 50

    Oui, mais

    M. Terreault, je vous invite à aller voir mon site web et consulter mes publications universitaires si vous doutez de mes recherches - ou simplement à chercher mon nom dans «Google Scholar». Vous pourrez trouver mes travaux et voir qui les cite (loin des médias).

    • Bernard Terreault - Abonné 17 décembre 2013 14 h 10

      Je suis désolé de vous avoir insulté. Comment avez-vous financé ces recherches sans argent pour payer les équipements de base (ordi, etc.), la documentation, les abonnements aux revues spécialisées, et encore plus coûteuses les bourses d'étudiants maîtrise et doctorat, de stagiaires et de post-docs? En sciences physiques en tout cas, impossible de faire de la recherche sans tout cela. Et s'il est vrai que les comités d'évaluation des organismes subventionnaires n'ont pas su reconnaître vos contributions à l'avancement des connaissances, je suhaite que ce geste leur ouvre les yeux.

  • François Beaulé - Abonné 17 décembre 2013 13 h 00

    Tiens, tiens, tiens...

    Récemment, M. Pineau s'est prononcé contre les subventions au transport électrique dans Le Devoir et contre le chauffage électrique dans La Presse. C'est son plein droit de le faire. Mais ce n'est rien pour déplaire aux compagnies pétrolières et gazières. Il serait intéressant de connaître le nom des compagnies qui subventionnent désormais ses recherches.