Retraite - Des revenus garantis pour les «autres»

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« Lorsqu’on présente aux travailleurs le niveau du revenu qu’ils peuvent s’attendre à recevoir comme pension de vieillesse, tout le monde tombe en bas de sa chaise ! », déclare Michel Lizée, un économiste qui oeuvre dans le milieu communautaire. En fait, précise-t-il, le revenu de retraite en provenance des régimes publics oscillera entre 15 400 $ et 20 950 $.

 

« Les gens n’ont tout simplement aucune idée des revenus très faibles qui les attendent à la retraite s’ils ne se dotent pas d’un régime de retraite, informe Michel Lisée. Je dis toujours que, même si on n’a pas un gros salaire, on n’a tout simplement pas les moyens de se passer d’un régime de retraite. »

 

Et l’économiste sait de quoi il parle, puisqu’il a réussi le tour de force de mettre en place un régime adapté aux besoins des groupes communautaires. Il y a une dizaine d’années, les groupes communautaires ont pris conscience du fait que l’absence d’avantages sociaux leur posait un double problème, raconte Michel Lizée. « Problème pour les salariés, puisque, comme ils n’épargnent pas pour leur retraite, ils seront pauvres. Et problème pour les groupes communautaires, puisqu’ils n’ont pas les moyens de retenir leur main-d’oeuvre. »

 

Ce milieu se disait pourtant : « Oui, mais, nous, nous n’avons pas les moyens de souscrire à un régime de retraite ! », raconte encore M. Lizée. « C’était d’ailleurs une boutade que j’avais lancée à l’une des responsables… qui m’a rétorqué : “ T’es smatte, toi… ” »

 

L’interpellé, qui est coordonnateur au Service aux collectivités de l’UQAM, avait en effet développé l’expertise nécessaire. « Depuis une trentaine d’années, je suis l’un des fiduciaires du Comité de retraite de l’Université du Québec, dit-il. C’est là que j’ai appris à comprendre les régimes de retraite, ce qui m’a permis de voir les problèmes et les erreurs des divers régimes. »

 

En 2004, donc, les groupes communautaires et les groupes de femmes l’approchent pour qu’il les assiste dans la conception d’un régime de retraite adapté à leurs besoins, soit au fait que ni ces groupes ni leurs salariés ne disposent de revenus à la fois importants et stables. « Là où j’ai été chanceux, poursuit-il, c’est que, une fois le régime élaboré, je me suis retrouvé avec une “ belle feuille blanche ” ; j’avais donc l’avantage d’éviter de refaire les erreurs que j’avais vues dans les autres régimes. »

 

Le milieu communautaire est ainsi parvenu à se doter d’un régime de retraite à la portée autant des employeurs que de leurs salariés. « Ce régime permet d’assurer la sécurité et la pérennité des rentes, indique M. Lizée. Pour ce faire, on s’assure qu’on aura tout l’argent requis pour verser une rente entre aujourd’hui et la date du décès du cotisant. »

 

C’est dire que ce régime de retraite s’est constitué un important fonds de stabilisation qui fait que, si les rendements attendus ne sont pas au rendez-vous, celui-ci suppléera. « Actuellement, pour chaque dollar qu’on doit en rente ultérieure, on a 1,78 $ en caisse », indique le gestionnaire.

 

Il rapporte en outre que des analystes ont procédé à des simulations qui montrent que, si les taux de rendement des 20 prochaines années devaient être les mêmes que ceux des 20 dernières années — compte tenu des crises boursières en 2001 et 2008 — le régime demeurerait toujours en surplus. « En fait, nous sommes délibérément très conservateurs dans nos calculs », dit-il.

 

Fièrement, Michel Lizée explique : « C’est un dossier passionnant, puisqu’on voit que, dans un secteur où il n’y avait pas de régime de retraite, ni même de REER, on a aujourd’hui 4000 personnes qui disposent d’un véhicule qui leur permet d’espérer échapper à la pauvreté lorsqu’elles seront à la retraite. »

 

Se comporter comme un chameau!

 

Michel Lizée indique par ailleurs que le Comité de retraite des groupes communautaires et des groupes de femmes, dont il est le secrétaire, a participé à la Commission des finances publiques qui se penche sur la crise que traversent bon nombre de fonds de pension (dont ceux des municipalités).

 

« Selon notre analyse, dit-il, cette crise n’est pas due au fait que les rendements des placements n’ont pas été au rendez-vous. Au contraire, même, ils ont été supérieurs de 2 % à ce que les actuaires avaient calculé au départ. Le problème a plutôt été que, lorsqu’il y a eu des surplus, ceux-ci ont servi à s’octroyer des congés de cotisation ou à bonifier les rentes. »

 

Son équipe a aussi fait valoir qu’il arrive souvent que les cotisations soient fixées juste au-dessus de ce qu’il en coûte pour garantir les rendements. « Il n’y a donc pas de marge de manoeuvre, observe M. Lizée. On dit donc que la clé de la solution, c’est d’établir un taux de cotisation délibérément plus élevé que le coût de la rente garantie. Il s’agit en fait de constituer un fonds de stabilisation, comme nous l’avons fait, afin que les réserves soient toujours suffisantes pour absorber les chocs. »

 

Les régimes de retraite devraient se comporter comme des chameaux, illustre-t-il, c’est-à-dire se « doter de “ bosses d’eau ” qui leur permettront de traverser les déserts de rendement sans tomber en cours de route ».

 

« De cette façon, on pourrait stopper les dégâts immédiatement », poursuit-il. Et, quant aux importants déficits accumulés par les régimes de retraite, il estime que, « sur un horizon de 10 ans, ceux-ci pourraient être digérés. Bref, pour nous, la crise des régimes de retraite n’est pas si catastrophique que ça, puisqu’on peut la résorber… à condition de s’y attaquer ! »

 

À propos des régimes publics

 

Pour une personne seule qui n’a jamais cotisé au Régime des rentes du Québec (RRQ), le minimum qu’elle peut s’attendre à recevoir à 65 ans est de 15 438 $, soit 6553 $ en pension de vieillesse et 8885 $ en supplément de revenu garanti. Pour une personne seule qui aurait cotisé toute sa vie ou presque au RRQ, la rente qu’elle peut espérer recevoir est de 20 953 $, soit 6553 $ en pension, 12 150 $ du RRQ et 2250 $ en supplément de revenu garanti. Bien sûr, il existe bien d’autres cas de figure.


Collaborateur

2 commentaires
  • Michel Rochette - Abonné 24 novembre 2013 08 h 48

    Entrevoir ce débat différemment

    La question de la retraite refait surface sans arrêt - déficits des régimes, faible épargne des ménages, dettes accumulées trop élevées, incompréhension des enjeux, retraite publique, retraite privée inadéquate...-

    De mon point de vue, il faut changer de paradigme. La retraite à 65 ans et même à 55 ans, il faut oublier ça. Tous les québécois en rêvent et je dirais qu'ils sont à la retraite bien avant, ce que démontrent la faible productivité des québécois lors de leur vie active écourtée, le petit 35 heures par semaine, les longs congés, les six semaines de vacances des employés municipaux...on pourrait continuer.

    Il va falloir revenir à d'autres valeurs et encourager le travail le plus longtemps possible. Que les individus changent de type d'emploi au fur et à mesure de l'évolution de leur vie, de leurs capacités physiques et intellectuelles, qu'ils s'occupent dans des activités communautaires et d'économie sociale, qu'ils retournent sur les bancs d'école afin de se doter de nouvelles compétences, ..etc...mais qu'ils travaillent.

    Nos ancêtres ont été des bâtisseurs qui ont travaillé dur et longtemps et qui étaient fiers de le faire. On doit s'en inspirer. De nos jours, je pense à des individus comme messieurs Castonguay et Côté, qui continuent à travailler pour le bien public et continuent à faire quelque chose de positif dans la vie. Pour moi, ce sont des exemples à suivre, surtout dans ce Québec qui verra son bassin de travailleurs diminuer comme peau de chagrin...

    On doit changer tout ce discours sur la retraite et orienter celui-ci différemment..oubliez ça la retraite à 55 ans et travailler jusqu'à au moins 80 ans. Vu la longévité accrue, c'est envisageable. Ce paradigme de retraite à 65 ans, c'est un paradigme du siècle dernier de l'ère industrielle, entretenu par des nostalgiques qui rêvent de s'amuser pendant que moi et d'autres, nous travaillerons..désolé, la solidarité sur cet aspect, pas pour moi!

  • Louka Paradis - Inscrit 26 novembre 2013 07 h 51

    Une utopie bien-pensante

    Facile de prêcher aux autres de travailler jusqu'à 80 ans lorsqu'on est encore dans la quarantaine... Quel discours jugeant. Tant mieux pour ceux qui ont une santé de fer qui le leur permettra, mais les faits nous démontrent que c'est une petite minorité. Je ne souhaite pas à M. Rochette d'être malade, bien sûr, mais j'estime qu'il ne semble pas réaliser qu'en vieillissant, les forces physiques diminuent. Je lui conseille quelques heures de bénévolat par semaine dans les résidences pour personnes âgées et dans les CHSLD... Monsieur parle de la grande vaillance de nos ancêtres, mais il oublie que celle-ci s'accompagnait d'une solidarité sociale à toute épreuve, et d'une grande empathie.

    Louka Paradis, Gatineau